La compote de Côme #289
Un naufrage, des chagrins et des boyards.
Jeux de rôles

Alone on the Watchtower – C’est la rentrée alors je ne vais pas te mentir, le temps dont je dispose pour lire du JdR s’est un peu réduit cette semaine (ça m’apprendra à ne rien foutre pendant deux mois)… Et puis j’ai lu pas mal de choses plus sérieuses mais je t’en reparle plus bas. Plutôt des jeux courts au programme donc, à commencer par ce petit jeu contemplatif à deux qui est très séduisant dans son efficacité : on joue deux personnes qui gardent une tour et qui se font un peu chier, et on joue à la fois leurs dialogues et leur intériorité. À ce pitch digne d’une pièce de Beckett s’ajoutent quelques secrets et une menace qui finit bien par arriver, et c’est à peu près tout ce qu’il faut pour faire un bon jeu !

Pink Blood – Je t’ai déjà écrit bien des fois ici à quel point il était compliqué à mes yeux d’amener du neuf dans le jeu d’enquête, encore plus depuis que Brindlewood Bay a réinventé la poudre avec ses enquêtes émergentes à moitié satisfaisantes. Eh bien Pink Blood pique quelques idées au jeu des mamies, y ajoute un aspect courtroom drama que ne renierait pas Ace Attorney, et ça donne un mélange plutôt intéressant à mes yeux ! Comme quoi, pour amener du neuf, il suffit parfois de mélanger deux vieilles choses...

Naufrage – Un très chouette petit jeu du collègue Arsène qui va aussi chercher du contemplatif, cette fois avec des fantômes se raccrochant aux bouts de leur bateau qui prend peu à peu l’eau. C’est là aussi divisé par phases mais avec une mécanique vraiment intéressante qui mêle jets de dés et cartes à jouer, d’une façon que je crois je n’ai quasiment jamais vu ailleurs, et sous ma plume c’est un compliment !
Littérature

Quinze août – Alors que je visitais ma librairie de quartier pour me charger les bras de romans d’Infernus Iohannes (je t’en reparle plus bas), je tombe sur ce petit fascicule contenant un inédit d’Hélène Bessette, autrice dont j’apprécie la plume sans beaucoup la connaître. Mes lectures précédentes de Bessette remontent un peu et j’aurais donc bien du mal à comparer Quinze août avec des volumes plus épais, mais il m’a semblé y retrouver cet art de la phrase qui dit beaucoup avec peu, ici poussé à son maximum poétique pour raconter un après-midi de chaleur et de flammes. Un fort joli texte qui m’a donné envie de me remettre à lire d’autres choses de Bessette, mais je suis déjà embarqué dans trop de marathons et je vais rester raisonnable...

Chagrins – Je ne voulais pas entamer les 11 livres sortis simultanément d’Infernus Iohannes, qui viennent clôturer la cathédrale du post-exotisme, avant d’avoir lu tout ce qui me restait à défricher de l’œuvre de Volodine ; mais les ouvrages de Manuela Draeger et Elli Kronauer étant difficiles à trouver, qui sait si j’y parviendrai… En attendant, j’attaque Retour au goudron par un bouquin au hasard et y trouve 3 nouvelles dans lequel je retrouve immédiatement le Volodine que j’aime, tout en retenue et en précision dans ses évocations imaginaires, qui tournent ici autour du deuil et de la venue de la mort sous différentes formes. Dans ces trois textes on trouve un lent et patient glissement des situations initiales vers quelque chose de désarçonnant, dans une retenue de la langue qui contraste notamment avec le premier roman de l’auteur lu l’autre semaine. Mon défi étant d’en lire un par semaine, autant dire que tu n’as pas fini d’en entendre parler, je m’en excuse d’avance...
Non-fiction

