La compote de Côme

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4 octobre 2026

La compote de Côme #293

Des flics pourris, des contes d'ailleurs et une petite marche.

Jeux de rôles

Green Oaks – Il fallait l’oser, cette maquette qui ressemble en tous points à celle d’une brochure pour maison de retraite, et rien que pour ça Green Oaks mérite mention ici ! Il se trouve que c’est par ailleurs un sympathique jeu nous plongeant dans la peau de retraité.es confronté.es à une menace cosmique, un peu comme dans Bubba Ho-tep, et… Bon, je dois le dire, je n’ai absolument rien compris au système du jeu, basé sur le bridge, à un point qui m’arrive rarement. J’étais peut-être particulièrement fatigué cette semaine, va savoir...


Donjon & cie. – Je tente quelque chose de périlleux cette semaine en chroniquant deux jeux qui ont plusieurs points communs : ils ont été écrits par des copains, qui ont une sensibilité rôliste différente de la mienne, et sont des « gros jeux » (à mon échelle de gars qui est à présent habitué à lire des jeux de 50 mots imprimés sur des Post-it). Le premier, c’est aussi le premier jeu de l’ami Ben, qui propose une ambiance entre Dungeon Keeper (le jeu vidéo où on gère un donjon et ses habitants) et Donjon parade (la version rigolote de Donjon qui se concentre sur les petites mains dudit Donjon). Le croisement entre l’esprit d’entreprise et l’univers fantasy fonctionne bien, l’emphase sur les relations entre PJ et PNJ est sans doute quelque chose que je piquerai un jour ou l’autre… mais, si je comprends l’intention derrière au vu de l’aspect parodique du jeu, je regrette un système si OSR pour gérer des choses qui, au fond, n’en avaient pas tant besoin. Ou alors il faudrait davantage assumer que le fond du jeu c’est le combat, et je ne crois pas que ce soit le cas...


D3troit – Le second jeu, c’est celui de l’ami Cédric (mais oui, le même qui nous conseille des bonnes séries, là tout au fond de cette infolettre) et mon regret est tout autre que l’autre jeu commençant par « D » : non, ce n’est pas son étrange titre (qui s’explique à la lecture), certainement pas son système qui utilise une tour de Jenga (inspiré en cela par Dread, décidément les jeux en « D »…) ni ses belles photos en cyanotype auxquels a d’ailleurs participé l’ami Ben (ainsi que quelques autres têtes connues par moi). Non, le fond de l’affaire c’est que d’une part le jeu propose un décor bien trop précis car ancré dans la réalité, ce qui me paraît d’une infinie complexité à transmettre autour d’une table, et d’autre part, il propose de jouer des flics. Certes, des flics des affaires internes, donc supposément du bon côté, mais en fait pourris aussi… Et comment dire, en cette période maussade (et encore plus en cette semaine d’affrontements entre flics et lycéen.nes), ça me fait encore moins rêver que d’habitude. Un jour, un jour, on se dira que jouer des journalistes c’est mieux que des flics si on aime les enquêtes...



Littérature

Mémoire, mode d’effroi – On tient là le plus beau titre, sans doute, de Retour au goudron, ainsi peut-être que la plus belle couverture. À l’intérieur, cinq nouvelles arrangées en fonction de leur longueur, semble-t-il, et m’ayant toutes fourni de belles façons d’être désarçonnées : parce qu’elles changent de point de vue en cours de route, qu’elles se mettent à raconter autre chose que ce qu’elles avaient commencé à narrer, ou parce qu’elles s’interrompent brutalement, comme s’il n’y avait pas plus à dire que cela sur la situation. Il y est question, comme dans les autres volumes de Retour au goudron, de mort et de réincarnation, d’effilochage global d’un peu tout, mais aussi de personnages qui se retrouvent, se soutiennent, et passeront peut-être un petit bout de fin de catastrophe ensemble...


Page de pub

Wyrd – Je continue ma tournée mondiale de ce début d’automne en m’arrêtant dimanche prochain à Pantin ! Ce tout nouveau festival, en plus de sa proximité avec chez moi, a pour atout sa magnifique affiche, et la promesse d’être le genre d’endroits où je peux emmener ma fille, qui va enfin se rendre compte que rester toute la journée derrière un stand plein de bouquins bizarres n’a rien de glamour. J’ai hâte !


