La compote de Côme #291
De l'eau, du caca et des labyrinthes.
Jeux de rôles

I Love My Corporate Job – Certes Florian est un ami et je ne peux donc pas être tout à fait objectif devant son dernier mini jeu de rôle, mais il faut bien reconnaître le génie là où il se trouve et je n’ai jamais lu de modélisation plus concise, glaçante et juste du monde du travail… C’est le fameux « prends ça comme un jeu » de Stupeflip poussé à son maximum, c’est un jeu incroyable et je n’y jouerai jamais, sauf malgré moi évidemment.

Aquamuros, kit de démonstration – Depuis que les camarades d’Aquamuros et ceux du Rayon alternatif traînent dans les mêmes bouts de festival, je me rends compte que je n’avais jamais lu le kit de découverte de leur jeu, dont le financement participatif ne devrait plus tarder… Bien mal m’en a pris car c’est de la belle ouvrage, avec un univers à la fois familier et original (qui n’a jamais rêvé d’incarner des criminelles de grand chemin qui cambriolent des banques d’eau ?) et surtout un système sans dés qui fait la part belle à la co-création narrative, avec une élégance dont je ferais bien de m’inspirer, tiens. Non, si j’ai un seul reproche à faire à ce kit c’est qu’il me laisse un peu sur ma faim, ce qui veut dire qu’il remplit parfaitement son emploi, celui de m’appâter pour la version complète du jeu !
Bandes dessinées

L’insupportable Grabote volume 1 – C’est comme d’habitude un bonheur de parcourir les dessins de Nicole Claveloux, avec ici le début d’une anthologie des aventures de son personnage le plus détestable et attachant ! J’aime les publications des auteurices dans les revues jeunesse car quand c’est bien fait on retrouve un mélange de naïveté et de malice qui fait mouche à tous les coups et (dans le cas de Grabote) un jeu progressif avec les codes du médium qui fait presque par moments basculer la série du côté du feuilleton. Je n’ose pas faire lire tout cela à Madeleine de peur qu’elle trouve ces planches un peu vieillottes et préfère garder ma très bonne opinion pour moi !

Les Tribulations de Mizuki – Forcément, des histoires où il est beaucoup question de caca et de pets, ça ne pouvait que me plaire… C’est surtout le mélange entre un cadre réaliste et des situations juste ce qu’il faut de fantastiques qui m’a plu dans ces Tribulations, dont le rythme est assuré par la brièveté des histoires. Une très bonne pioche que ce volume, donc, contrairement à d’autres recueils du même genre chez Cornélius qui m’avaient moins convaincu...
Littérature

Les Meilleurs d’entre nous – J’avais un peu peur que les volumes de Retour au goudron se suivent et se ressemblent, présentant tous des nouvelles certes impeccables mais un peu trop homogènes. Bien sûr, on retrouve dans ce volume-ci des enquêtes qui ne mènent nulle part, un monde pourrissant qui se cherche une direction et quelques autres tropes de Volodine, mais ce qui le distingue ce sont deux séries de micro-nouvelles, 70 fois des textes qui ne font pas plus de deux pages chacun et condensent de façon magistrale l’art de Volodine de poser une ambiance et un décor (et, assez souvent, de s’en tenir là). Pas le temps de s’ennuyer, et me voici déjà parti à l’ascension du volume suivant.
Jeunesse

Anne Bonny, reine des pirates – Nous avions tenté l’année dernière de faire découvrir à Madeleine la vie de la pirate la plus cool du monde, mais sans succès ; les étoiles se sont enfin alignées en ce mois de septembre puisqu’elle a dévoré, à plusieurs reprises mêmes, cette fausse biographie podcastée et narrée au poil par la voix éraillée d’Anne Loiret. J’ai apprécié en particulier la justesse du ton, qui ne passe pas sous silence les épisodes les plus durs de la vie de Bonny (et de la vie de pirate en général), tout en les rendant compréhensibles à de jeunes oreilles. Et maintenant, j’ai envie d’écouter l’original…
Page de pub

Green Dawn Mall en espagnol – Parfois il y a de bonnes surprises et parfois il y a des surprises tout court, comme cette sortie de Green Dawn Mall en espagnol, que l’éditeur a fait traîner des années et dont il avait oublié de me rappeler l’imminence (oups). Je suis bien content que ce premier essai revienne un peu sur le devant de la scène et rencontre un nouveau public, je le serai encore plus quand le contrat sera mis au clair !

