La compote de Côme

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23 août 2026

La compote de Côme #287

Une maison sur un lac, un vampire torturé et de la rave extra-terrestre.

Jeux de rôles

Dear Leader – Je garde une place toute particulière dans mon cœur pour Paranoia, ce jeu qui nous apprend à aimer et à rire de la trahison et des systèmes de surveillance implacables ; j’aime en particulier sa variante High Programmers où l’on joue des gens au sommet de la pyramide sociale qui non seulement se trahissent mais cherchent désespérément à dissimuler leur incompétence, ce qui ressemble un peu plus au monde réel. Dear Leader marche sur les mêmes plate-bandes, avec un parfum plus proche du film The Death of Stalin, et il rattrape ce qui lui manque en termes de qualité visuelle avec une bonne louche d’inventivité ludique et cynique.


Shy Poopers vs. Party Poopers – Je ne suis pas un homme compliqué : fournis-moi un jeu qui parle de caca et je serai heureux. Si en plus c’est un jeu sous forme de zine à imprimer soi-même, que ça vient de l’ami Alex et que ça parle d’introversion, vraiment je suis comblé !


The ExtraWordinary Wizards Versus the Adjective Nouns – En principe TEWvtAN n’aurait pas forcément droit de cité dans ma compote, car c’est loin d’être le seul jeu qui propose d’incarner des sorciers pas très compétents qui jouent (littéralement) avec les mots et il ne propose rien de neuf en la matière. Sauf qu’il propose autre chose que je n’ai proprement jamais vu en matière de JdR ou autre : un PDF dont le contenu change en partie d’un seul clic ! Ici le dispositif est utilisé pour générer 4 ou 5 scénarios en restant sur une seule page, mais les possibilités fictionnelles me paraissent illimitées… Bon, sauf que je n’ai pas réussi à faire fonctionner ça sur ma machine, certes.



Time Punks – Franchement je ne vais pas te mentir, Time Punks n’est pas très beau, j’irais même jusqu’à dire qu’il est un peu laid, mais je ne vais quand même pas dire du mal d’un jeu de voyage temporel qui permet d’incarner des punks du continuum… Son principe de pool de dés partagés fonctionne, il a l’élégance (contrairement à pas mal de jeux que je lis) de proposer quelques tables d’amorces narratives, et voilà ma foi, c’est finalement un jeu assez honnête même si ce n’est pas le plus bel abricot du panier !



Variations on Leaving – Il n’y a pas forcément besoin de grand-chose pour faire un jeu de rôle intéressant à mes yeux : une couverture bien fichue, un concept accrocheur (neuf mini-jeux autour de la mort ou, tout du moins, l’idée d’un départ) et zou ! Mais ce qui détache Variations on Leaving du lot, pour moi, c’est ce principe que je trouve très élégant de neuf jeux qui suivent strictement le même squelette de mécaniques ludiques (par ailleurs très légères) pour en proposer des variations ; un peu comme des remix musicaux dont on ne saurait pas lequel était le premier, mais où l’on reconnaît la mélodie centrale, même distordue. En ce sens VoL me semble une démonstration exemplaire de l’art du hacking en jeu de rôle et ce qu’il peut produire de plus enthousiasmant !


Bandes dessinées

The Nice House on the Lake / The Nice House by the Sea – Alors que je travaille à une histoire de maison hantée qui est là pour te faire surmonter tes failles intérieures je repense à The Nice House on the Lake, je me souviens qu’il devait y avoir une suite, je me rends compte qu’elle est déjà bien en route, et me voilà à dévorer tout cela pendant quelques heures de train… Cette histoire d’une bande d’ami.es qui n’ont pas toustes évolué dans le même sens, qui ont pas mal de soucis à régler et qui se retrouvent en isolation à la fin du monde fait toujours autant mouche, encore plus à la relecture : l’un des personnages observe que la BD est pleine de petites énigmes qui n’ont finalement que peu d’importance et c’est tout à fait vrai tant ce sont les relations intersociales qui intéressent ses auteurs. Le tout devient encore plus emmêlé et horrible avec The Nice House by the Sea, qui intègre un supplément de body horror et d’action qui, je l’avoue, ne me paraissait pas manquer, et qui oriente la série vers des enjeux plus classiques mais non moins agréables. Plus qu’un numéro à lire pour conclure (sans doute temporairement) l’histoire, j’ai hâte !



