La compote de Côme #273
Une route, deux étés et six lunes.
Jeux de rôles

La Route du sel – Le motif du voyage, en jeu de rôle, c’est toujours un peu casse-gueule, et je n’ai toujours pas trouvé le jeu qui permettrait de rendre cette atmosphère de rêverie lors des longs trajets en voiture ou de ce qu’on ressent en regardant défiler les paysages en train (hop, ref obligatoire). En attendant, La Route du sel ne s’en sort pas trop mal avec son périple tranquille émaillé d’histoires au coin du feu et de rencontres plus ou moins agréables, le tout enveloppé dans une ambiance de conte pas désagréable...

Defy the Gods – Je n’avais pas prévu cette semaine de lire un jeu de sword and sorcery queer et mésopotamien mais ç’aurait été passer à côté d’un sacré morceau ! Defy the Gods a tout pour me plaire : le jeu est beau, très pédagogiquement expliqué malgré son impressionnante épaisseur et avec un système de jeu qui reprend plein de bases connues pour les faire siennes (en très gros, un mélange entre Heart et Apocalypse World). Et puis il y a tout un tas d’outils de création collaborative, un long chapitre sur les sociétés mésopotamiennes… Non vraiment, que du bon là-dedans ! Il y manque peut-être un poil d’indications de ce que les personnages peuvent y faire, mais c’est pinailler...

The Empire Undying – L’ami Florian ayant traduit cette semaine ce jeu qu’il présente comme « des histoires de nécromanciennes lesbiennes » j’avais envie d’aller voir l’original ! Très honnêtement, je ne suis pas plus que cela emballé par son système de jeu, qui présente sa propre variation sur Lasers & Feelings, mais en revanche son cadre et le ton avec lequel c’est présenté est fort enthousiasmant : j’ai tout de suite envie d’incarner une lesbienne nécromancienne à bord de son zeppelin de l’espace en quête de crânes pour sa collection ! Et rien que pour me permettre d’écrire une phrase comme celle qui précède, The Empire Undying vaut le coup.

Do You Bite Your Thumb at Me, Sir? – Le problème des jeux épistolaires, c’est souvent qu’ils n’en finissent pas (ou qu’ils s’interrompent brutalement), alors pourquoi pas en imaginer un dont le but est de délayer un duel le plus possible ? La proposition de base du jeu (incarner deux nobles qui n’ont pas du tout envie de se battre mais il faut faire un peu semblant pour garder la face) est déjà très enthousiasmante, mais en plus elle s’accompagne de diverses variantes qui rendent le jeu encore plus intéressant à mon goût et d’exemples de duels réels à l’issue plus ou moins heureuse (ça finit souvent mal, en réalité). Une chouette lecture !
Bandes dessinées

Maxiplotte – Ça faisait bien longtemps que cette somme de la papesse du fanzine me faisait de l’œil et elle ne m’a pas déçu ! Au menu, un dessin encore plus foisonnant que dans son génial Journal, des centaines de pages recouvertes d’aplats noirs et d’histoires totalement folles, qui parlent de règles, de rêves, de sexe, encore de rêve et, par toutes petites touches, de tranches de la vraie vie (tournant souvent autour des pires mecs que tu peux imaginer). J’ai dévoré Maxiplotte au lieu de le picorer par petits bouts comme il se devrait, et ça n’aide pas à calmer mon envie de faire plein de petits fanzines et de bouts de trucs, tout le temps...
Littérature

Le Bonheur – Difficile de juger d’une pièce ce roman offert par l’ami Julien et qui dissimule en réalité au moins deux types d’écriture, voire plus… Le livre s’ouvre ainsi sur une multitude de tiroirs qui renferment tous des récits de souterrains et autres grottes, thématique qui reviendra en toute fin de volume avec une paraphrase de La Cache de Christophe Boltanski. Le texte finit par se fixer autour d’un conte, lui-même recouvert de plusieurs couches temporelles et souvent troué par la réalité horrible, froide, atomisante de la Seconde guerre mondiale et de la responsabilité du gouvernement français dans le génocide juif. Ce conte se termine lui-même abruptement, par un bombardement bien réel, qui nous projette dans une suite de considérations sur les fantasmes (ayant réellement existé, du moins est-on prié de le croire) d’un officier SS et dans un résumé de la carrière et des thèses de Wilhem Reich… Bref, autour d’un cœur narratif assez solide, Paul Kawczak accumule des fragments jamais complètement homogènes, comme si faire sens de cette période cauchemardesque de l’Histoire était peine perdue ; ce faisant, il m’a un peu égaré aussi.
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Deux Étés / Autres Étés – Cette semaine c’était mon anniversaire, et comme l’année dernière j’anticipe les contre-dons en rendant accessible Deux Étés (et son supplément Autres Étés) au plus grand nombre ! Tu peux à présent télécharger gratuitement leur version numérique et (re)découvrir mon 2e « vrai » jeu de rôle, publié il y a 5 ans et pour lequel j’ai beaucoup de tendresse ; c’est sans doute le plus sensible de mes jeux, pas entièrement versé dans la nostalgie comme on pourrait le croire, et qui doit beaucoup (comme bien d’autres) à mes ami⋅es Cédric et Melville. Et qu’on se le dise une bonne fois pour toutes : le titre du jeu, c’est Deux Étés, point !
Films