Une semaine avec Grenouille et Lapin, la précommande – Il n’y en a pas que pour les hispanophones cette semaine, puisque je rentre dans la dernière ligne droite pour la création de Une semaine avec Grenouille et Lapin, qui devrait bientôt passer sous les rotatives… Les personnes qui l’avaient soutenu au printemps dernier seront bien sûr prioritaires pour recevoir leur exemplaire du jeu le plus mignon du monde mais si tu avais loupé le coche à l’époque, voici une page de précommande qui te permettra de le rattraper ! Ça me fera du bien aussi tant le jeu a été plus cher à produire que prévu, mais quand on aime, n’est-ce pas...

Seine de Jeux – Je continue ma fâcheuse manie de ne pas me reposer le week-end en pleine rentrée scolaire et tu pourras avoir la chance d’admirer mes cernes et mes jeux samedi prochain à Carrières-sous-Poissy ! Ce sera ma troisième visite de ce petit festival familial qui est certes un peu loin (mais moins que la Fête de l’Huma) mais vraiment sympathique, avec un accueil aux petits oignons. Viens faire coucou, en plus c’est ma fête !
Séries

Rick and Morty saison 9 – J’ai terminé cette 9e saison l’air un peu mitigé, et il m’a fallu quelques jours pour comprendre pourquoi : ce n’est pas vraiment que je me lasse de l’humour crétin de Rick and Morty (après neuf ans de bons et loyaux services en ce domaine, je sais dans quoi je m’engage quand je lance un épisode), c’est plutôt son syndrôme Simpsons. Je m’explique : de temps à autre, la série prend l’un de ses personnages et décide qu’il va mûrir un peu, ou déterre un arc narratif oublié et le fait avancer de quelques pas… et puis on oublie tout et on fait comme s’il ne s’était rien passé car voici un épisode sur le cycle de la vie (très bon au demeurant). Cet aspect « deux pas en avant, trois pas en arrière » est un peu lassant pour moi et je préférerais quelque chose de plus constant ; mais là aussi, je ne peux pas demander à la série de brutalement changer dans sa dixième année, c’est clairement un me problem !
Films

Dix pour cent, le film – Y avait-il besoin d’une suite à la série Dix pour cent, sympathique mais jamais transcendantale ? Non. Cette version long métrage est-elle de qualité ? Non plus. Ou plutôt : ça ne commence pas si mal, avec une intrigue qui vaut ce qu’elle vaut et permet de caler un peu d’humour, du fan service et beaucoup (un peu trop) de Camille Cottin au détriment des autres acteurices ; et puis voilà que dans le dernier tiers du film, tout s’écroule comme une grosse bouse. Le film se conclut par une véritable non-fin, après avoir eu recours 5 fois de suite (j’ai compté) au même schéma narratif : des personnages s’engueulent, leurs différences semblent irréconciliables, et puis quelques scènes plus tard, ils discutent 5 minutes et hop, tout est réglé. Si j’ajoute à cela une révélation sur le passé d’un des personnages dont on se fout complètement, tu auras une bonne vision du désastre… Heureusement que, comme à son habitude, Laure Calamy tient l’énergie globale à bout de bras, sinon on ne serait sans doute pas allé jusqu’au bout.

