La compote de Côme

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9 août 2026

La compote de Côme #285

Francesca, David, et Donna.

Jeux de rôles

Totally Real Human Jewel Thieves – Alors que je suis occupé à travailler sur mon prochain JdR, qui parlera de cambriolage, voici que j’en lis 3 différents dans ce qui ne peut qu’être une incroyable coïncidence. Le premier allie à ce thème assez courant chez les rôlistes à celui des animaux, avec une originalité relative mais efficace : ce qui distingue ce petit jeu ce sont les personnages prétirés, plutôt attirants, et son principe de choisir soi-même leurs forces et faiblesses.


Heist ex Machina – Deuxième jeu en une page et un masque de ski pour qu’on ne reconnaisse pas sa tête, Heist ex Machina utilise quant à lui une mécanique de bluff plutôt courante dans le jeu de société (c’est par exemple le cœur de Complots) : si on parvient à convaincre læ MJ avec un bon bluff, nos cambrioleuses pourront dans ce jeu se servir d’à peu près n’importe quel équipement. Ça manque peut-être d’une couche de fiction pour justifier la présence de cette idée, qui néanmoins fonctionne.


The Spooky Place – Jeu du même auteur que le précédent, The Spooky Place se présente comme un JdR où l’on improvise ensemble l’histoire d’ados à moitié dégourdies qui explorent un endroit qui fait peur, sans qu’on sache de quel côté de la force scoobydooesque on se situe. De toute façon, ça a peu d’importance car TSP ne trompe personne : sous son masque en latex, c’est un jeu de cambriolage qui ne dit pas son nom, en tout cas on pourrait employer ses règles pour exactement ça sans aucun souci !


Insatiable Cravings – Le face-à-face entre un vampire (ou n’importe quelle autre créature surnaturelle) et sa proie n’est pas rare non plus en JdR et prend ici la forme d’un repas en tête-à-tête, sans qu’on sache si ledit repas est comestible, empoisonné, ou même composé du chef qui l’a concocté… Insatiable Cravings est élégant dans son apparence et ses mécaniques, qui utilisent là aussi une logique de bluff, mais avec des cartes à jouer. Il a peut-être un aspect un peu trop storygame qui en rend le déroulé flou, mais heureusement celui-ci est rappelé de nombreuses fois de façon assez pédagogique !


The Door is Locked – Elle est loin l’époque où je parlais en ces colonnes, toutes les semaines, de voyage dans le temps ou d’univers parallèle ; c’est qu’il devient difficile d’innover en la matière. The Door is Locked ne prétend pas réinventer quoique ce soit mais son principe de fiction en embranchement est assez chouette et peut donner des parties vertigineuses comme j’aime ; du moins si j’ai bien compris comment on y joue, car je ne vais pas te cacher que je n’ai pas trouvé ses règles, pourtant courtes, très claires...

Bandes dessinées

Francesca Murphy ! – De Thomas Gosselin, je ne connaissais que l’impeccablement titré Chute des classes et lutte des corps dont la narration était déjà un peu éclatée, mais bien moins que cet opus qui fait de la dispersion narrative son mode de fonctionnement par défaut. À chaque fois qu’on tourne la page, on se retrouve face à une vie alternative de Francesca Murphy, qui nous assène dans le même temps des réflexions philosophico-poétiques plus ou moins décousues. Tout cela pourrait être très pénible en d’autres mains, ou pour d’autres yeux, mais j’ai adoré me perdre dans les pages (et les vies) de Francesca Murphy ! qui ne s’embarrasse qu’assez peu de logique ou de développement narratif et y préfère un vertige graphique tout à fait délicieux.


Marly ou la neige en été – L’influence graphique de Winsor McCay est patente, et même un peu trop, dans ce gros volume qui raconte l’histoire d’une locomotive et de sa fille, qui se dévore pourtant en une heure à peine. C’est très beau, et Emmanuel Lantam a l’intelligence de dévoiler par petites touches la logique de son univers (qui m’a d’ailleurs fréquemment échappé, mais sans que cela soit trop frustrant). Ça donne tout de même un objet dont je me demande à quel public exactement il est destiné : l’histoire me semble trop sombre et complexe pour être tout à fait comprise par de jeunes enfants, et dans le même temps la naïveté du ton le range dans la catégorie « contes »...


