La compote de Côme #283
Du golf décevant, un roman déstabilisant et une radio dépaysant.
Jeux de rôles

SSS Devil Hunters – Il y a finalement assez peu de jeux de rôle qui reposent sur la manipulation du langage, ce qui est assez remarquable pour un type de jeux reposant entièrement sur la parole… D’où l’intérêt de ce SSS Devil Hunters, qui joue sur la classification « SSS / SS / S / A / B / C / D » (les vrais savent) pour proposer un univers dans lequel les mots commençant par « s » ont le plus de pouvoir. Il n’y a pas beaucoup plus là-dedans que cette idée simple mais ça me suffit car je suis en vacances.

GoGoGolf! – J’avais déjà lu ce jeu il y a à peu près un an et voilà qu’il réapparaît sous mes yeux ; je me dis que la première fois, j’avais loupé quelque chose et que mes 10 balles avaient été bien dépensées, contrairement à ce que je pensais. Mais non, ma première impression était la bonne et je suis vraiment perdu devant GoGoGolf!, car d’un côté, c’est un jeu superbement illustré, qui contient les meilleures exemples de règles que j’ai vus depuis bien longtemps. Mais d’un autre côté, en 15 pages il m’explique comment jouer, me file quelques monstres, une liste de clubs de golfs légendaires… et c’est tout ; je ne sais pas ce que sont censés faire les personnages dans ce monde, d’ailleurs je ne sais pas du tout de quoi ou de qui se compose ce monde. J’ai donc vraiment l’impression d’un puzzle, beau au demeurant, dont je n’aurais que la moitié des pièces...

Lumberjills – Pour être honnête, Lumberjills ne m’a pas trop intéressé en tant que jeu : c’est un jeu grandeur nature (pour être précis, c’est du LARP) assez scripté, ce qui est un peu éloigné de mes pratiques ludiques. En revanche, ça m’a fait découvrir les lumberjills, ces femmes britanniques qui sont devenues bûcherons pendant la 2e Guerre Mondiale et ont sué sang et eau pour l’effort de guerre, avant d’être jetées sans honneur ni trompettes une fois la guerre terminée ; et rien que cette découverte valait une mention ici.

Underneath – Malgré toutes mes prétentions de rôliste intello, j’ai souvent des plaisirs basiques, par exemple j’aime bien les cartes et ce qu’elles projettent du monde à explorer : j’aime encore plus quand on peut les dessiner à mesure de notre exploration, alors quoi de mieux d’un jeu en solo où on dessine un dédale souterrain (car j’aime aussi beaucoup les dédales souterrains ?). La force de Underneath, pour moi, ce sont les petits glyphes qu’il utilise pour nous indiquer ce qu’on doit dessiner au fil de ce qui est presque un livre dont on est le héros, et la façon dont il mêle plusieurs intrigues qui pourraient finir par se rejoindre, ou non. Une somme de plaisir basique, donc, ce qui est du plaisir tout de même !

Every Second Counts – Tu vois, je t’avais pas menti la semaine dernière, il existe bien des myriades de jeux autour du thème de la cuisine… En voici un de plus, clairement très inspiré par The Bear et qui emprunte son système à celui d’Agon dont je te parlais tantôt (ainsi que ses dérivés). C’est propre, c’est net, ça manque peut-être un tout petit peu de personnalité et les univers alternatifs me paraissent quelque peu superfétatoire, bref c’est une bonne allégorie de la haute cuisine (ou de ce que j’en comprends).
Littérature

Roman géométrique de terroir – Voici un roman qui annonce son programme… ou presque : il est bien question de figures géométriques dans les pages de ce petit opus, qui divise un village anonyme en zones bien distinctes, mais c’est aussi un livre bâti en spirales : les phrases se chevauchent et finissent par s’avaler les unes les autres, les chapitres reviennent inlassablement vers la place du village, et on se perd dans une logorrhée qui donne le tournis autant qu’elle dépayse. Encore une belle réussite (et une belle traduction) des Monts Métallifères !
Jeu vidéo

Bonfire Peaks – Il y a quelques années, j’avais acheté un pack de jeux signés « Studio Draknek » et je n’avais, de façon prévisible, touché qu’à un ou deux d’entre eux ; j’avais tout de même fait quelques pas dans Bonfire Peaks mais avais vite été repoussé par sa difficulté apparente derrière un principe de pousse-caisse (un jeu Sokoban quoi, pour les sachant.es). Mal m’en avait pris : en le dépoussiérant un peu au pif dans cette semaine de vacances, je me rends compte que le jeu est plus abordable que je le pensais et je tombe dedans. Oh, il cache en effet une grande complexité derrière ses quelques mécaniques simples : mais dans le même temps, il permet d’éviter les niveaux qui nous posent le plus problème et d’avancer par cahots jusqu’au grand final. J’ai très sincèrement galéré par moments et ai du recourir à quelques soluces, mais je suis tout de même fier d’en avoir vu le bout, de façon d’ailleurs plus rapide que ce à quoi je m’attendais (et sans aucune velléité de trouver la solution à tous les puzzles inachevés laissés sur le bord du chemin, je dois bien le dire) !
Musique

