La compote de Côme #284
Une île ravissante, un coboye triste et des coups de putes.
Jeux de rôles

What a Lovely Island – J’aurais bien aimé, comme Buddy Skaggs, créer un jeu de rôle en guise de thèse de doctorat ; si en plus ç’avait été un jeu aussi chouette et doux que What a Lovely Island j’aurais peut-être une toute autre vie aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, WaLI est une réussite, qui m’évoque immédiatement La Cinquième saison, jeu à venir de mon amie Melville : dans les deux, on explore une île teintée de magie et de nostalgie et chaque personnage possède son propre livret. Les similarités s’arrêtent là puisque WaLI est bien plus intéressé par une douce nostalgie et que ses mécaniques reposent presque entièrement sur le dessin, mais les deux jeux capturent à mes yeux cette période particulière qu’est l’été d’une certaine période de sa vie, quand la farniente est possible loin du poids des soucis du monde.

Tearable Wizard – Ce n’est pas le premier jeu à déchirer que je chronique ici mais on n’en a jamais assez ! Surtout que celui-ci se paye le luxe d’une certaine logique (pour ainsi dire) causant ces déchirures dans la réalité (et le papier) et y ajoute quelques idées sympathiques, comme des zones à éviter et des mots clefs au dos des endroits déchirés. Je sais que je l’écris souvent ici, mais parfois y a pas besoin de plus…

Cro’s Sword: Legend of the Fractured Fields – Idée OuJePienne, donc forcément digne de mention dans cette compote : un donjon où envoyer des aventuriers, qui vont se retrouver à devoir explorer / résoudre une grille de mots croisés pendant leur aventure. Je dois avouer que je n’ai pas tout compris à comment ça marchait exactement, mais l’idée est savoureuse...

The Walden Paradox – Et pourquoi pas un jeu en solo où l’on incarne Thoreau qui s’interroge sur la vie et l’univers dans sa cabane de Walden, hein ? Non t’as raison, c’est pas assez intéressant, je recommence : pourquoi pas un jeu où l’on incarne Thoreau qui se retrouve pris dans des paradoxes temporels dans sa cabane de Walden ? Voilàààà, là on peut parler ! C’est joliment écrit, efficace et vraiment le genre d’expériences que seul le jeu de rôle alternatif peut permettre, et je suis ravi de n’être pas le seul à avoir des idées étranges lui traversant la tête, et les suivant jusqu’au bout.
Bandes dessinées

Le Chapeau maudit – Un tome des Nouvelles aventures de Lapinot qui m’avait échappé, et à la lecture ce n’est pas si étonnant : sans être mauvais, il repose une fois de plus sur un phénomène surnaturel inexpliqué et sur Richard, l’ami de Lapinot affligé d’un TDAH et d’une stupidité absolue. Le tout ne suffit pas tout à fait pour éviter de sentir le réchauffé, même avec un quasi huis clos en temps réel… Comme quasiment tous les albums récents de Trondheim, ce n’est pas mauvais, mais du « vite lu, vite oublié ».

Les Julys – Si la valeur d’une bande dessinée se comptait au nombre de petits traits sur chacun de ses dessins, ce gros volume de Nylso serait un chef d’œuvre ! Il y a là-dedans de quoi se pâmer à chaque page, de magnifiques paysages ruraux en noir et blanc… Mais il faut bien mettre une intrigue dans tout ça, alors on suit un père et son fils, peut-être l’auteur lui-même et son rejeton, qui parlent de rêves et de dessins… Et puis on suit des colonies de petites lutines appelées les Julys de paysage en paysage, en recevant comme on peut leurs réflexions poétiques… Comme tous les livres que Nylso que j’ai lus, cela reste très cryptique et suspendu entre sens et non-sens, sans être un voyage désagréable.

Lightfall tome 1 – Je voulais feuilleter quelques pages de cette bande dessinée que l’ami Nicolas m’a conseillé pour ma fille, et j’ai fini par la lire en entier tout seul… C’est dire si j’ai été pris par le début de cette grande saga de fantasy (la preuve, y a une carte du monde au début) qui, sans être d’une folle originalité, est très alléchante : il y a une héroïne courageuse (mais prise par des crises d’angoisse), un sidekick sage et fort (mais aussi marrant que Grogro dans Donjon), de vastes enjeux planétaires (mais simplement évoqués, aucun infodump ici)… Et du voyage, de l’action, de beaux paysages, des moments d’amitié, des seconds couteaux mystérieux et j’en passe. Très bonne recommandation donc, et je sens que je ne vais pas attendre que Madeleine s’y mette pour lire la suite !
Littérature