Jeux & Stratégie - Jamais le dernier pour être dans les bons plans, voici que je suis au sommaire du premier numéro de Jeux & Stratégie, mais pas la vénérable revue des années dans lesquelles j’étais même pas né ; je te parle ici d’un revival dont le financement se passe en ce moment, et qui promet de parler de tous types de jeux d’une façon pertinente. En l’occurrence, si le projet se réalise, je me servirai de la revue comme d’un support ludique, en en faisant un espace où aller chercher de quoi explorer un donjon et déjouer ses multiples pièges… Tu verras bien !


Séries

Mad Men saison 2 – Si la saison 1 de Mad Men exposait frontalement la masculinité toxique de ses protagonistes, la saison 2, sans renier cette thématique, y ajoute un mal être généralisé, des failles partout et une angoisse nationale qui déborde sur les personnages. La série est toujours aussi impeccable, avec son choix gagnant (que j’avais oublié de mentionner la dernière fois) de ne jamais ou presque accompagner ses scènes de musique, comme pour souligner la vie intérieure souvent impénétrable des personnages. Bref, ça continue d’être superbe...


Films

Le vivant qui se défend – Ça faisait un moment que ce documentaire était sur ma pile de lecture et je n’osais pas trop m’y mettre, redoutant qu’il mette un coup de taloche de plus à mon éco-anxiété qui n’a pas besoin de ça pour me prendre la tête. De fait, ce n’est pas tout à fait l’angle du film, qui m’a un peu déçu et pas seulement pour son ton très « YouTube » (je comprends l’intention d’apporter un témoignage personnel, mais les gens qui se filment en train d’être émus, je ne parviens pas à y croire tout à fait)… J’ai eu la sensation que Vincent Verzat n’arrivait pas à choisir entre montrer de belles images d’animaux un poil trop anthropomorphisés et raconter l’espoir qui peut se nicher dans les luttes écologiques. Je comprends bien le lien entre les deux, mais j’ai la sensation d’être resté un peu à côté du documentaire, sans tout à fait m’expliquer pourquoi...


Toy Story 3 – Après ce fiasco qu’avait été Toy Story 2, j’avais un peu peur que mes souvenirs du 3e opus de la saga aient été déformés par le temps : je me souvenais juste de l’apocalyptique scène dans la décharge (qui n’a rien perdu de son terrible impact, d’une noirceur rare) mais pas de grand-chose d’autre. Eh bien, ce 3e volet réussit partout où le 2e avait échoué : personnages masculins et féminins sont à hauteur égale, tout le monde a son petit ou grand moment de gloire, et le film équilibre parfaitement les temps d’émotion, d’action et d’humour. Le film parvient en sus à créer un cadre intéressant et à porter un chouette message de transmission qui n’a pas échappé à ma fille, à qui j’ai dû promettre immédiatement après le visionnage qu’il n’était pas prévu de se débarrasser de ses doudous… Bref, un retour en triomphe, tellement cool qu’il a donné naissance à une version suédée d’une rare qualité !


Contes de la nuit – Un supplément à la collection de courts-métrages de Michel Ocelot dont j’avais déjà parlé ici au printemps dernier, les Contes de la nuit partagent les mêmes belles images en ombres chinoises et un certain goût pour les princes et les princesses de pays et cultures qu’on voit peu dans nos films occidentaux. J’ai un peu moins apprécié cette collection-là, qui m’a semblé moins thématiquement cohérente, mais c’est toujours un plaisir de retrouver les ambiances magiques de mon enfance dans ces images...




Jeux vidéo

Walk – Ce sont Zeph et Ramo (voir plus bas) qui m’ont amené vers ce petit jeu disponible pour presque rien sur Steam, attiré que je fus par son gameplay en puzzle et ses visuels colorés. C’est fondamentalement un jeu de clic, puisqu’on va se contenter pendant une petite heure de cliquer sur plein de trucs, souvent de façon répétitive et obsessionnelle : ça tombe bien, je suis répétitif et obsessionnel, j’ai donc beaucoup aimé cette simulation éclatée de marche autour de chez soi ! En attendant un autre jeu de marche, dont je te reparlerai un de ces jours...