Lightfall tomes 2 et 3 – J’ai rattrapé mon retard dans la saga Lightfall (à part le quatrième et dernier tome en date qui attendra son arrivée à la médiathèque) et c’est toujours aussi beau et chouette ! Les deux premiers tome, a posteriori, semblent presque constituer une sorte de très gros prologue et me font un peu craindre un nombre exponentiel de tomes ; en attendant j’ai pris toujours autant de plaisir à suivre la route de héros imparfaits et à découvrir la richesse de leur univers à leurs côtés. J’ai d’ailleurs eu une pointe de déception à la fin du tome 3, qui commet l’erreur d’un infodump un peu trop massif (et pas très utile à ce stade du récit) et qui risque d’emmener les tomes suivants vers une grandeur mythique loin des débuts de l’histoire, ce qui arrive hélas assez souvent. On verra bien !



Littérature

Moving Pictures – Ce 10e tome de la saga du Disque-monde est celui dans lequel Pratchett commence à introduire des technologies modernes dans son monde de fantasy, en l’occurrence celle du cinéma. Heureusement, il a l’intelligence de mêler cette parodie à quelque chose de plus sombre et intéressant, ce qui évite au bouquin de trop s’essouffler. Si ça ne demeurera pas dans mon top des romans du Disque-monde, c’était tout de même une chouette lecture, ne serait-ce que pour la bande des vieux sorciers, toujours réjouissante, et l’extraordinaire Gaspode, chien savant.


Pendant la boule bleue / Un œuf dans la foule – Je te le disais l’autre jour dans la rubrique conclusive de cette compote, Antoine Volodine va bientôt conclure sa cathédrale littéraire de façon explosive ; je me suis donc dis que je profiterai de cette apogée pour rattraper mon retard dans son œuvre et lire les poignées de tomes y appartenant qui m’avaient échappés. Ainsi des petits livres jeunesse signés Manuela Draeger dont ces deux tomes forment un diptyque très intéressant : le premier est presque une parodie d’univers Volodinien, avec des étrangetés, de la poésie taciturne et même des paysages réellement rigolos, dis-donc. Le second aurait tout à fait sa place dans l’univers chéri d’Itras By avec son œuf géant, son tigre qui parle et ses douze mille Josettes, et se paye en plus le luxe d’intégrer le tome précédemment cité en abyme. Si tu ne connais pas l’univers de Volodine, ces deux petits volumes en forment donc une porte d’entrée pas intimidante pour deux sous ; pour moi, ça m’a permis de m’échauffer avant le grand final...


Série

Siren: Survive the Island – Il faut reconnaître que Netflix maîtrise la formule de l’addiction télévisuelle sur le bout des doigts, la preuve on s’est enquillé les 10 épisodes de cette émission de télé-réalité en quelques jours… Il faut dire que sous ses atours à la Koh-Lanta se cachent des principes qui dépaysent un peu : pas d’argent à la clef, seulement la gloire de faire briller son corps de métier (flics, soldates, gardes du corps, pompières, etc.) et surtout un casting 100 % composé de meufs hyper badass qui en remontrent à l’intégralité des hommes peuplant habituellement ce genre de jeux. Il ne s’agit d’ailleurs pas tant d’une émission de survie que d’un principe de capture the flag avec de la boue, des trahisons et des larmes, pour notre plus grand plaisir bien sûr...




