La compote de Côme

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29 août 2026

La compote de Côme #288

Amnésie, biographie et fantasy.

Jeux de rôles

Spectacular Amnesia – Le principe de pas mal de jeux de rôle est de bâtir du neuf à partir de fondations existantes, et c’est précisément ce que fait Spectacular Amnesia en utilisant le principe de mini-jeux de ce bon vieux Firebrands pour nous faire vivre l’épopée de fantômes dont le corps a été fauché par une voiture qui passait. Son originalité, outre ce point de départ pas banal, réside en ses multiples points de vue : selon le mini-jeu choisi on incarnera le fantôme, une autre morte, le chauffeur ou même la voiture, et ça donne à l’ensemble un côté choral plutôt réussi !


LIMINAL_ – Tu me diras que j’abuse un peu de comparer le moindre jeu vaguement inspiré des backrooms à mon Green Dawn Mall (surtout pour dire que mon jeu est mieux) mais j’y peux rien si c’est un peu vrai… En l’occurrence, ce que j’aime bien dans cette proposition-là c’est un jeu résolument tourné vers l’exploration d’un espace étrange et infini, sans velléité de combat par exemple. Ses tables aléatoires sont foisonnantes et proposent souvent des décors inspirants dans leur absurdité, mais il manque un truc qui lie tout ça ensemble, comme une bonne sauce qui sublimerait des ingrédients appétissants mais un peu trop pêle-mêle. Bon ben voilà, je suis obligé d’écrire que mon jeu est mieux, mais c’est ma compote après tout je fais ce que je veux...


Master of Tasks – Ce n’était qu’une question de temps pour que je te parle ici d’un jeu de rôle qui émule Taskmaster, on va pas se mentir. Bon, le jeu en question n’est pas foufou puisqu’il se contente de recréer la structure de l’émission (une prize task, des épreuves, une tâche finale) sans beaucoup de gras autour, ce qui le fait plus ressembler à un vague manuel d’organisation d’un Taskmaster grandeur nature qu’à un réel jeu où l’on incarne un rôle différent du sien. Mais après tout pourquoi pas, ça en fait une sorte de condensé intéressant de l’émission !


Littérature

Biographie comparée de Jorian Murgrave – Ça y est, 11 bouquins d’Antoine Volodine trônent sur ma pile de lecture, mais avant de m’y attaquer j’ai quelques détours à faire, à commencer par un retour aux origines, car sur les 49 œuvres de l’auteur il y en a tout de même un nombre non négligeable que je n’ai jusqu’ici jamais lu. Comme j’y suis allé à l’instinct il n’y a pas d’ordre chronologie à suivre ici mais il se trouve que je n’avais jamais ouvert ce premier roman, et c’est passionnant d’y découvrir une sorte de strate plus ancienne du post-exotisme : on y trouve déjà une ambiance entre rêve et réalité, des histoires de surveillance mutuelle et de dégénérescence, et Infernus Iohannes qui passe faire coucou. Rien n’est stable dans cette Biographie qui nous est livrée par fragments, et ça ressemble par endroits à une collection de nouvelles plus ou moins longues dont on aurait maquillé les jointures pas tout à fait identiques, mais ça passe grâce au style impeccable de l’auteur. La fin était déjà dans le début, en somme...



Séries

Drag Race France saison 4 – Ça n’a pas été facile d’aimer cette 4e saison de Drag Race France, parce que quand tu commences avec une affiche réalisée à coup d’IA générative tu sens que ça va être compliqué… Et de fait il y a un certain essoufflement dans la machine, qui perd de sa spontanéité pour montrer un peu trop ses rouages de télé-réalité, entre éliminations prévisibles (exit les corps trop loin de la norme ou pas assez blancs), moments de pathos vraiment trop forcés et promotion vraiment trop obvious de la tournée à suivre. Même si j’ai eu moins de coups de cœur dans les queens de cette année (qu’on me rende Le Filip s’il vous plaît) tout ça est resté très plaisant à regarder et la grande gagnante n’a pas démérité (malgré quelques injustices sur la route vers la finale). Je ne suis pas très confiant sur l’avenir de l’émission, qui même si elle était renouvelée pour l’année prochaine aurait sans doute besoin de se réinventer un peu pour respirer, mais il faut le redire encore et toujours, quel bonheur que d’avoir sur le service public une émission qui met autant en avant les identités queer et la joie d’être soi-même : comme l’ont dit 2 des queens de la saison, vive les pédés et bravo les lesbiennes !


