La compote de Côme

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11 octobre 2026

La compote de Côme #294

Une bibliothèque, un comeback et des grenouilles.

Jeux de rôles

Mnémosyne – Par un concours de circonstances alambiqué s’est retrouvé entre mes mains cette semaine ce jeu de rôle datant de 2012, autant dire la préhistoire, et qui a pourtant plutôt bien vieilli ! Il a pour lui cette force d’être présenté de façon intradiégétique, c’est-à-dire comme un véritable rapport médical, sans rogner sur l’explication claire de ses règles ; à vrai dire c’est même l’inverse puisque, comme pas mal de jeux de cette époque, il est plutôt riche en conseils. Son système de circulation de pièces pour simuler le recouvrement de souvenirs par des patients amnésiques et traumatisés est plutôt bon aussi, c’est donc une réussite sur toute la ligne… y compris sur cette version française qui, en dehors de quelques erreurs de mise en page, tient encore bien la route 14 ans plus tard !


La Bibliothèque infinie – Deux jeux de rôle solos sont également tombés dans mon escarcelle cette semaine, à commencer par ce petit fascicule qui renvoie immédiatement à Borges mais aussi à The Stygian Library, le jeu dont je m’étais grandement inspiré pour créer Green Dawn Mall. Il utilise un système de navigation (inspiré, lui, de Carta) avec des cartes à jouer pour simuler l’errance dans une bibliothèque infinie, et si je lui reprocherais cette petite paresse propre à pas mal de jeux solos de ne baser son gameplay que sur l’écriture d’entrées de journal, ça reste de la bonne came, avec des tables aléatoires qui viennent pas mal enrichir l’univers.


Haiku – Je serai en revanche un peu plus critique envers Haiku qui propose un autre type d’errance, mais de manière beaucoup plus simpliste… J’en espérais, au moins, un système de jeu tournant autour de l’écriture de poésie courte, mais je ne l’ai pas trouvé ; j’espérais également des conseils en la matière, mais ils sont bien pauvres. C’est vraiment dommage car le concept d’un poète errant est excellent et il y avait matière à en tirer quelque chose de très riche… mais ce n’est pas dans ce livret que je le trouverai.


Littérature

La Grande misère – Le Volodine de la semaine est un roman, fait rare au sein de Retour au goudron qui contient surtout des nouvelles ! C’est un plaisir de se couler à nouveau dans une fiction au temps long, surtout pour un texte qui parle (sans grande surprise) de déliquescence du monde et des souvenirs, et d’un temps mou dont on ne sait plus trop à quoi il correspond. J’ai d’ailleurs préféré le milieu de ce livre (soit 2 parties sur les 4 qui le composent) qui aborde frontalement ce thème : Volodine n’a que peu son pareil pour décrire le rien qui se passe pendant très longtemps, les répétitions de l’anodin, la disparition progressive de tous les repères. Vraiment un beau texte, pas mon préféré du projet mais une chouette porte d’entrée potentielle !


Non-fiction

C’est pas moi, c’est l’autre – Attention, exercice encore plus acrobatique que la semaine dernière puisque je connais très bien l’autrice de ce texte, dédié à Camille Paulhan ; je suis même caché dans ses pages, comme pas mal d’autres de mes proches… Je me retrouve dès lors mal placé pour livrer un avis objectif puisque je connais pour ainsi dire les coulisses de cet opuscule sur les histoires (extra)ordinaires d’homonymie totale, tout en pensant que ce texte n’est pas qu’un texte à clefs ; c’est aussi, comme souvent avec Camille, des historiettes très finement ciselées, sortes de micro-nouvelles qui n’auraient rien de fictionnel (quel besoin d’inventer quand le réel est déjà incroyable ?).




Page de pub

Wyrd – Je me rends compte que le festival se déroulant à Pantin dont je te parlais la semaine dernière, sur lequel je serai présent avec le crew du Rayon alternatif, se déroule en fait uniquement cet après-midi, soit après la livraison de cette compote ! C’était pourtant marqué sur l’affiche… L’occasion d’en repasser une couche donc, surtout que ça me permet de te dire que j’y aurai des exemplaires de mon nouveau jeu (Une semaine avec Grenouille et Lapin) en exclu, car je les ai reçus cette semaine et ils sont magnifiques. J’espère t’y croiser !


Défi Trois fois forgé – Comme je trouvais ma vie un peu vide ces derniers temps je me suis rajouté un truc à faire, et voilà que je me retrouve dans le jury du Défi trois fois forgé de cette année ! Si tu n’as pas les bails, sache que c’est un défi de création de jeu de rôle dans lequel tu vas écrire un embryon de jeu, qui va ensuite passer entre plusieurs mains pour être étoffé, muter, et devenir un autre jeu, sans doute meilleur que ce que tu avais prévu au départ. Je n’y ai jamais pris part en tant que créateur mais comme j’adore lire des jeux, je ne pouvais que signer pour y jeter plein d’yeux !