Mary et la Fleur de la sorcière – Vacances familiales oblige, j’ai peu eu l’occasion de regarder des trucs d’adulte cette semaine, cette section se transforme donc une fois de plus en rubrique « pour enfants » avec ce film très mensongèrement vendu comme un mélange entre Harry Potter et Le Château dans le ciel. Les aventures de Mary commencent plutôt bien, avec un début sur des chapeaux de roue et assez rapidement la découverte d’un campus magique et aéroporté plein de trouvailles visuelles… Mais le film ne s’embarrasse pas très longtemps d’un récit complexe et se dépêche de dévoiler ses deux méchants ainsi que le sidekick bienveillant de l’héroïne (il y a en tout cinq personnages et demi dans le film, c’est peu pour une histoire censée se passer dans une école remplie d’élèves…). À partir de là, je me suis un peu ennuyé : le film est beau mais un peu trop creux pour soutenir mon intérêt et c’est dommage car il y avait vraiment matière à le remplir de choses intéressantes...

Ivan Tsarévitch et la princesse changeante – Beaucoup plus convaincante est cette collection de 4 courts-métrages de Michel Ocelot, en papiers découpés imitant le théâtre d’ombres et l’univers des contes. Pour moitié (environ) récits allégoriques et pour moitié (à peu près) utilisation délicate d’archétypes exotiques (on ne peut pas parler de déconstruction mais les intermèdes y aident un peu), j’y ai retrouvé à la fois le sens des merveilles et l’humour du réalisateur, qui ont fait mouche pour moi dans les deux cas. Une belle réussite.

Encanto : La Fantastique Famille Madrigal – Autre incursion dans la culture hispanophone après Coco, Encanto m’a beaucoup moins convaincu malgré un début très solide et des chansons qui sortent agréablement des modèles habituels de Disney. Centrer un récit sur une famille de super-héros (enfin, un équivalent) c’est une bonne idée, même s’ils sont un peu nombreux et que ça laisse peu de place aux personnages secondaires ; en faire une famille dysfonctionnelle menacée par une vague prophétie, ça marche très bien aussi… Mais mettre tout cela en place prend du temps, et on est déjà aux deux tiers du film donc il faut conclure, hop hop hop tout le monde se réconcilie et ça finit bien en deux coups de cuiller à pot. Si l’on ajoute à cela une scène finale qui vient à mes yeux défaire tout le message moral du film, tu comprendras ma déception...
Jeu de société

City of Six Moons – Tu pouvais t’en douter qu’un jeu dont les règles sont entièrement rédigées dans un langage pictogrammatique et supposément extra-terrestre, ça allait m’émoustiller… J’ai dû attendre le week-end dernier pour enfin plonger dans City of Six Moons avec l’aide d’autres exploratrices sans qui je n’aurais pas osé décoder tout cela. Difficile de t’en dire beaucoup plus sans rien divulgâcher, sinon que je me suis senti face à ce jeu comme, j’imagine, des archéologues découvrant le jeu royal d’Ur : après de longs efforts, je me sens parfaitement capable d’y jouer, malgré quelques espaces d’interprétations (volontairement ?) béants. Car City of Six Moons est bien deux jeux en un, d’abord un puzzle puis un véritable jeu de société à la difficulté assez redoutable et auquel je ne me suis pour l’instant que peu frotté…
Musique

Tonolec, Plegaria Del Árbol Negro – Même si j’essaie d’y remédier du mieux possible, la vaste majorité de la musique que j’écoute est francophone ou anglophone ; alors forcément, les premiers chants de Plegaria Del Árbol Negro me saisissent un peu. En essayant de ne pas tomber dans le cliché colonialiste, il y a quelque chose du rituel magique dans ces paroles soigneusement articulées et ces percussions minimalistes qui finissent par exploser en danse aiguë. Le reste de l’album est à l’avenant : mélodies répétitives et légères qui viennent soulever un chant clair et joyeux ; paroles scandées par-dessus des sons avec juste ce qu’il faut de pointe électronique ; rondes enfantines ou valses presque musettes... C’est le genre d’album qui donne envie de danser même quand le cœur n’est pas à la fête, ou a minima de fermer les yeux et se laisser emporter au cœur d’un bois d’été…
Par ailleurs :
— La rencontre de Twin Peaks et LCD Soundsystem, c’est un peu de la magie sonore.
— Beaucoup de lumière dans la voiture de Metallica.
— Incroyables stickers à coller partout.
— Zut, je ne peux afficher fièrement mon badge de vrai parisien car je suis super nul à ce jeu qui mélange Sudoku et connaissances sur les lignes de la RATP.
— Un chouette petit desktop documentary (documentaire uniquement composé d’enregistrement d’écrans) sur le tournage de Transformers 4.
— Il y a bien des choses à découvrir à Cursor Camp.
— Les autres musiques de la semaine : le punk de garage de Ismatic Guru ; la folk de garage de Chad VanGaalen ; et du dub open source (sans doute de garage).
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Os Incríveis.
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