Musique

Antony & the Johnsons, I am a Bird Now – En 2005, je ne connaissais pas de chanteur.euses trans, d’ailleurs je n’avais aucune conscience qu’Anohni Hegarty l’était (pour ma défense, mon exemplaire de l’album n’affichait pas du tout cette photo-là). Ce qui m’importait, c’était cette voix magnifique, pénétrante et sensible, qui se déployait sur le piano de “Hope There’s Someone”, qui n’attendait que de pouvoir s’envoler ; j’aurais pu me douter qu’avec des titres comme “For Today I Am A Boy” ou “Bird Gerhl”, le sujet du genre n’était cependant pas loin. J’ai déjà parlé dans cette compote de disques qui me donnent l’impression de me glisser dans un bain chaud, et I am a Bird Now, comme d’autres albums de chamber pop, est l’un d’eux. Des courants plus froids le traversent parfois, mais le disque demeure une lettre d’amour à toutes les femmes, de cœur, d’esprit et de corps. Et s’il me fait échapper quelques larmes, ce n’est pas bien grave, ça ne se remarque pas dans un bain...


L’arrière-queer de Milouch

DRAG ATTACK 

C'est complètement novice en catch (mais pas en drag) que je me suis rendue à ce tournoi avec le taulier ! 

Drag Attack c'est donc un tournoi de catch avec des morceaux de drag queens dedans. Et il faut le dire, pour moi qui suit plus habituée des scènes artistico-poétiques du drag (soiréehabibidansmoncoeur), c'était hyper impressionnant ! 

Notamment l'arrivée des combatant.tes dansant.es en mode rentrée des classes ça avait une gueule et une énergie (mais où la trouvent-t-il ?) incroyable ! 

Au final, c'est le catch (plus encore que le drag) qui m'a impressionnée. À chaque duel, je me demandais comment les combatant.tes parvenaient à rester en vie tellement les coups et les prises avaient ce goût de réel. 

À l'issue de ce spectacle, je rejoins l'analyse du taulier : le catch, c'est un peu du drag. les « ça doit faire mal » remplacent les claquements de doigts et le vocabulaire du « 1, 2, simplement 2 » n'a rien à envier aux slay et autres sashay... 

Et comme dans tout spectacle, il y a un moment où il faut juste se laisser porter et où on se retrouve à hurler parce que notre catcheuse préférée vient de se faire « éclater la tête » sur le ring !

Bref, c'était stylé, impressionnant et époustouflant. Du grand show en somme ! 


Le mass et la plume

Anatomia di uno schianto prolungato – Willie Peyote

Ça faisait longtemps que je vous avais pas parlé de pop rap italien. Je suis tombé sur Willie Peyote par hasard — 41 ans, sixième album, je ne le connaissais pas du tout. Et c'est vraiment tout ce que j'aime.

Ce n'est pas tout à fait comme d'habitude : on retrouve bien les histoires d'amour qui ne marchent pas — “Non c'è di che” — et les moments de mélancolie — “Burrasca” — mais l'artiste fait ici le choix d'aller plus loin politiquement. Il parle d'une société suspendue au bord du crash, où tout le monde voit venir la catastrophe sans que rien ne bouge. Le premier titre, “In cerca di uno schianto”, est presque un appel à aller chercher le choc, pour que les choses changent enfin.

Il y a aussi ”Luigi”, consacré à Luigi Mangione, où même un acte de révolte ultime se réduit à un geste individuel — et où ce qui retient l'attention, c'est surtout le côté photogénique de son auteur, pendant que les riches s'enrichissent et que le monde occidental s'effondre en silence.

Une grosse découverte. Je sais déjà que ça va tourner en boucle dans les oreillettes pendant quelques semaines.


Par ailleurs :

— Tu peux tracer un cercle parfait ? Moi pas.
— Zeph et Ramo nous parlent cette fois-ci de jeux vidéos, en recensant quelques exemples de ceux qui fracassent les genres pour mieux les réinventer.
— Notre chère Milouch te propose un test pour savoir quel pylône tu es et c’est la question la plus fondamentale de la semaine.
— In memoriam Price Minister, 2001 – 2026. Qu’est-ce que j’ai acheté comme trucs inutiles sur ce site…
— Il est temps de détruire Internet.
— En pleine préparation d’anniversaire j’ai découvert ce site qui transforme (presque) n’importe quelle phrase en rébus, en tout cas ça fonctionne plutôt bien avec « Macron démission ».
— Les autres musiques de la semaine : le plus grand orchestre hypnotique du monde, featuring Chafouin, les nappes tranquilles de StaG et les riffs de guitares de Ramatam.


Des bises

et à dimanche prochain en compagnie des Moskokids.

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