La compote de Côme

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27 septembre 2026

La compote de Côme #292

Des elfes, un ours et la révolution.

Jeux de rôles

Miru / Miiru / Miiiru – Alors non, je ne suis toujours pas vraiment client des OSRies et de leur philosophie qui place un accent important sur le combat, la gestion de l’équipement et les multiples attributs chiffrés, mais je sais reconnaître le talent quand il est présent ! En l’occurrence nous avons ici trois jeux solo qui se répondent et se font suite, déployant petit à petit un univers à travers des hexagones, des paragraphes à choix multiple mais aussi des secrets à débloquer, et j’en passe… Le côté très vidéoludique de l’ensemble est assez séduisant, et il n’en faudrait pas énormément pour que je finisse par me laisser tenter !

Nancy Druid – Parfois, les associations les plus incongrues produisent des choses pas inintéressantes ; par exemple pourquoi pas un mashup entre des histoires de détectives et des histoires de druides (au sens très Donjons & Dragons du terme) ? Et tant qu’à faire, autant le présenter comme un jeu pour un jeune public, ce qui implique évidemment qu’on peut se transformer en animaux sinon où est l’intérêt. Comme souvent avec les jeux de cet éditeur, la maquette est d’une laideur assez absolue, et c’est vraiment dommage car le principe est franchement sympathique !

High Winter Elves of Girlville / Advanced Elves & Exes – Parfois je tombe sur des créateurices de jeu aussi zinzin.es que moi, par exemple quelqu’un qui décide de créer un jeu en moins de 24h suite à un article du site satirique The Onion décrivant un faux jeu de rôle (mais qui du coup est maintenant un vrai jeu de rôle, tu me suis ?). Et pas une mais deux fois : d’abord sous la coupe d’un système Powered by the Apocalypse, ensuite en version Into the Odd. Est-ce que l’un de ces deux jeux, qui parle d’elfes hivernaux mais en fait beaucoup de relations amoureuses toxiques, est bon ? Pas vraiment, même s’ils paraissent jouables, ce qui est déjà pas mal ; leur principale qualité est d’exister sous une forme qualitative, ce qui n’était pas gagné non plus...

Eldritch High – Certes, la métaphore de High Winter Elves of Girlville est lourde, ça ne veut pas dire qu’elle est mauvaise ; je pourrais en dire autant de Eldritch High, de la même créatrice, qui place un signe d’égalité entre les atermoiements et changements de l’adolescence et l’horreur cosmique. Ça fonctionne très bien, tout comme cette idée que tes deux scores correspondent à « Se conformer » et « Se transformer » avec tous les doubles sens que ça peut engendrer… Quand un parallèle thématique nous tend les bras, pourquoi le refuser ?



Littérature

Bardo solo – Nouvelle étape et nouvelle variation dans le marathon Volodine, avec ce Bardo Solo qui se présente comme une fausse pièce de théâtre programmatique : dès le départ on saisit qu’il va y être question de variations légères autour d’un même thème, celui de la traversée du Bardo (l’après-vie bouddhique, pour aller vite) et ses 49 étapes. L’ensemble est osé car très répétitif et constitué de fragments assez peu reliés les uns aux autres ; par moments j’ai vacillé vers l’ennui, mais chaque chapitre étant très court, cela empêche de s’appesantir trop sur une impression. Il n’empêche qu’il s’agit pour l’instant du volume qui m’a le moins convaincu : je comprends la contrainte littéraire et respecte évidemment la volonté de la pousser jusqu’au bout, mais c’était peut-être un peu au détriment du lectorat, pour le coup… Notons que c’est aussi, sans doute, le seul bouquin de Volodine avec des liens YouTube à l’intérieur.



Série

The Bear saison 5 – Il fallait sans doute quatre saisons (et quelques épisodes spéciaux) avec leurs sommets et leurs passages à vide pour en arriver là : une ultime saison absolument parfaite de bout en bout, qui vient clore The Bear avec énormément d’émotions et de tension mais surtout beaucoup de sourires. Les 7 premiers épisodes de la saison se regardent comme un long film, avec une tension jamais relâchée et appuyée par une musique d’Hans Zimmer : il ne fait aucun doute que ce qui est filmé est la soirée de la dernière chance, les potards sont au maximum et les personnages ont eu quatre saisons pour devenir matures et pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes. Dès lors, et vu tout ce qui a mené jusque là, la happy end générale est amplement méritée et je l’ai accueillie avec beaucoup de plaisir. The Bear restera une série imparfaite avec cependant beaucoup de très bons morceaux, et cette saison 5 en est le haut du panier à bien des égards.




Films

Goutte d’Or – J’aime bien les films qui savent conserver leur part de mystère et qui n’étalent pas leurs thématiques et leurs messages devant le nez de leur spectatorat, et c’est le cas de Goutte d’Or, qui n’est pas un film sur le spiritisme, ni sur le banditisme du quartier parisien du même nom, même s’il contient ces deux éléments en doses inégales. À de nombreuses reprises pendant le film, je me suis dit que ça y était, j’avais compris quelle était son intrigue et où ça allait mener, mais non, au final on ne s’attache à rien d’autre qu’à l’errance de son protagoniste à travers sa vie, et c’est déjà beaucoup. Comme dans une danse, j’ai suivi les esquives du film jusqu’au bout avec plaisir.