Films

Adventures in Babysitting – Chris Columbus, à l’époque réalisateur pas très connu, décrit ce film comme un After Hours jeunesse et ma foi c’est tout à fait ça : une série de péripéties pas très crédibles mais très divertissantes, un groupe de personnages aussi attachant qu’épuisant et surtout une grosse dose d’ambiance des années 80 qui fait son effet à des dizaines d’années de distance ; entre le style vestimentaire, la musique et les ados lourdingues, tout y est. Un très bon film de détente de fin de vacances, donc !


Kill – Je savais que je n’étais pas vraiment le public cible pour Kill mais j’y croyais un peu, n’ayant au fond rien de bien méchant contre les films d’action et étant friand des films qui se passent dans des espaces réduits (encore plus quand c’est dans un train). Mais je dois dire que l’ultra-violence du film a fini par me lasser et que j’ai eu toutes les peines du monde à trouver son héros sympathique, tellement il vire psychopathe dans la 2e partie du film (j’espérais que les méchants lui fassent la peau, ç’aurait été un beau retournement scénaristique). Il lui restera des scènes d’action bien filmées et une bande de méchants humanisée au lieu de n’être que des pantins à dessouder les uns après les autres, mais j’aurais bien aimé voir l’épilogue dans lequel tout ce beau monde va consulter pour un syndrome post-traumatique de masse…


Les Vacances de monsieur Hulot – Cela faisait des dizaines d’années que je n’avais pas revu le premier volet des aventures du fils de Charlot et du père de Mr. Bean, et son passage sur grand écran m’en a fourni la très belle occasion ! Comme Jour de Fête, Les Vacances… est presque intégralement tourné vers le burlesque avec son goût pour les gags visuels millimétrés, mais y instille tout de même cette touche très « tatiesque » de plans lents et silencieux qui se contentent de présenter quelques tranches de vie. Cela a tout de même plu à la descendance et comme à chaque fois que ça arrive je suis à la fois ravi et fasciné que certains types d’humour continuent à faire mouche, plus de 70 ans plus tard…


Le Monde de Narnia : Le Lion, la Sorcière blanche et l’Armoire magique – Désirant brancher Madeleine sur une autre obsession que celle d’Harry Potter pour des raisons bien compréhensibles, et comme elle est encore un peu jeune pour À la croisée des mondes, j’ai tenté de la convertir à Narnia : résultat, elle a vu les 3 films avec ma sœur, et le premier à nouveau cette semaine avec nous. Et bon, c’est de la fantasy honnête, ça fait le job, mais le film est à mon sens handicapé par nombre de défauts : son cast quasiment entièrement non humain en premier lieu, à l’exception des quatre acteurices enfants, allié à une histoire un peu plate de conflit entre le bien et le mal n’aide pas le récit à être passionnant, tout comme l’univers un peu patchwork de Narnia et un film qui fait un usage un peu abusif des ellipses (c’est peut-être mieux dans le bouquin, j’avoue que je ne l’ai jamais lu). Je ne suis jamais mécontent de croiser Tilda Swinton et James MacAvoy mais ce n’est pas le meilleur film dans lequel ils ont fait leur apparition...


Jeux vidéo

Big Hops – Ce qui m’avait attiré dans Big Hops c’est la promesse d’un jeu de plate-forme en monde ouvert dans lequel le move principal s’était de s’accrocher à des trucs avec sa langue extensible et ma foi c’est exactement ce que j’y ai trouvé, tout le reste n’est donc que chipotage ! Et en l’occurrence, même si j’ai passé un très bon moment dans ce monde un peu cartoonesque, j’ai trouvé les objectifs du jeu un peu répétitifs à la longue et son manque de quêtes parallèles un peu décevant, ce qui m’a amené à foncer un peu trop vers sa fin au bout d’un moment. Il faut dire que son histoire ne m’a pas trop accroché non plus, et on dirait que je ne suis pas le seul, tant la fin du jeu semble torchée vite fait, avec un anticlimax au possible… Mais bon, ne perdons pas de vue que s’accrocher à des trucs avec sa langue extensible, c’est top !


Everdeep Aurora – Autre jeu avec lequel j’ai passé un bon moment jusqu’à sa fin décevante, Everdeep Aurora reprend ce principe de creuser dans un paysage vertical en 2D pour y découvrir tout plein de choses, à commencer par des améliorations successives qui font flirter le jeu avec le principe du Metroidvania, pour mon plus grand plaisir. Hélas, d’une part le jeu s’est avéré beaucoup plus court que ce que je pensais, d’autre part il utilise un ressort que je n’aime pas du tout, celui de te coller une fin complètement banale mais en fait c’est pas la vraie fin, tintintin, car pour atteindre la vraie fin faut retourner en arrière et découvrir tout plein de secrets ! Le jeu n’étant pas parvenu à me captiver à ce point, je me suis contenté de la fin mid et j’ai dit au revoir à cet attachant petit chat, tant pis pour les profondeurs insondées.


