La compote de Côme

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13 septembre 2026

La compote de Côme #290

Un voyage, une nuit blanche et un gospel.

Jeux de rôles

Dans la dèche en Averlorie – Ça devient compliqué de lire des jeux sans qu’ils m’en rappellent d’autres et la nouvelle création de Kergan m’a immédiatement mis en tête Cités abîmées et Le Voyage en Alatrie (pitié, que quelqu’un publie cette merveille en français), ce qui lui fournit deux ancêtres de renom dont il parvient tout de même à s’affranchir avec brio ! Je ne suis pas forcément fan de l’aspect un peu trop rôliste du jeu (c’est un comble…) mais le concept de jouer des voyageuses paumées à l’étranger et qui décident de passer un bon moment plutôt que de flipper me parle beaucoup, tout comme les très légères touches de background de l’ensemble. Vraiment un chouette projet, dont j’imagine sans aucun mal une version longue à l’avenir...


Dernières volontés, kit de découverte – Ce jeu publié par l’ami Tolkraft débutant bientôt sa campagne de financement et bénéficiant d’un kit de découverte, forcément je suis allé voir… Là aussi ça m’évoque d’autres choses, par exemple Éternel samedi soir (mais alors vraiment au pif hein !) en plus sombre. L’idée d’incarner des fantômes tous dans le même corps et prêt à tout pour exaucer leurs dernières volontés, y compris les plus basses, est plutôt chouette et l’utilisation d’un jeu de tarot pour ce faire relève presque de l’évidence. Bon, je dois avouer ne pas raffoler de la direction artistique du jeu, mais tout le reste fait admirablement le job et j’ai hâte de voir ce que la version longue nous réserve !


Pro Wrestlers vs. Haters from Outer Space – Je ne peux jamais refuser l’attrait d’un bon jeu de catch qui me tombe entre les mains… Celui-ci a le bon goût de ne pas se transformer en manuel hyper technique pour émuler la moindre prise d’un combat de catch, ce qui est de toute façon impossible. À la place, on assume le côté grand spectacle et déconne, et en plus il y a des extra-terrestres horribles et même pas en spandex !




Littérature

Pride and Prejudice – Voici encore un livre que je n’aurais pas lu si je n’avais pas eu à en dire des choses intelligentes à mes élèves, car je ne suis pas vraiment le plus grand fan de littérature romantique de la Régence du monde. En l’occurrence, j’ai trouvé des choses agréables et intéressantes dans le roman culte de Jane Austen, à commencer par l’esprit affûté de son héroïne ; mais globalement j’ai trouvé la langue difficile et surtout le récit un peu plan-plan, avec peu de développements incroyables et pas mal de sous-intrigues assez barbantes. Mais bon, c’est peut-être aussi que lire des histoires d’amour de gens riches et beaux, ce n’est pas ce qui me passionne en ce moment...


Nos femmes sous la mer – Alléché par la chronique de Milouch sur ce livre, je me suis empressé de le lui emprunter et je n’ai pas été déçu ! Sous couvert de (très léger) body horror c’est surtout un roman qui cultive sa lenteur et mêle différents personnages féminins qui portent en elles une sorte de deuil déliquescent, une descente vers les bas-fonds de la pensée qui, on s’en doute, ne finira pas très bien. C’est sans doute parce que je me gave de Volodine en ce moment mais j’y ai trouvé le même goût pour les chemins intérieurs qui se rongent en spirale ; une fois que j’ai compris qu’il n’y aurait dans Nos femmes sous la mer aucune révélation fracassante, plutôt des fissures qui grandissent de plus en plus, j’ai passé un très bon moment de lecture.


Nuit blanche en Balkhyrie – Petit détour par une œuvre plus ancienne de Volodine avant de retourner au goudron : détour chez les insanes, comme il les appelle, avec toujours cet arrière-fond de révolutions ratées au milieu des ruines, mais cette fois il y a des marionnettes. Il y a aussi un opéra et une pièce de théâtre, et tout se passe dans un crâne, dans un rêve, au cœur d’une nuit sans fin, autant dire qu’on est comme d’habitude secoué.e au sein de fondations pas très solides qui n’expriment rien d’autre que la solitude d’un individu, jusqu’au vertige logique total. Pour la petite histoire, la version numérique que j’ai récupérée sur des canaux obscurs laissait pas mal de pages sans texte, ce qui n’est finalement pas un problème pour un texte volodinien bâti en spirale...