Radio Bonheur – Parmi les constantes des vacances, il y a l’écoute de la radio locale, en l’occurrence se brancher sur 90.1 pour profiter de la radio du coin qui émet dans un coin perdu de la Bretagne. 100 % chansons françaises avec majorité de mélodies des années 1980, pubs ringardes (parce que les pubs radio sont bloquées dans les années 90 depuis 30 ans, ce qui mériterait un paragraphe en soi)… Ça ressemble à Nostalgie, tu me diras, mais il y a ces petites touches qui font de Radio Bonheur la bizarrerie estivale : les annonces toutes effectuées par deux (2) personnes différentes, les petites annonces dans lesquelles les gens laissent leur numéro en direct, les airs d’accordéon ou de musique néo-celtique… Je dois avouer qu’au bout de quelques jours, ça devient un peu fatiguant, mais Camille est branchée dessus en intraveineuse et je n’ai pu m’y opposer !
L’arrière-queer de Milouch

Jim Queen de Nicolas Amathé et Marco Nguyen
C'est juin (le 55 juin, mais juin quand même), il fait chaud, c'est le mois des fiertés et comme beaucoup d'entre nous, je suis assaillie de publicité pour JIM QUEEN.
Alors répondant à l'avalanche et après quelques difficultés avec mon cinéma local, j'ai finalement réussi à aller le voir !!
Ça serait quand même vachement plus simple si le taulier me payait des invites pour l'avant première mais il parait que tout le budget est passé dans l'impression sur PQ cette année !
Et donc Jim Queen, qu'est ce que ça vaut ?
Le film nous raconte l'histoire de Jim Queen : gay ultime qui doit faire face à l'héterose, une maladie qui transforme les gays en hétéros. Il sera aidé par Lucien, un petit twink fils de l'evil ministre de la santé Christine Bayer qui découvre les mondes gays de Paris. Et mon verdict, c'est que c'est con et drôle, très drôle et je dois dire que je suis très heureuse que la communauté LGBT+ ait enfin son équivalent de Camping. Un truc débile, hilarant ultra référencé et clairement produit et calibré pour les LGBT.
Le film est parfaitement regardable par les hétéros évidemment mais la quantité de refs gays à la minute en fait un film très agréable à regarder quand on les a.
Je dois aussi dire que je suis très heureuse qu'en 2026 puisse paraître un film où le premier plan consiste en une paire de testicule qui oscille. C'est chouette, profitons-en, dans peu de temps, ça risque de ne pas être la même chanson.
Bref, malgré quelques reproches personnels sur la représentation, je trouve le film sympa et drôle !
Ma chronique pourrait s'arrêter là et je pense que le film ne mérite pas forcément qu'on s'attarde plus sur lui étant donné que c'est encore une fois un truc con, sans prétention autre que le rire et qui au final réussit très bien son pari.
Cependant, comme je suis une mauvaise LGBT, j'ai quand même deux trois critiques à adresser.
Oui, je vais rentrer dans ce débat sanglant qui secoue mon fil Instagram depuis 3 semaines à savoir :
Les problèmes de Jim Queen.
Cette partie est non essentielle à ma critique, si vous n'avez pas envie de vous frapper mon hystérie, vous pouvez partir vous promener (mettez de la crème solaire parce que ça tape quand même).
Alors je dois dire que je suis un peu déçue par la représentation de la communauté LGBT proposée par Jim Queen.
Pas de lesbiennes
Pas de personnes trans
Pas de bi...
Ça n'est pas gravissime mais c'est chiant. D'autant plus chiant que le film a ce côté communautaire et sait très bien représenter la communauté gay dans sa diversité. Mais des autres nulle trace.
Alors la communication (de crise) autour du film c'est de dire que c'est justement cette absence et cet entre-soi de la communauté gay qu'il dénonce mais comment dire.... C'est une phrase prononcée très rapidement en début de film et puis je suis pas sûre que nous montrer un monde LGBT sans les trois-quarts des lettres ça y aide beaucoup...
En plus, le film contient une pride. Une fucking pride mais sans lesbienne, sans bi, sans trans... Je trouve ça dommage et je crois pas que ça aurait coûté beaucoup plus cher de les avoir. Encore plus quand Jim Queen établit de gros parallèles avec le SIDA et qu'on sait que les lesbiennes on joué un rôle très important de soutien lors de l'épidémie.
On pourrait me rétorquer que Portrait de la jeune fille en feu est un film uniquement lesbien ou que Tomboy ne contient aucune représentation asexuelle.
Ce à quoi je vous répondrai que ce ne sont pas des films communautaires, ce qu'est Jim Queen. Le film cherche à nous montrer et à faire vivre une communauté devant nous (une des taglines du film étant quand même « pour le meilleur et pour le queer ») . Et la communauté gay me parait encore plus ségrégée dans le film qu'elle ne l'est en réalité...
Bref, si je voulais être un peu provocatrice, je dirais que mec gays are mec gaying. Encore une fois.
Mais bon allez voir le film, il est stylé !
Par ailleurs :
— Mon amie Caroline nous permet de faire joujou avec l’anatomie d’un oiseau.
— La fin du post-exotisme, ça va être un sacré truc.
— Début juillet, Zeph et Ramo ont parlé de David Lynch, j’y étais et c’était très chouette.
— Des champignons tout autour du monde.
— Une petite visite de niveaux de jeu vidéos ?
— L’autre musique de la semaine : le bazar musical de Frank Zappa.
Des bises
et à dimanche prochain en compagnie de Георги Шопов feat. Константин Джамбазов.
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