Mary Poppins – Je n’avais plus de souvenirs de ce film depuis ma tendre et lointaine enfance et ce n’est pas très surprenant : ses chansons ont beau être entraînantes et ses effets spéciaux pas si vieillots, c’est quand même bien longuet, cette suite d’aventurettes sans trop de liens entre elles… J’ai cru pouvoir me réjouir un peu à nouveau lorsque le film, prenant un virage inattendu, s’est fait critique du capitalisme le plus forcené, mais comme c’est un film Disney les suffragettes y sont gentiment moquées et le capitalisme en sort bien sûr renforcé à la fin (mais les parents aiment de nouveau leurs enfants, donc tout va bien).



Musique

Mike Patton, A Perfect Place – J’ai une place particulière dans mon cœur de mélomane pour les bandes-son de film, particulièrement celles qui tissent des variations sur leur(s) thème(s), et A Perfect Place ne déroge pas à la règle avec son thème qui swingue (parfois beaucoup, parfois peu) et qui annonce les divers bouts de mélodies qui vont revenir encore et encore tout au long du disque. C’est un album qui se place dans une tradition que je qualifierais de jazzy en étant à peu près sûr que ce n’est pas le bon mot, et qui bénéficie surtout de l’éclectisme de Mike Patton, qui passe d’un style à un autre sans rien perdre de sa maîtrise (et sans oublier quelques intermèdes qui démultiplient encore plus l’horizon sonore). Il y a bien entendu un aspect un peu sombre (avec ou sans trucs qui scintillent) à l’ensemble, pas étonnant pour la bande sonore d’un court métrage qui parle d’un assassinat fort peu pratique ; on n’y oublie cependant pas des mélodies plus dansantes, ou des étrangetés Pattonesques qui n’ont pas grand-chose à voir avec le schmilblick mais on prend quand même. Ce n’est peut-être pas ma bande-son de film préférée, mais quel sommet musical...



L’arrière-queer de Milouch

La Révolution n'est ni propre, ni jolie, ni rapide de Pat Parker 

Sous ce titre que n'aurais pas renié Bakounine se trouvent 3 très bons textes de Pat Parker rassemblés par Hystériques & Associées (Noémie Grunnenwald la GOAT). 

C'est très bon, divers et super intéressant. 

Le premier texte est un discours prononcé en ouverture d'une conférence féministe, un brûlot aussi qualitatif qu'enragé qui place les mots d'exigence et de révolution au cœur de son propos. 

Le deuxième (qui est aussi mon préféré) parle des choix que Pat Parker et sa compagne ont faits pour leur enfant. De comment c'est d'être un couple de lesbiennes bi-culturelles élevant un enfant aux US. Pratique, pragmatique, passionnant. 

Enfin, le dernier est un autre discours d'introduction qui envoie des bons gros fions aux mecs gays et à ceux qui se targuent de l'homonationalisme. 

3 textes, 

3 rages différentes,

Aucune concession.



Le mass et la plume

Dossier 137 – Dominik Moll

Le film suit l'enquête de Stéphanie Bertrand, jouée par Léa Drucker, inspectrice à l'IGPN, chargée d'enquêter sur une agression policière contre un jeune gilet jaune grièvement blessé.

Le film interroge la difficulté, voire l'impossibilité, pour l'IGPN d'enquêter réellement sur ses propres collègues — et donc l'impunité que cette situation engendre. La réalisation montre avec clarté comment cette institution n'est absolument pas adaptée pour empêcher que certains policiers ne deviennent une sorte de milice au service non pas de la République — et donc du citoyen — mais de ceux qui gouvernent.

C'est très bien réalisé, les acteurs sont excellents, et certaines scènes décrivent avec une précision troublante une plaie profonde de notre pays. La scène où une employée racisée reprend la policière de l'IGPN est d'un réalisme saisissant — on frôle le documentaire.

Certains ont vu dans ce film une forme de relativisme qui dédouanerait la police. Ce n'est absolument pas ce que j'y ai lu — bien au contraire : c'est une critique claire et directe de la violence impunie, qu'elle soit dirigée contre les gilets jaunes, les manifestants de Sainte-Soline ou les habitants des quartiers populaires.


Par ailleurs :

— À quoi ça sert d’avoir sous la main tous ces objets de Katamari Damacy ? À rien, et c’est ça qu’est beau.
— Plus jamais seul.e face au solitaire.
— Les autres musiques de la semaine : le rock de (musique de) chambre de Miracles of Modern Science, la fragilité (encore) de Julie B Bonnie et les boucles décaties de The Kevin Costner Suicide Pact.


Des bises

et à dimanche prochain en compagnie de Owen.

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