Non-fiction

Gêne et confusion – Je me rends compte à la lecture de ce recueil de tranches de vie anecdotales de Fabienne Radi qu’il y a un vrai sous-genre de l’humour qui tourne autour du fait de raconter des choses banales de façon drôle et/ou captivantes ; c’est bien sûr l’un des piliers du stand-up mais on le croise finalement assez peu sous forme de texte (à ma maigre connaissance en tout cas), sauf chez Klaire fait Grrr, ou encore Camille Paulhan, ou Fabienne Radi donc. Sur des bouquins plus long, ça finirait sans doute par lasser, car même avec une pseudo-thématique on sent bien que le recueil est un peu fourre-tout, mais sur 200 pages c’est un vrai régal car, comme l’observe elle-même Radi dans l’un des textes, il y a des personnes qui peuvent te raconter des choses sans intérêt objectif de façon passionnante. Là où je suis en désaccord avec elle, c’est que, contrairement à ce qu’elle semble penser, elle en fait partie.


Jeunesse

Marcellin Caillou – J’avais une légère appréhension en commençant à lire Marcellin Caillou à ma fille mais, contrairement au Petit Nicolas, nulle gêne due aux années passées ici : certes, le récit demeure très masculino-centré, mais cette histoire d’amitié qui se noue autour de différences handicapantes, se dénoue puis se retrouve à l’âge adulte a passé l’épreuve du temps avec brio et c’est un régal à lire. Les moments tristes et drôles n’ont pas pris une ride et les dessins de Sempé sont toujours aussi chouettes à contempler… Ça fait plaisir de constater que toutes les œuvres de ma jeunesse ne sont pas à jeter !




Série

Interview with the Vampire: The Vampire Lestat – Les premières saisons d’Interview with the Vampire étaient délicieusement queer et gothiques, avec une bonne dose de camp fatalement associée à n’importe quelle fiction avec des vampires. Cette troisième saison de la série, qui change de nom par la même occasion, diminue le gothique et augmente le camp à 200 % en se tournant vers la figure de Lestat et de son groupe de rock un peu glam et très ridicule. Les sujets un brin sérieux des saisons 1 et 2 passent du coup au second plan et il va davantage être question de vampires torturés (dans les deux sens du terme) qui s’envoient des fions et ne parviennent pas à panser leurs blessures passées ; Sam Reid est impeccable en star du rock pluricentenaire se prenant trop au sérieux et les 7 épisodes de cette trop courte saison filent comme le vent. Vraiment un délice, avec de vraies bonnes chansons cachées ici et là, et je suis curieux de voir ce que la 4e saison, qui promet un autre tournant radical, a en réserve !

Mad Men saison 1 – Suffisamment de temps a passé pour que je puisse me relancer avec délice dans l’intégrale de Mad Men, que je prends également beaucoup de plaisir à faire découvrir à Camille. Quelle tristesse que le grand public n’en ait retenu que les gens bien sapés et les belles images alors que tout le propos de la série est justement de montrer l’envers de ce beau décor, les préjugés, les vices et les dépressions nerveuses dans la bonne société qui refuse de se confronter à ses névroses. Bien sûr, il y a aussi une bonne dose de soap et d’intrigue feuilletonnesque là-dedans, car il faut bien que ça reste intéressant, mais ça ne me donne pas du tout envie de retourner dans les années 60...