Jeunesse

Toinou et petite sœur dans « Il y a un loup dans la chambre de Mamie » et autres histoires – Je suis retombé cette semaine sur cette excellente bande dessinée que j’avais découvert il y a plusieurs mois avec Madeleine : on ne fait pas mieux, dans le registre humoristique, que le duo de la petite sœur agaçante et du grand frère saoulé qui se fait prendre à ses propres pièges… Il y a un sens du rythme et du dialogue vraiment très fin dans ce petit volume, qui n’a malheureusement pas connu de suite !





Films

Fantastic Mr. Fox – L’enfant ayant écouté le livre audio de Fantastique maître renard 6 ou 7 fois, il était temps de lui montrer l’adaptation de Wes Anderson, qui fait le pari d’y coller son esthétique particulière et de décaler légèrement le récit, pour le faire parler à la fois de crise de la quarantaine et d’adolescence contrariée. Sur ces deux points c’est une réussite, le film est toujours aussi épatant visuellement plus de 15 ans après sa sortie et le revoir après tout ce temps m’a fait prendre conscience d’à quel point, en plus d’être évidemment un film de casse, c’est aussi un western à bien des égards. En revanche, et même si c’est une critique qu’on pourrait faire de presque tous les films d’Anderson, le masculino-centrisme du film m’a vraiment frappé de plein fouet : après un rapide prologue dans lequel Mrs. Fox brille autant que son mari, elle est reléguée à la popote et à la peinture pour le reste du film, et le seul autre personnage féminin du film est un vague intérêt amoureux pour l’ado de la famille et elle n’a droit qu’à une poignée de répliques. Sur ce point, moi qui souhaite montrer à ma fille plutôt des films avec des héroïnes fortes, c’est le fiasco complet...


Le Magicien d’Oz – Je suis toujours épaté quand des films qui sont plus vieux que ses grands-parents plaisent à ma fille : en même temps, pas étonnant qu’elle soit aussi fascinée que nous par un film qui étale sa bizarrerie de bout en bout. Le Magicien d’Oz, que je n’avais jamais vu, est très efficace dans ses aspects de dépaysement fantastique, peut-être même encore plus depuis que ses effets spéciaux se voient comme le nez au milieu de la figure… Les chansons font toujours mouche, le passage du sépia à la couleur aussi, même et surtout après toutes ces années. Dommage que certaines scènes sont un peu étirées inutilement (la chanson du lion en est l’exemple type) et que la production ait décidé que « tout était un rêve » était une meilleure fin qu’un vrai déplacement à la Narnia.




Jeux vidéo

The Messenger – Et pourquoi pas, sans autre justification qu’une soudaine envie, me refaire The Messenger ? J’avais presque tout oublié du jeu à part son formidable twist dont je ne dirai rien ici (sait-on jamais) et c’était un grand plaisir de bondir à nouveau sur ses plate-formes et d’aller explorer le moindre recoin de ses cartes. Bon, le dernier quart du jeu est peut-être un peu long, et quelques passages souffrent d’une certaine répétitivité, mais (et je ne le mentionne pas souvent) le jeu est également très drôle dans ses dialogues, ce qui sauve allègrement la mise !