Série

Ted Lasso saison 4 – Comme beaucoup de revivals qui arrivent des années après la fin de l’original, j’étais assez méfiant vis-à-vis de cette nouvelle saison de Ted Lasso, qui n’était pas vraiment nécessaire vu comment la série s’était « terminée » précédemment (les guillemets sont désormais de mise). Et si le focus sur le football féminin est bienvenu, cette 4e saison conserve, voire aggrave, certains défauts de la version précédente de la série : pathos un peu trop appuyé et histoires d’amour totalement inutiles surtout viennent gréver l’intérêt, tout comme certains callbacks et cameos de personnages des saisons précédentes qui sont sympa mais viennent prendre de l’espace qui aurait pu être dédié aux nouvelles protagonistes. Malgré tout, ce Ted Lasso 2.0 n’est pas désagréable : les moments de foot sont toujours chouettes, les nouveaux personnages aussi, c’est simplement que j’aurais aimé les voir plus que des clins d’œil appuyés et des bisous lassants.



Jeux de société

Crôa ! – Ça faisait un moment que ce jeu de société traînait sur nos étagères mais je n’étais pas parvenu à y intéresser l’enfant, sans doute trop jeune alors : c’est cette semaine qu’elle s’est prise d’intérêt pour ce qui pourrait sembler un jeu de hasard mais se révèle en réalité un jeu de stratégie assez fin (néanmoins avec une bonne part de hasard). Même à l’âge adulte ça reste un gameplay intéressant et difficile à maîtriser… mais on ne va pas se mentir, ce qui a plu à Madeleine dans tout ça c’est surtout que les petites grenouilles en plastique sont sacrément mignonnes !


Qwirkle – Autre jeu qui paraît simple au premier abord et repose pas mal sur le hasard, ce jeu de pose de tuiles abstraites pour faire des suites et surtout espérer les fermer à la place de l’adversaire. Les parties sont un peu longues mais elles sont souvent très serrées, et si on a pour le moment plus senti la chance que la stratégie guider nos coups, c’est toujours un plaisir pour moi que ce genre de jeux où l’espace de jeu s’étend dans tous les sens au fur et à mesure...


Musique

JP Nataf, Plus de sucre – J’aimais bien (et j’aime toujours) les Innocents, le groupe de JP Nataf qui se prenait un peu trop pour un groupe de pop britannique et jouait habilement avec les mots et les mélodies ; mais je n’étais pas prêt pour cet album solo du chanteur du groupe qui porta toutes ses qualités à son paroxysme et au-delà. Au fond tout est dit dès les premiers accords de « Tout doux » et le programme de l’album est appuyé par « Rengaine » : des mélodies qui bouclent sur elles-mêmes, des paroles qui s’enroulent en spirale pour aller, jeu de mot après glissement linguistique, vers leur sens profond. Des chansons comme « Ovale lune » ou « Plus de sucre » utilisent l’astuce préférée de Nataf, celle de couper les mots en syllabes pour nous faire trébucher sur l’(in)attendu ; d’autres, comme « Je mange mal » ou « Enveloppe », jouent sur le registre de l’absurde pour nous amener on ne sait trop où, mais en tout cas toujours avec ce genre d’air qui me reste en tête toute une journée ou dont je me chante des fragments en boucle sur mes trajets quotidiens. Et tout comme l’album s’est ouvert par une petite claque, il se termine par une explosion musicale avec « Le consentement », qui fait semblant de finir tranquillement pour mieux nous emmener très haut dans le cosmos des émotions...



L’arrière-queer de Milouch

Cheap Perfurme 

Cheap Perfume c'est comme les Sephora, ça t'explose a la gueule t'étais pas prêt.e 

Cheap Perfume c'est comme une bouteille d'Alien de Muggler, ça a pris une ride, c'est des riff qui prennent la gorge 

Cheap Perfume, y a pas de note de tête, juste des paroles qui vrillent le cerveau 

Cheap Perfume, tu l'avais pas vu venir 

T'en avais besoin 

Un spray sur la gueule des fachos 



Par ailleurs :

— Les jeunes manifestent pour de meilleures conditions dans leurs lycées, nous sommes en octobre… 1998.
— Pourquoi chanter quand on peut parler ? (merci Tony !)
— Ribbit.
— Des boutons, des boutons, des boutons.
— Les autres musiques de la semaine : la néo cold wave de Scarlatine et presque « Siamo tutti antifascisti » mais pas tout à fait (j’ai peut-être trop traîné dans les manifs dernièrement, va savoir...).


Des bises

et à dimanche prochain en compagnie de Jeanne Cherhal.

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