Jeu vidéo

Blippo+ - J’écoute régulièrement le groupe YACHT et je n’étais pas du tout au courant qu’iels avaient participé à un jeu vidéo jusqu’à il y a quelques semaines, lorsque j’ai découvert et suis tombé dans Blippo+ (sur Switch, loin de son support d’origine, et cela a pour une fois son importance mais je n’en dirai pas plus). Enfin il faut pousser assez loin la définition de « jeu » pour que Blippo+ s’y insère : il s’agit en réalité surtout d’une sorte de série télé interactive, qui se présente comme un faux réseau de chaînes, elles-mêmes présentant des émissions d’une minute chacune… Ça paraît peu clair mais retiens simplement qu’au travers de vidéos ultra-courtes et suintant d’un design quelque part entre les années 1960 et 1980, on découvre un univers extra-terrestre plutôt proche du nôtre, avec ses technologies, ses stars, ses références culturelles… C’est délicieusement lo-fi et je suis vite tombé amoureux de l’esthétique du jeu, parcourue avec parcimonie pour ne pas m’en lasser. Si j’aurais préféré un objet un peu plus ludique (il y avait pourtant des endroits où insérer du jeu, par exemple dans le décodage des chaînes !) j’ai adoré me perdre dans cet objet ludique non identifié, qui ne ressemble à rien d’autre qui me soit tombé dans les pattes depuis des années...



Jeux de société

Le Sac qui craque – Voici un petit jeu de société qui ne remportera aucun prix mais qui, dans l’océan des jeux pour enfants nuls, a le mérite d’être plutôt bien fichu, avec une logique de bluff (encore !) et un zeste de stratégie pour ne pas trop avantager ses adversaires à ses dépens. Ça marche très bien pour apprendre les rudiments de ces deux principes aux enfants, et comme les parties sont courtes, on les enchaîne avec plaisir...


Similo : Mythes – Autre jeu poncé avec l’enfant, actuellement fan de mythologie, ce jeu dont toute la mécanique repose sur « je te fais deviner un personnage, il ressemble un peu à celui-ci mais pas à celui-là ». Ça fait un peu penser à un Focus en équipe, c’est tout simple et très rapide et ça fonctionne fichtrement bien !


Seuls dans l’espace – Je ne suis vraiment pas fan des escape games sous forme de jeu de société (comme pour l’expression « POV », je me résouds au fait que le terme « escape game » a été vidé de son sens) mais celui-ci proposant une expérience de type metroidvania et étant à vil prix à la ressourcerie, je me suis laissé tenter… Et j’en suis sorti terriblement frustré. Le jeu est bourré de bonnes idées de game design, avec des énigmes vraiment malignes (mais à la difficulté très variable) qui ouvrent son horizon de façon très enthousiasmantes, mais il contient tout autant de roadblocks (des moments où on est totalement bloqué) qui m’ont forcé à tricher pour avancer. Peut-être c’est que je suis trop bête (certains passages sont vraiment tirés par les cheveux), peut-être que le jeu est mal fichu (matériellement en tout cas, son livret est une honte), peut-être est-ce un peu des deux… Au moins je peux valider son aspect metroidvania, qui n’était pas (totalement) de la publicité mensongère.



Musique

David Bowie, Hunky Dory – Rediffusion de 2016, parce que c’est les vacances et que j’ai réécouté par hasard mon album préféré de Bowie cette semaine…

Comment écrire sur Hunky Dory ? Comment décrire ce frisson qui s'empare de moi dès les premières mesures de "Changes" et ne me relâchera que de longues minutes après la fin de "The Bewlay Brothers" ? Que puis-je bien dire de mon album préféré de D.B. ?

