La compote de Côme

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18 octobre 2026

La compote de Côme #295

Des codes secrets, des micro-fictions et des chants immortels.

Jeux de rôles

I Am a Guillotine – Je vais pas te mentir, ces dernières semaines pas facile d’avoir une tête à rédiger des compotes rigolotes quand je lis, et constate de visu, la violence policière, médiatique, politique immonde à laquelle mes élèves, et les autres, sont confronté.es. Alors pour me détendre il faut peut-être un jeu d’Adam Vass dans lequel notre but est d’isoler un facho ou toute autre personne dont la mort ne serait pas une grande perte, et de lui faire une Luigi. C’est, aussi, un jeu tactique inspiré par le système Carta, qui semble (à la lecture du moins) pas évident à gagner, même si ça donne envie d’essayer… comme dans la vie en somme.


Codex Epistolarum – Parce qu’il faut bien penser à autre chose pour ne pas tomber dans la dépression, j’ai acquis auprès du camarade Débord de Missel ce jeu de rôle épistolaire qui coche tellement de mes cases que c’en est indécent : non seulement il innove dans ce genre pas évident à appréhender en proposant un récit autour des codes secrets, dont le principe m’a toujours titillé, mais en plus il est d’une beauté formelle impeccable, que ce soit dans son son style visuel ou dans son format (le jeu est une fausse enveloppe qui se déplie à la verticale, non mais sah quel plaisir)… J’avais je crois déjà parlé de son créateur ici, je vais continuer à le faire car c’est clairement un nom à suivre !


Rise, Wizards! – En parlant de beauté absolue, je me demande si un jeu de rôle dont le concept central est de faire des tours de dés et éviter qu’elles s’écroulent a le droit d’être aussi beau. Très honnêtement, avec un autre habillage visuel je ne suis pas sûr que j’aurais parlé de Rise, Wizards! dont le gameplay ne me passionne pas (on est sur une variation de plus du principe « lis une amorce ou une question, réponds-y, passe à la suivante), mais vraiment sa maquette et ses illustrations sont des tueries. Et en plus il y a de la fonte Velvetyne dedans !


YOU ARE A REGULAR GUY! – Bon, dans la réalité concrète d’une table de jeu, je pense qu’incarner des types (et meufs) lambdas dont la moindre action peut se conclure de façon catastrophiquement pathétique, ce ne serait pas très drôle. Heureusement ce n’est que l’angle de façade de YAARG! qui en plus d’avoir un très bel acronyme est aussi très drôle et promet de basculer assez vite dans l’absurde et le n’importe quoi au fil de ses parties… Hulk HoQuinn (quel pseudo !) fait aussi partie de ces noms que je suis à présent avec attention, tant je suis accro à son style « néon fluo » et son inventivité acidulée !



Littérature

Défections et Cie – Je ne percevais pas forcément la cohérence dans les recueils de nouvelles précédents de Retour au goudron mais cette fois impossible d’y échapper, le mot « défection » étant présent à chaque nouvelle ou presque : on a ici des textes qui parlent tous de missions qui ne tournent pas comme prévu, d’agents envoyés à travers les réalités vers une foirade absolue, ou qui prennent la décision de tout plaquer. Ce n’est pas mon recueil préféré de la collection, à cause d’une certaine répétition sans doute (qui tient autant qu’à Volodine qu’à moi qui ne bouffe presque que ça comme bouquins depuis des semaines), et aussi parce qu’un autre trait commence à m’être de plus en plus visible au fil des livres, celui d’univers très, trop masculins… Je le sauve quand même, parce qu’il y a aussi des aspects très Millevaux (l’univers post-apocalyptique forestier de Thomas Munier) qui me parlent beaucoup !