The Tommyknockers – Je n’irais pas, comme Stephen King, jusqu’à dire que ce livre est nul à chier (je paraphrase l’auteur) mais il est clairement trop long : bourré de sous-intrigues qui ne vont nulle part, de situations sur lesquelles on passe des pages, voire des chapitres entiers sans qu’elles aient la moindre incidence sur l’action, ou sans qu’on y revienne jamais plus tard… Dommage car si le thème du bouquin n’apporte rien de neuf à des choses déjà vues et revues ailleurs, il est ficelé dans une histoire prenante, car King reste un maître du page turner et des peintures de petites communautés étatsuniennes. En plus, pour une fois c’est le prologue qui est un peu rapide, et pas l’épilogue...

Texas Jim ou le coboye triste – J’ai ramassé cette courte pièce de théâtre de Pierre Gripari (célèbre auteur de contes, par ailleurs sympathisant envers le fascisme et plutôt hostile aux juifs) attiré par son titre, qui me semblait faire écho au chouette jeu de Kieron Gillen. Hélas, point d’explication ici sur la tristesse de Texas Jim, tout juste une pièce bien troussée tout en n’étant pas d’une folle originalité. J’ai tout de même apprécié les dessins de Philippe Dumas et, je l’avoue, bien rigolé devant les noms des deux amérindiens Faucon d’Argent et Vrai Condor.
Jeunesse

Les récrés du petit Nicolas – Dans la même boîte à livres que la pièce de Gripari se tenait ce volume des célèbres aventures du petit Nicolas, que j’avais tenté de lire à Madeleine l’année dernière, sans succès. Cette année, ça a mieux pris, ce qui m’a là aussi permis de rire un peu et cringer beaucoup : c’est que les histoires de Goscinny sont confites de sexisme ordinaire, avec une louche de grossophobie et pas mal de masculinité toxique par dessus. L’humour fonctionne encore un peu, surtout avec ce ressort des allusions que seuls les parents comprendront à la lecture, mais j’ai été obligé de caviarder pas mal de passages pour supporter de les lire, et même avec ça il est demeuré pas mal de choses problématiques... (Heureusement dans le même temps j’ai aussi lu plein de volumes de Tom-Tom et Nana et ça c’est toujours aussi super, mangez-en par kilos !)
Séries

Indian Matchmaking saison 2 – Après avoir vu la première saison de ce documentaire en série il y a des années, l’envie folle m’a pris d’en regarder la suite, et j’aurais dû ne pas l’écouter : regarder des célibataires riches s’en remettre à des critères superficiels pour tenter de trouver l’âme sœur, c’était au mieux ennuyeux et au pire un bon moyen de détester encore plus les riches. Il y a bien une ou deux personnes qui sortent du lot en paraissant plus normaux que le reste, mais ni ça ni le léger décalage de point de vue de la série (puisqu’elle ne s’intéresse qu’à des indien.nes, pour la quasi majorité vivant aux États-Unis) n’a suffi à éveiller mon intérêt. Je ne regarderai pas la saison 3 d’Indian Matchmaking, série dont je retiens uniquement que, si je devais par malheur me retrouver un jour célibataire, je serais proprement terrifié par la dating scene du 21e siècle...

Poker Face saison 2 – Mais qu’a-t-il bien pu se passer pour qu’une sympathique série d’enquête à la Columbo avec un paquet de guest stars se transforme peu à peu en quelque chose de creux et abracadabrantesque ? Sans doute la pression des séries contemporaines qui demandent un arc narratif sur plusieurs épisodes, le besoin de convaincre l’auditorat à revenir semaine après semaine… Bref, cette 2e saison de Poker Face reste distrayante mais en s’écartant de ses racines (notamment dans la crédibilité des affaires à résoudre) perd graduellement de son attrait, jusqu’aux 2 derniers épisodes qui font basculer la série vers l’espionnage, de façon encore moins convaincante.
Film

Toy Story 5 – La franchise Toy Story a une qualité assez incroyable : ça fait 3 films de suite qu’elle nous fait le coup de « un film de plus et après on arrête » et ça fonctionne à chaque fois. On n’avait pas vraiment besoin d’un film qui confronte les jouets aux terribles écrans capteurs d’attention mais ce 5e opus parvient à aborder le sujet sans (trop) de moralisation grossière, tout en introduisant de nouveaux personnages et fils conducteurs qui fonctionnent plutôt pas mal (en VF, Jonathan Cohen incarne là son meilleur rôle). Et puis je ne vais pas me plaindre du fait que le film laisse la part belle à ses héroïnes, Woody et Buzz servant de faire-valoir sympathiques. Bref, un excellent opus, en attendant l’inévitable 6e volet !
Jeux de société