Sayat Nova : La couleur de la grenade – Je préfère prévenir de suite, ne lance pas Sayat Nova au soir d’une longue journée de travail, sauf si tu cherches un moyen efficace de t’endormir en 5 minutes. C’est qu’il y a des films un peu lents et puis il y a ce poème filmé, suite de scènes qui ne contiennent aucun dialogue ni récit (ou alors vraiment épais de quelques millimètres à peine) et qui auraient pu facilement me mettre KO ou me faire jeter l’éponge… Mais ce serait oublier que le film de Paradjanov est d’une beauté incroyable et absolue : chaque plan est un magnifique tableau, chaque mouvement déborde de grâce, le tout dans une ambiance inimitable qui enterre tout ce qu’ont pu faire Wes Anderson ou David Lynch dans ces domaines respectifs. Je ne sais toujours pas bien ce que j’ai vu mais Sayat Nova restera pour sûr comme une expérience de cinéma dont je me souviendrai longtemps.
Jeux vidéo

20 More, Somehow Even Smaller, Mazes – Fleb frappe encore avec cette nouvelle collection de puzzles disponible gratuitement sur Steam ; de quoi occuper une soirée pendant laquelle j’étais censé bosser et où j’ai, à la place, abîmé mes yeux à essayer de comprendre comment on allait d’ici à là. Car ces petits labyrinthes ne sont jamais très compliqués ; ce qui est ardu, c’est de comprendre le système qui régit chacun d’entre eux, avec quelques surprises à la clef. De toute façon, mets-moi un labyrinthe original et bien fichu entre les pattes, j’aurai du mal à y résister...
Musique

Les Rita Mitsouko, Système D – Je n’aurais que celui-là dans ma collection de disques alors c’est de celui-là que je parlerais. Et ça commencerait avec ce son typique des « Rita » comme on disait à l’époque, mélange de voix un brin criardes et sonorités funk : quoi de mieux qu’un titre qui nous invite à entrer pour commencer ? Système D dégouline d’ailleurs de funk avec deux chansons et demi en anglais (dont un duo avec Iggy Pop et un hommage à James Brown), qui sont les moins intéressantes du disque… Je retiens davantage « Y’a d’la haine » et son mélange entre chants de diva, scratches et spoken word ; « Les amants » et sa ritournelle entrecoupée de cris ; une reprise de Gainsbourg qui boxe l’original et sa sale face ; l’énergie communicative de « Elevator » ; et bien sûr le spleen tranquille de « Modern Baleine ». Le tout est un peu long, la plupart des morceaux auraient gagné à faire une minute de moins, mais c’est comme ça, je ne peux rester insensible à la folie douce et la coolitude faussement nonchalante de Catherine Ringer...
L’arrière-queer de Milouch

Lydia Von Hof
Parfois il y a des coïncidences. Alors que j'apprenais la mort de Dolly Parton (les meilleures partent décidément les premières) je découvrais Lydia Von Hof.
Du rock country moderne, délibérément queer et échevelé.
Et je dois dire que c'était fort agréable comme filiation !
De l'énergiquement saphique “On My Way There” au tendre “Lady Kisses”...
Une musicienne à suivre !
Le mass et la plume

The Whisper Man
J'ai vu le thriller de James Ashcroft sur Netflix. Une histoire d'enlèvement et de copycat, avec une figure tutélaire du mal charismatique derrière les barreaux, un vieux inspecteur qu'on ressort des cartons — il faut bien placer De Niro — et une jeune inspectrice qui va le chercher alors que son petit-fils disparaît.
C'est techniquement pas mal réalisé, mais c'est vraiment un film de commande : sans âme, sans vie. Le scénario a été vu et revu mille fois. Je n'ai pas passé un mauvais moment pour autant, mais heureusement que c'est sur Netflix — aucun intérêt d'acheter une place de cinéma pour ce genre de film.
Par ailleurs :
— Ça avait l’air chouette les zines dans les années 80.
— Les autres musiques de la semaine : le néo-psychédélisme de Gloves Leeches, la pop chiptune de Disastertron et le punk acoustique de Brook Pridemore.
Des bises
et à dimanche prochain en compagnie de Brandt Brauer Frick.
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