Quand je découvre Hunky Dory dans la discothèque de mes parents (vinylothèque, en réalité), je suis en pleine adolescence, et je ne comprends rien à ce disque. C'est qui ce type ? D'ailleurs est-ce bien un type, est-ce lui, ou elle sur la couverture ? Ça veut dire quoi "Hunky Dory" ? À l'époque, comme avec tant d'autres disques, l'écoute est assidue, accompagnée des paroles auxquelles je ne comprends pas tout mais que je grave dans mon crâne. Je ne comprends pas grand chose à la première, la deuxième, la vingt-troisième écoute, et pourtant c'est le disque de l'adolescence à plus d'un titre : le temps des "Changes", dont on reparle encore dans "Oh! You Pretty Things" (sans doute le titre le plus tongue-in-cheek de toute la discographie de Bowie) et dans "Kooks". C'est le disque où l'on dit aux vieux barbons de dégager, place à la jeunesse ! C'est dit et répété dans presque toutes les chansons, tendez l'oreille, ou mettez-vous à ma place, il y a 15 ans. C'est pour moi un disque profondément joyeux, justement parce que Bowie s'amuse, il copie les Beatles, Frank Sinatra, Neil Young et le Velvet (que je ne connaissais pas lors de ma découverte de Hunky Dory) sans vergogne, mais on l'entend, l'éclat dans ses prunelles qu'il avait un peu perdu dans l'album précédent (d'ailleurs j'apprends à l'instant que "Fill Your Heart" est une reprise ; mais quelle reprise !). On y parle d'extraterrestres qui envahissent la terre, de petites filles perdues dans des cinémas poussiéreux et autres étrangetés, mais toujours en souriant, même quand on pleure. La virtuosité de Hunky Dory, c'est d'alterner la poilade et la tristesse, le beat qui danse et les moments de respiration — "Eight Line Poem", par exemple. C'est l'album où l'on expose ses influences — "Andy Warhol", "Song for Bob Dylan". C'est aussi, comme tant d'autres, l'album de la grandiloquence, avec évidemment "Life On Mars?" (dont on oublie trop souvent cette outro qui commence déchirante mais est vite interrompue par un coup de téléphone), mais aussi (et pour moi, surtout) "Quicksand", et "The Bewlay Brothers" évidemment. Enfin, c'est l'album incompréhensible, dont je ne suis pas le seul à n'avoir rien compris. Mais on s'en fout, parce que quand vient le refrain de "The Bewlay Brothers", on est pris, jusqu'au fond. Et quand on croit que le fond est atteint, il y a cette coda, mystérieuse, hypnotique, qui ramènerait presque par un chemin épineux vers le premier album de Bowie. Mais entre-temps, le sourire s'est fait inquiétant. Et les choses ne sont peut-être plus aussi hunky dory qu'à notre adolescence...



L’arrière-queer de Milouch Côme

Donna Gottschalk, Nous autres

Comme la taulière est en vacances, il faut que je fasse tout ici… Je vous cause donc d’une expo vue la semaine dernière dans un centre d’art de Guingamp, d’ailleurs assez chouette par ailleurs !

Nous autres c’est de l’histoire sensible et personnelle, des témoignages en pointillés d’une bande de copines lesbiennes dans le New York des années 60 et au-delà. Au début elles cherchent juste à ce qu’on les laisse s’amuser tranquilles, et puis avec le temps qui passe, la vision de Donna Gottschalk (et ses photographies) se font plus politiques, et plus douloureuses parfois aussi, à mesure que les amies disparaissent…

Les textes de l’expo sont signés par Hélène Giannecchini ; ils racontent eux-mêmes une histoire, celle de la rencontre de l’écrivaine avec la photographe, à présent âgée, qui revient dans le même quartier où s’accrochent encore ses souvenirs, même si tout a changé. Ils sont aussi beaux que les photographies et créent une expo double, dont le parcours m’a beaucoup ému.

C’est donc à Guingamp, jusqu’au 11 octobre prochain !



Par ailleurs :

— Quelle merveilleuse idée qu’un café où les client.es régulier.es ont une tasse à leur nom.
— Des gens dans des boîtes.
— Si vous n’avez pas eu assez de Zeph et Ramo qui parlent de pêche, les voici en bonne compagnie pour parler du documentaire Leviathan, qui a l’air passionnant.
— Les autres musiques de la semaine : la pépère soul de Cat Power, le hip-hop old school de Sixtoo et la pop tranquille de Radiohead (et son remix).


Des bises

et à dimanche prochain, en compagnie de YACHT bien sûr.

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