Survies minuscules – Et tant qu’à ne lire que du Volodine, autant mettre les bouchées doubles… Il faut dire que ce volume-là ne ressemble à aucun des autres, malgré son apparente répartition habituelle (7 parties de 7 chapitres chacun avec 35 segments dans chaque chapitre). Ici ce qu’on retrouve c’est le Volodine des fragments, qu’il s’agisse de phrases sélectionnées uniquement pour leur caractère poétique ou de paragraphes réussissant à dire une histoire presque complète en quelques lignes. J’ai tant adoré ma lecture (sans surprise puisque j’avais aussi adoré Slogans, ce 50e volume secret, et Haikus de prison) que j’ai dévoré le livre en quelques jours, même si je dois dire qu’une fois de plus, les personnages féminins y sont largement minoritaires et que je me serais bien passé des quelques descriptions de rêves érotiques qui sont clairement ceux de l’auteur lui-même.

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Cœur de légume – S’échapper de l’actualité trop plombante c’est aussi se bouger les fesses pour enfin arriver à une version finale de ce jeu sur lequel on bosse depuis quelques mois avec Guillaume Rioult et qui, comme environ la moitié de mes productions, n’est qu’une blague poussée à sa conclusion : et si on faisait un jeu de chevalerie, mais où il faudrait éplucher des légumes pour réussir ses actions ? Ça ne fera qu’aggraver ma réputation de mec qui utilise n’importe quoi pour faire un système de jeu (c’était d’ailleurs l’origine de cette blague-ci) et, bon, à un moment il faut assumer ses étiquettes...


Films

Hyènes – Sinon cette semaine j’ai failli voir 5 films en 5 jours pour me préparer à un programme de cinéma destiné aux lycéen.nes, mais je me suis contenté de trois, ceux que je n’avais jamais vus (je reparlerai donc sans doute de Certains l’aiment chaud et Le Règne animal d’ici quelques mois). J’ai commencé avec ce film de 1992 dont la copie pourrie que j’ai récupéré ne m’a initialement pas aidé à l’apprécier, tout comme son rythme assez particulier, pas d’une lenteur insupportable mais avec un cadrage très théâtral (sans surprise puisque c’est l’adaptation d’une pièce de théâtre) néanmoins émaillé d’humour assez appréciable. Le film prend aussi des allures de western lorsque, dans un twist digne d’une pièce de Wajdi Mouawad, il lève le voile sur une histoire de vengeance, traitée à la fois avec absurdité et gravité ; et puis c’est surtout un film que je range dans ma catégories des chelous par bien des aspects trop longs à détailler ici. bref c’est un film qui joue sur bien des tableaux à la fois, pas toujours avec bonheur mais d’une façon qui a alimenté ma curiosité jusqu’au bout.


Les Délices de Tokyo – Passons sur le titre français volontairement accrocheur de ce film qui, à sa décharge, n’est que la conséquence logique d’une certaine idée du Japon qui semble être mise en avant au fil du récit, avec ses fleurs de cerisiers, ses gentilles grands-mères, ses cuisiniers taciturnes mais sympathiques… Heureusement, le film prend une autre tournure, d’abord en se focalisant assez longuement sur des scènes de fabrication de nourriture (sans doute, et ça en dira long sur moi, celles qui m’ont le plus captivé pendant mon visionnage), ensuite en embrayant sur un regard presque documentaire sur les conditions de vie dans une léproserie locale. Malheureusement ça n’a pas suffi à m’accrocher, le rythme lent du film ayant raison de ma fatigue, ou l’inverse.


Sur l’Adamant – J’avais déjà vu il y a 2 ans un autre volet de cette trilogie de Nicolas Philibert et, pour le dire assez directement, je m’étais un peu emmerdé. Pourtant je trouve intéressant le regard d’une caméra sur ceux et celles qui sont considéré.es par la société comme aux marges car trop en prise avec la folie ; manière de nous forcer à voir ce que l’on n’a plus l’habitude de croiser. Sur l’Adamant y arriver mieux, à mon sens, parce qu’il s’attache au collectif et donc au projet global de cet établissement pas comme les autres ; au lieu d’enchaîner les portraits comme les autres volets du projet se contentaient de le faire, il permet mieux de saisir l’humanité qui relie ces personnes, considérées comme saines d’esprit ou non, les unes aux autres. Ça manque peut-être encore un peu trop de fil narratif à mes yeux, mais c’est un bien meilleur documentaire pour moi que ses suites, ne serait-ce que par le regard bienveillant qu’il porte sur la psychiatrie, contrairement à bien d’autres documentaires se focalisant sur ses aspects les plus durs (hein Wiseman !).