Musique

Buddy Peace, Late Model Sedan – L’album a même pas commencé que tu sais que ça va être un collage anarchique, qui va partir dans tous les sens, et dès les premières secondes ça se confirme : il faut presque une minute avant qu’on entende un début de musique (un rythme de batterie qui ne sera rejoint par d’autres instruments que bien tard), le reste c’est un assemblage de voix disparates, comme des choses captées sur la radio d’une vieille voiture sans qu’on comprenne bien comment elles s’emboîtent ensemble. Late Model Sedan c’est une sorte de monument au sample, sauf qu’au lieu de répéter des boucles ce sont les chutes de bande d’un documentaire sur l’Amérique poussiéreuse qu’on entend. Les mélodies y sont réduites à leur plus simple expression, une boucle de batterie ici, une corde sèche là et on s’installe assez vite dans leur monotonie confortable, se laissant porter comme on regarderait le paysage défiler derrière la fenêtre, même s’il s’agit là d’un paysage caillouteux et pas franchement joli. De temps à autre surgit le spectre du hip-hop mais on n’écoute pas cet album pour hocher la tête en rythme, plutôt pour faire la route avec quelques fantômes. Et quand tout explose à la fin, lors d’une montée en puissance incroyable, enroulée autour de tout ce qui a fait la force du disque jusque là, on se dit que les prochain.es à fouiller cette carcasse auront bien du courage à tenter de s’y retrouver dans ces bricolages à la lisière de la musique...



L’arrière-queer de Milouch

Lesvia de Tzeli Hadjidimitriou

Pendant mes vacances, je suis allé me promener à Groix, au FIFIG. Le FIFIG, en plus d'être un super nom de chien, c'est aussi le Festival International du film insulaire de Groix. C'était très chouette, j'y ai vu plein de trucs cools dont ce Lesvia, un film documentaire sur la communauté lesbienne présente sur l'île de Lesbos depuis les années 80. C'est un panorama s'étendant sur une cinquantaine d'années, entre liberté sexuelle, confrontation avec les locaux et construction d'une communauté.

J'ai beaucoup aimé la sororité et la tendresse qui se dégageait du film, montrant un espace de vacances qui était aussi un espèce de solidarité et d'entraide. C'est également (et c'est assez rare pour le souligner) un film qui montre une incroyable diversité de corps nus et sans les sexualiser. À l'heure où le male gaze recouvre nos paupières, c'est plus que salvateur !



Le mass et la plume

Le Diable, tout le temps

Le film suit les destins croisés de plusieurs personnages dans une Amérique profonde des années 50-60. Tous les clichés sont convoqués : les rednecks trop croyants traumatisés par la guerre, les tueurs en série, les pasteurs sociopathes ou manipulateurs. Et au milieu de tout cela, Arvin, incarné par Tom Holland, pour qui la violence est la seule réponse possible. Le film est violent, glauque, comme si tout le mal du monde se déversait dans cet endroit fait de croyance et de misère.

Certains lui reprochent d'être trop court, de ne pas approfondir suffisamment ses personnages — c'est vrai, on a surtout un panel de monstres et de victimes qui défilent assez rapidement. Mais à l'inverse, une version plus longue n'aurait de toute façon pas atténué le glauque — ça aurait juste été plus long à subir. Si vous aimez les films malsains jusqu'au bout, c'est fait pour vous. Pour ma part, j'avoue que c'était finalement trop sombre — même si j'ai bien saisi l'intention du réalisateur, qui cherche à dénoncer les méfaits de la religion et du fanatisme qu'elle engendre.


Par ailleurs :

— Comme les États-Unis sont un pays parfaitement normal, il s’y tient annuellement le “Husband calling contest”.
— Si c’est pas ton truc, tu peux aussi essayer le blobbing.
— Grâce à Léo Henry, je me perds dans un archipel d’îles fantômes.
— Le futur, c’est hier.
— À moins que le futur ce soit l’ASCII ?
— Les autres musiques de la semaine : la musique minimaliste d’Oskar Hallbert, une histoire de petit poney avec Lammoth et de la pop apaisée avec Karl Blau.

Des bises

et à dimanche prochain en compagnie de Molasses Creek.

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