Je ne sais pas – J’adore Mathieu Boogaerts, tu le sais : non seulement sa musique dans ce qu’elle a de naïf et minimaliste mais aussi son approche de l’art musical en général, qui me semblait à la fois saine et pointilleuse. Avec ce petit livre dans lequel il détaille sa méthode créative et l’enregistrement de ses cinq premiers albums, je découvre qu’il est également extrêmement perfectionniste et perclus de doute et ça me rend l’artiste encore plus sympathique (sans rien préjuger de l’homme) ; je me retrouve un peu dans sa façon de travailler faite de tâtonnements et de retours en arrière, même si je suis bien trop désorganisé et pressé pour peaufiner comme lui quelque chose des années durant. C’est en tout cas le genre de petits bouquins qui parlera je crois à toute personne qui crée des trucs, même en dehors de la musique, et à toute personne qui écoute de la musique, même en dehors de Mathieu Boogaerts !
Page de pub

La Fête de l’Huma – Je serai le week-end prochain à ce grand raout qu’est la Fête de l’Huma mais tu te doutes que ce ne sera pas pour pousser la chansonnette sur scène ! Il se trouve qu’on m’y a convié en compagnie d’autres joyeux drilles pour animer un petit pôle jeu de rôle, ce sera donc l’occasion pour toi d’écouter de la bonne musique et de jouer à des bons jeux, quelle chance. Et par-dessus le marché il y aura aussi des jeux à acheter, même que j’aurai sans doute des stickers Grenouille et Lapin en exclusivité pour coller sur ton écocup de gauchiste, non mais franchement que demande le peuple ?
Série

Fort Boyard saison 37 – C’est peu dire qu’à la maison on attendait de pied ferme cette édition de Fort Boyard, la première sans Olivier Minne… Pas de suspense inutile, c’est la même tambouille à quelques détails près et les fondamentaux de l’émission n’ont pas changé, tout comme sa propension à intégrer un peu de neuf chaque année pour donner le change. En l’occurrence, on retombe sur un format beaucoup plus « jeu télé » : exit toutes les narrations en voix-off et les montages un peu bidons, les personnages secondaires sont réduits au strict minimum (peut-être parce que le budget aussi, va savoir) et Cyril Féraud endosse le rôle de l’animateur un rien falot sans aucun problème. Bref, un remix très appréciable qui va continuer de nous accompagner l’été, comme le veut la tradition !
Film

Exit 8 – J’aime les boucles temporelles bien sûr mais j’aime également les boucles narratives en général, et la bonne critique de l’ami Jérémie sur Exit 8 m’a donné bien envie, même si je n’ai pas joué au jeu vidéo dont le film est tiré. Je partage globalement son avis : visuellement, le film est superbe, et j’ai beaucoup apprécié à la fois son esthétique tout en dépouillement et un travail impeccable sur le son et la musique, qui créent une ambiance de flottement fort appréciable. Narrativement, le film est plutôt vide, tout en n’étant absolument pas subtil sur ses thèmes narratifs, mais ce n’est pas bien grave car ce serait une erreur de le voir pour autre chose qu’une jolie (et très réussie) expérimentation esthétique.
Musique

Alla Wardi, Fi Ba7ri – Les chansons d’Alla Wardi me renvoient toujours à cette joie de tomber dans une autre musique, ici quelque chose de la Turquie bien sûr mais mélangé à une pop un peu plus universelle, avec des rythmes marqués à la main et des chansons à plusieurs voix qui m’évoquent un lointain cousin de Nosfell ; le genre de choses auxquelles je n’accrocherais d’habitude pas plus que ça car sonnant un peu trop pop à mon goût mais qui accrochent ici vers quelque chose d’aérien qui me fait du bien. L’album monte très haut dans une sorte de lyrisme, se pose un peu et traverse une sorte de nostalgie sonore avant d’affirmer à nouveau sa joie, ses influences au-delà de la sphère occidentale… Un beau voyage sonore pour aller un tout petit peu au-delà de mes frontières habituelles.
L’arrière-queer de Milouch