Dix de chute – Les vacances c’est aussi l’occasion de ressortir les jeux un peu poussiéreux des cartons, tel ce Dix de chute qui n’est pas sans défauts mais reste un bon jeu antique (après vérification, ce vénérable a 56 ans cette année). Efficace jeu à deux dont les parties sont courtes, il s’explique et se trimballe facilement et contient une part de stratégie non négligeable ainsi qu’une pincée de déduction (chacun jouant sans voir la face de l’autre) suffisamment importantes pour que ça m’amuse encore. Et puis bon, comment résister au plaisir de tourner des bidules pour faire tomber des machins…

Pikit – Je n’ai pas besoin qu’un jeu de société soit particulièrement original ou beau pour qu’il me plaise : heureusement parce que sinon, Pikit n’aurait pas trouvé mention dans ma compote avec son thème sur les kaijus et mechas qui est complètement plaqué sur une mécanique qui n’a rien à voir, en l’occurrence celle de lancer les dés et piocher des cartes selon leur résultat (comme dans Miniville, comme dans Spooky Tower, comme dans…). Pas grave car en dehors de cela Pikit est un jeu rapide et efficace, qui utilise bien son idée centrale : est-ce que je garde cette carte en main pour marquer des points en fin de partie, ou est-ce que je la défausse pour utiliser immédiatement son pouvoir ? À deux le jeu tourne bien et vite, il n’y a plus qu’à voir ce qu’il vaut à davantage...
Musique

Katerine, Francis et ses peintres, 52 reprises dans l’espace – L’écoute obsessionnelle de Radio Bonheur (qui a continué cette semaine) m’a donné envie d’aller du côté des reprises chelous de chansons françaises, car j’aime la chanson française, les reprises, et les chelouteries. J’aurais pu te parler des excellentes MÉGA COMPILS des tubes de darons mais il faut bien reconnaître que Philippe Katerine est un maître en la matière et son triple album sorti en 2010 un monument indépassable du genre. Épaulé par des musiciens qui font semblant de ne pas trop savoir jouer (mais sont en fait des techniciens hors pair s’amusant au minimalisme, comme j’ai pu le constater en concert), Katerine rend à la fois des hommages sincères à certains incontournables de la chanson française, les reprenant de façon assez honnête et directe, avec une énergie souvent équivalente ; pour d’autres, la compression de la chanson à sa plus simple expression vient souligner l’absurdité ou au contraire la puissance poétique. Et puis il y a bien sûr les reprises de « Ma Benz », de « Saga Africa », de « DJ » ou encore de « Ça m’énerve » qui sont juste hors catégorie... Dans tous les cas, Katerine ne chante pas très bien mais s’en fout, et son ton nasillard finit par vriller le cerveau aussi efficacement qu’une certaine radio bretonne ; chacun ses perversions...
L’arrière-queer de Milouch

Coups de putes de Molly Smith et Juno Mac
Comme beaucoup de féministes, j'ai eu du mal à me situer dans le débat sur le travail du sexe. C'est une question complexe et sur laquelle il y a beaucoup de discours tordant la réalité.
Coups de putes est un livre assez salvateur sur ce sujet !
Le travail du sexe y est raconté par des personnes qui le pratiquent, ce qui est finalement très rare dans cette littérature, et il n'est ni romantisé ni diabolisé. La thèse majeur du livre est la suivante : le travail du sexe n'est pas une ignominie, c'est un travail et comme tous les travails, il a son lot de problèmes.
Plutôt que de tirer à boulets rouges sur le travail du sexe en général, ce livre cherche donc à adresser les problèmes que le TDS rencontre et fait également un tour d'horizon assez intéressant des différentes réponses que les pouvoir publics ont pu mettre en œuvre pour accompagner (ou au contraire diaboliser) le TDS.
Un livre référence sur le sujet !
Par ailleurs :
— Si ça se trouve, la Nouvelle-Zélande n’existe pas ; la Tasmanie c’est pas bien sûr non plus.
— S’il vous plaît, quand vous me contactez sur Internet, ne me dites pas juste « salut », passez directement à votre requête.
— Un petit jeu de boîtes récursives qui m’a quand même donné du fil à retordre, par l’auteur du merveilleux Patrick’s Parabox.
— Les autres musiques de la semaine : un vague air de Tindersticks avec Ruah, de la pop-jazz spatiale avec Max Devereaux & Hiroo Chubachi, du post-punk qui se la raconte avec Sweeping Promises.
Sweeping Promises
Des bises
et à dimanche prochain en compagnie de Mermonte.
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