Toy Story 4 – Je gardais un excellent souvenir de ce 4e opus dont la fin m’avait fait pleurer à chaudes larmes (et à nouveau avec ce revisionnage), mais le revoir en ayant à peu près l’histoire en tête m’a permis de l’apprécier plus encore dans son rôle de passation : certes, cela signifie que le film est largement centré sur Woody au détriment des seconds couteaux, mais c’est un vrai plaisir de retrouver Bo dans un rôle bien plus actif (préfigurant ainsi les rôles féminins de Toy Story 5) et de constater que le film joue avec nos attentes concernant les méchants dans un récit où il n’y en a finalement aucun. Et puis il faut dire que les gags sont légions avec au moins 3 nouveaux personnages (ou duos) hilarants et que le décor de fête foraine donne lieu a de chouettes scènes d’action !



Jeux vidéo

Monster Boy and the Cursed Kingdom – Apparemment ce Monster Boy est un énième volet dans une longue saga mais je t’avouerai que je m’en tape complètement et que j’ai pris ce jeu pour ce qu’il était en tant qu’unité, c’est-à-dire un très chouette metroidvania dans lequel les métamorphoses du personnage principal constituent sa principale évolution. Le jeu est vraiment très bien fichu, avec une difficulté bien dosée, une histoire qui ne prend pas trop de place, et des aides suffisamment bien amenées pour que, pour une fois, je prenne plaisir à le poncer à 100 %… Bon, il contient bien un poil de farming vers la fin, et inclut quelques secrets vraiment tirés par les cheveux et pour lesquels une soluce m’a été indispensable, mais à part ça c’est du très bon !




Podcast

Le Club Citrouillade saison 2 – Il y a fort longtemps de ça, je t’avais parlé de ce podcast plein de monstres rigolos qui avait ravi Madeleine… Eh bien on a été deux ravis de découvrir qu’il en existait une saison 2 ! Contrairement à d’autres suites de podcasts (par exemple Les Malheurs de Sophie version comédie musicale, qui part mal en changeant son inimitable générique), ce nouveau Club Citrouillade ne cherche pas à changer sa formule qui marche, ou plutôt il le fait de manière subtile : les premiers épisodes reprennent son découpage en petites histoires sympas avant que la saison ne bascule vers un mystère multi-épisodes qui permet aussi de faire bouger un peu les personnages et leur entourage (c’est pas dans toutes les œuvres jeunesse qu’on a deux familles homoparentales et un.e gamin.e non binaire !). À nouveau un banger donc, et j’espère bien qu’il y aura une saison 3 !



Musique

Chumbawamba, English Rebel Songs - Je comptais initialement te parler ici de Tubthumping, le fameux album de Chumbawamba qui mêle chansons de protestation et guitares qui donnent de l’énergie, mais j’y préfère cette semaine leur 3e album, bien plus calme en apparence puisqu’il s’agit de chants entièrement a capella. Mais il s’agit aussi d’une collection de chants de rébellion, parfaitement interprétés ici et témoins d’une colère qui tient depuis des siècles : des chants pour se lever contre l’opression, d’autres pour célébrer des héros du peuple plus ou moins mythiques, des chants pour baisser la tête et se recueillir, d’autres pour se redonner du courage… Des chants plein de cœur et de chœurs, qu’il faut écouter d’un bout à l’autre pour se rappeler que la lutte est une histoire de communautés, de solidarité, de détermination… et de chansons.


L’arrière-queer de Milouch

Solidarité, entre fantasme et nécessité de Sarah Schulman

Vous le savez, toute nouvelle sortie d'un livre de Sarah Schulman doit faire l'objet d'une chronique dans l'arrière-queer. C'est dans ma fiche de poste et le taulier y veille scrupuleusement...