Pleines de grâce de Gabriela Cabezón Cámara
Suite à la recommandation de ma compagne, je me suis plongée dans ce petit bouquin. Ce n'était pas le premier roman de Gabriela Cabezon Càmara que je lisais mais peut être en parlerai-je un autre jour ici.
On y conte des récits de saintes couvertes d'armes et de corps et pour laquelle dansent les queers, des descentes de polices qui tournent au miracle, tout ça baignant dans ce mélange communautaire et ultra violent qui est désormais classique dans ce genre de récit.
Si vous avez lu Les vilaines, Chiennes de gardes, Fems magnifiques et fières... On est dans la vibe.
L'ensemble est porté par une langue très vive et très rapide qui nous emporte dans un flux dans lequel il faudra monter ou périr. Malheureusement, je n'ai pas réussi cette fois-ci à prendre le train, la langue virevoltante de Gabriela Cabezon Càmara m'ayant laissé sur le carreau.
Peut-être un autre jour !
Le mass et la plume

L'Odyssée – Christopher Nolan
Comme la terre entière qui fréquente les salles en ce moment, j'ai enfin vu le film de Nolan, celui qui fait l'unanimité. Précision d'emblée : je l'ai vu dans des conditions particulières, non pas en IMAX mais dans mon petit cinéma de village. Cela dit, un bon film doit pouvoir être vu n'importe où et rester un bon film.
La forme est ce qui m'a le plus surpris. J'ai trouvé ce film austère, épuré, minimaliste — comme le cheval de Troie du film. Loin des grandes fresques spectaculaires vues récemment au cinéma, Nolan adopte ici une conception presque désuète qui, par certains aspects, n'est pas sans rappeler les vieux péplums — je pense au Choc des Titans — mais sans leur côté grandiloquent.
Le casting est XXL, peut-être un peu trop justement. On se surprend à attendre quelle nouvelle star va faire son apparition, ce qui finit par devenir une distraction. Je ne suis pas sûr que ce soit un plus pour le film, même si tout le monde joue très bien. Au passage, Pattinson confirme qu'il est taillé pour jouer les petites ordures — décidément pas fait pour être Bruce Wayne. Et si quelqu'un peut me filer l'adresse du préparateur physique de Matt Damon, je prends.
Sur le fond, j'avoue ne pas avoir totalement saisi le sous-texte de l'œuvre. Sommes-nous les propres artisans de notre déchéance, sans avoir besoin d'invoquer des hommes venus de la mer ? Ou faut-il savoir se pardonner pour se retrouver ? Je sens que Nolan cherche à dire beaucoup de choses, mais ce n'est pas toujours évident de savoir quoi.
Cela dit, j'ai apprécié la manière dont l'œuvre originale a été mise en scène. Je note juste l'absence dans l'épisode du Cyclope le célèbre « Je m'appelle Personne ». Autre remarque : j'ai eu l'impression qu'Ulysse et ses hommes ne font que fuir. Combien de plans les voit-on courir vers la caméra avec quelque chose ou quelqu'un aux trousses ? Il y en a tellement que ça m'a marqué.
En conclusion, c'est un bon film, j'ai passé un bon moment — mais il ne rejoindra pas mon panthéon personnel. Un peu la même histoire qu'Interstellar en ce qui me concerne.
Par ailleurs :
— Wikipédia, mais avec des images.
— J’ai aussi écouté Cornu cette semaine et ça m’a donné envie de réécouter cet excellent journal de bord / autobiographie audio de Julie Bonnie : le succès, la vie privée, les désillusions, les chutes et la rage…
— Arrêtez tout, j’ai trouvé le nom de poisson le plus choupi du monde.
— À tous les coups il y a quelqu’un ici qui aime les infographies et les trucs de nerd sur le langage, ben j’ai une bonne nouvelle pour iel !
— Comme à leur habitude, une incroyable présentation de Zeph et Ramo sur l’importance des jeux de niche : pourquoi, comment, où les trouver ces jeux bizarres, tout cela pourrait je crois s’appliquer à n’importe quel domaine créatif…
— Les autres musiques de la semaine : les boucles fantomatiques de Ruah, le trip-hop branché de Day One et les guitares plus ou moins tranquilles de nyxy nyx.
Des bises
et à dimanche prochain en compagnie de Mathieu Boogaerts.
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