Films

Toy Story 2 – Il paraît que Toy Story 2 a reçu de très bonnes critiques à sa sortie et franchement j’ai du mal à comprendre pourquoi. C’est le seul film de la franchise que je n’avais pas vu, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il a mal vieilli : techniquement il fait le job, mais ses sorties sexistes et grossophobes sont franchement pénibles à regarder… Certes, il introduit le personnage de Jessie qui aura son heure de gloire dans Toy Story 5, mais l’intrigue de ce 2e opus est assez faible, avec des décors limités, une intrigue secondaire franchement sans grand intérêt et des personnages qui sont pour la plupart là pour décorer. Il est prévu de regarder les deux autres films en famille, et j’en ai de plutôt bons souvenirs ; j’espère que mes souvenirs ne me trahissent pas…


Maya donne-moi un titre – Ce que j’ai toujours le plus apprécié chez Michel Gondry, c’est son inventivité plastique, surtout quand elle était couplée à une naïveté proche de l’enfance, par exemple au tout début de sa carrière avec son groupe de musique Oui-Oui. On retrouve cette créativité rafraîchissante dans cette série de petits films réalisés d’abord pour sa fille, avec plein de papiers découpés, puis remis en sons et voix dans cette version. C’est tout à fait la poésie visuelle que j’aime : des histoires absurdes à partir de situations du quotidien, des rebondissements sans queue ni tête, et une grande gentillesse enveloppant l’ensemble. Ça donne envie de faire pareil à la maison...



Musique

King Gizzard & The Wizard Lizard, Alien Metal – Je ne sais plus à quelle phase de la carrière musicale de King Gizzard & the Wizard Lizard nous en étions lorsque j’ai arrêté d’en parler ici, mais certainement pas à la phase « trance électro qui fait danser les gens en club vers 3h du mat ». Ce 28e album (!) est une sacrée transition pour le groupe qui jusqu’ici faisait plus dans le délire psychédélique avec des explorations vers à peu près tous les types de musique rock qu’on peut imaginer, mais pas tant que ça pour les purs et durs comme moi qui avaient écouté tous leurs concerts récents où les classiques du groupe étaient déjà malaxés à la sauce EDM. Alors normalement c’est le moment où je te balance quelques morceaux de l’album en essayant de retranscrire à quoi ils me font penser, et c’est une approche tout à fait possible de ces montagnes russes qui alternent les moments qui tabassent les oreilles et ceux où l’on a plus l’impression de flotter dans l’espace, avec des pointes d’acid house et de jungle ici et là, mais c’est je crois le genre de son qui s’écoute d’un bloc (et même plus, puisque Alien Metal est fait pour être écouté en boucle, sans doute jusqu’à la mort). Ça en rebutera sans doute un grand nombre ici mais en ce qui me concerne j’ai trouvé la bande-son qui me mettra inlassablement un concentré d’énergie dans les veines, en attendant la prochaine dinguerie de KGLW.



L’arrière-queer de Milouch

Nevada d'Imogen Binnie

C'est l'amie Vivienne qui m'a mis ce livre entre les mains en me disant : c'est bien et ça se lit tranquille. Et effectivement c'est très bien et ça se lit peinardement. Une bonne lecture de vacances. Prenante, pas exigeante mais qui a quand même du fond.

Nevada, c'est l'histoire d'une meuf trans New-yorkaise qui en pleine rupture amoureuse décide de se barrer de son taff de libraire pour partir en road trip plein gaz vers le Nevada. C'est cool, fort à suivre et incroyablement juste. Je me suis retrouvée dans plein de réflexions de la narratrice et j'ai aimé ce que ça disait : de nos vécus trans, de la communauté et de tout ce qui s'en suit. Bref, une très bonne lecture que je mettrais sans difficulté au niveau d'un Detransition Baby !




Par ailleurs :

— À l’époque (comme dirait ma fille) on se protégeait les yeux comme on pouvait pendant une éclipse.
— Des batteries, autant que tu veux.
— Au moment où je tape ces mots, tu peux regarder gratos 666 films en France.
— Viens on écoute tout Sonic Youth vite fait ?
— En rebond de la série de vidéos de Simon sur la décolonisation du jeu de rôle, Nadia me rappelle sa série d’articles sur le sexisme, les minorités de genre et le racisme dans le jeu de rôle grandeur nature.
— Les autres musiques de la semaine : les collages hip-hop de Tom Caruana, le rock qui fait boum de Closet Disco Queen & The Flying Raclettes et la pop-rock à paillettes de Michael Wookey.


Des bises

et à dimanche prochain en compagnie du Manque.

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