Musique

Syd Matters, A Gospel of Some Sort – Le dernier album de Syd Matters, tombé du ciel après une absence de 15 ans, semble commencer sans nous, tout comme ses chansons s’interrompent souvent sans prévenir : signe que Jonathan Morelli ne nous attend plus, il déroule son univers tout de grandeur nostalgique sans se soucier de qui l’écoute. Je vais t’avouer tout de go que le narratif de l’album, qui semble traiter de religion, d’enfants morts-nés et d’autres choses, ne m’intéresse pas trop, en tout cas moins que l’immense joie de retrouver un groupe que je pensais défunt. Alors, une fois cette joie légèrement retombée, et la confirmation que Syd Matters est incapable de livrer un mauvais album, quels sont les moments que l’on peut isoler du trésor ? Peut-être “Choking on Anger”, qui se déploie tout en retenue délicate avant une douce envolée en fin de piste ; le flottement soudain à la fin de “Memorize” ; le falsetto qui prend de court dans “The Devil” ; la traversée sonique et quasi-electro de « Ténèbres » ; le passage murmuré de “The Holy Ghost”, si typique du groupe ; l’autotune très Sufjan Stevens de “Tongues”… Oui, A Gospel of Some Sort est un album de petits moments de grâce, ciselés dans des nuages, avec plus de douceur que les albums précédents de Syd Matters ; un cadeau qui m’apprend qu’il faut continuer d’espérer le retour de musiques longtemps en sommeil.



L’arrière-queer de Milouch

Thea

J'ai des goûts plutôt simple en terme de musique. Si ça crie dans les chansons et si je peux facilement m'imaginer me faire projeter dans un pogo à un concert de l'artiste ça a de grande chance de me plaire. 

Donc bon, Thea que j'ai découvert pendant le Zevent (chacun.e son système de curation, ne me jugez pas) avait tout pour me plaire. 

Les textes sont sympa, ça tabasse vite, c'est queercoded et elle a un bon scream ! Mais voilà, en l'écoutant, je me suis surtout senti vieille et en décalage. 

Et c'est peut-être normal. Thea est né en 2001. Ses textes sont clairement ceux de la génération du confinement. Et je crois que je suis juste pas la cible. Ça parle de grosse soirée techno, de boire pour oublier et d'une fluidité qui imprègne la vie. C'est marrant parce que c'est des thèmes assez proches de ceux d'un Joey Glüten mais juste la prod, les références me parlent moins. Ça y est, j'ai rejoins le club des vieilles (ce qui en vrai est très bien, à chaque génération une musique qui lui parlera particulièrement). 

Je vous en conseille quand même quelques une si vous voulez vous faire une crise de jouvence : “Cavale cavale”, “Enfant d'la rave” et “Guillotine” of course. 



Le mass et la plume

J'ai joué à Vampire Survivors.

Un soir, perdu dans mes jeux gratuits sur PS5, je tombe sur un jeu qui semble vraiment minimaliste — le genre où on lâche son cerveau et où les doigts tournent un peu en pilote automatique.

Si vous aimez le pixel art, un petit personnage qui balance des armes dans tous les sens et enchaîne les kills, ce jeu est fait pour vous. On est typiquement dans du die and retry : au fil des runs, on débloque de nouvelles maps, de nouveaux monstres, de nouveaux héros, etc.

Un run dure trente minutes maximum, après quoi on meurt — et je pense que les concepteurs ont très bien compris pourquoi : au-delà, le cerveau commence à se dissoudre sous les milliers de pixels qui explosent de partout et la musique ultra répétitive. Si vous réussissez l'une des nombreuses quêtes, vous pouvez débloquer une radio pour changer de musique — mais votre cerveau se dissoudra quand même au bout de trente minutes, quelle que soit la piste.

Je conseille vraiment ce jeu, c'est ultra-addictif. Mais votre cerveau est prévenu.


Par ailleurs :

— Salut les nerds, ça vous dit une vidéo de 26 minutes sur les origines de lorem ipsum ?
— J’aurais tendance à dire que moi jamais j’écouterais 400 albums du même artiste pour la frime, et en même temps…
— Le fromage, c’est magique.
— Le génie de Juliana Barnes, et les groupes d’oiseaux.
— L’ami Nicolas me signale ce qui est probablement le meilleur paragraphe introductif de tout Wikipédia, ou pas loin.
— Les autres musiques de la semaine : le désespoir en riant des Têtes Raides, le folk-punk déglingo de Crooner Mic Action et Pink Floyd, tiens, pourquoi pas Pink Floyd.


Des bises

et à dimanche prochain en compagnie de Bruce Wooley & the Camera Club.

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