Alors que vaut donc ce nouvel opus de Schulman?

Et bien, je suis mitigée... 

D'un côté, le livre raconte des choses très intéressantes sur la Palestine, les luttes de Schulman pour les droits à l'avortement et ça c'est passionnant ! De l'autre, je trouve que Schulman ne répond pas vraiment au sujet de son livre. 

On a l'impression que comme Mona Chollet dans Sorcières, elle voulait parler de pleins de sujets et qu'elle a après coup essayé de trouver un fil conducteur entre tout ça. 

Le texte se conclut néanmoins sur un échange autour de l'oraison funèbre qu'elle a tenu après le suicide de Bryn Kelly. Une oraison poignante, politique et indispensable.

Un livre plutôt mitigé mais intéressant en somme et qui confirme encore une fois la place particulière qu'occupe Schulman dans le monde militant !


Le mass et la plume

Marvel Midnight Universe

Nouvel univers, nouvelle série. Marvel lance son univers Midnight avec trois locomotives : Spider-Man, Fantastic Four et X-Men. Le concept : un univers sombre, gore, où tout ce qu’on connaît est chamboulé. Vampires, créatures lovecraftiennes, expériences interdites — tout y passe.

Les sorties en VO sont programmées à raison d’un volume par titre par mois. Pas de nouvelles des sorties Panini sur ces titres de mon côté.

Midnight Fantastic Four #1

J’ai vraiment apprécié ce premier tome de mise en place. Les références distillées petit à petit pour les lecteurs Marvel sont bien dosées, et le côté fantastique/horreur est amené avec la même subtilité. Le dessin de Kev Walker me convient parfaitement — pas extraordinaire, mais il fait largement le job. Un numéro 1 parfaitement exécuté.

Midnight Spider-Man #1

Marvel voulait faire du comics sombre, et là ça marche vraiment très bien — on n’est même pas loin du gore. Certaines planches sont franchement gênantes, je ne le conseillerais pas à tout le monde.

La mise en place est assez classique pour ce type d’univers parallèle, avec des personnages de l’univers principal glissés dans des rôles différents en guise de clins d’œil. On démarre juste au moment où Peter Parker va devenir Spider-Man. PK Johnson installe un univers très proche du nôtre, où une oligarchie a pris le pouvoir sur l’Occident et où la police a été remplacée par une milice privée, HAMMER — le passage d’ouverture entre Oncle Ben et Peter Parker pose très bien les règles de cette société. Ensuite on s’enfonce petit à petit dans les ténèbres, jusqu’à une fin à soulever le cœur.

Le dessin de Scietronc me rappelle beaucoup Peach Momoko, en un peu plus comics et un peu moins manga. Je sais que ça peut poser problème à certains, mais je trouve que ça marche plutôt bien — la case du chat est saisissante. J’attends la suite avec impatience.

Midnight X-Men #1

Voilà le bazar. On est sur une histoire de mutants et de vampires — les vampires, c’est assez récurrent chez Marvel — avec des vampires mutants, des vampires humains, des humains, et des mutants non mordus. Comme dans les deux autres volumes, on retrouve des personnages connus au moins de nom.

C’est peut-être le moins sombre des trois, même s’il y a du gore. Le dessin de Della Fonte est très joli mais assez statique à mon goût. On est dans du classique au carré : plusieurs factions qui s’envoient des claques dans tous les sens en essayant de maintenir un équilibre précaire — ce que résume bien le titre du tome, The Peace Must Hold. J’attends de voir, l’histoire pourrait être vraiment pas mal. Et je me demande si les séries vont finir par se croiser — pour l’instant, ce n’est pas le cas.




Par ailleurs :

— En 1986 aussi les élèves étaient vénères et les flics étaient bourrins.
— Une lecture vraiment pas très longue mais très prenante.


Des bises

et à dimanche prochain en compagnie de B. Dolan.

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