La compote de Côme #281
Des vampires, un cancéreux et une grosse bite.
Jeux de rôles

FanX – Le monde rôliste a-t-il vraiment besoin d’un jeu de rôle avec des vampires en plus ? Encore plus un qui se présente comme un peu punk, alors qu’il existe déjà Blood Borg qui fait parfaitement le job ? Bien sûr que non, néanmoins l’approche de FanX qui consiste à dire qu’au lieu d’explorer un donjon on va explorer des situations sociales compliquées fonctionne très bien, car on y trouve les mêmes pièges et la même nécessité d’y aller avec un bon équipement...

The Way Out – J’avoue avoir été un peu déçu par ce jeu qui avait pourtant tout pour me plaire, puisqu’on y parle de boucles temporelles et d’univers parallèles dans lesquels c’est toujours la fin du monde… Ma déception ne vient pas tant du système de jeu, qui est plutôt bien pensé et amène ce qu’il faut de nouveauté par rapport à des choses vues ailleurs, mais sans doute davantage du côté très scripté de l’ensemble et surtout du fait que le jeu ne propose volontairement pas de métajeu (pourquoi cela arrive-t-il ? Comment en sortir ?) ce qui est compréhensible mais tout de même un peu frustrant.
Mail Order Apocalypse – Très honnêtement, je pensais que MOA serait un jeu dans lequel on joue des postiers qui survivaient en pleine poste-apocalypse (le jeu de mots est de l’auteur du jeu), mais non, on va plutôt y incarner des personnages qui braquent des convois de colis pour pouvoir survivre dans un monde où les machines en ont rien à foutre d’eux. Ça en fait à mes yeux un jeu un peu moins intéressant, qui s’inspire lourdement des règles de Into the Odd et peine donc à amener quelque chose d’innovant à ses influences, sans être non plus mauvais ; juste mid, au fond.

Apprentices of the Magere – Après avoir lu The 7-Part Pact, qui m’a retourné la tête mais était tout de même un peu dense pour mes petits neurones, j’étais curieux de me plonger dans ce jeu qui semblait une version allégée du même concept. Et effectivement, malgré son absence totale de mise en page (et le fait que le jeu semble condamné à demeurer perpétuellement incomplet), Apprentices of the Magere m’a paru plus abordable que son grand frère, peut-être parce qu’il nous fait incarner des personnages moins puissants, peut-être aussi parce qu’il se limite à nous faire jongler entre l’entretien quotidien de la demeure du mage qui nous enseigne et soif (limitée) de pouvoir. Le tout reste mécaniquement très entremêlé et certaines zones d’ombre subsistent, notamment de par la nature incomplète du tout, et on sent bien que tout cela est fait pour jouer et non lire… Ça tombe bien, je devrais me jeter dedans à la rentrée !
Bandes dessinées

They Live In Me – Dernier ouvrage de Jesse Jacobs dans ma bibliothèque, They Live in Me est finalement un bon condensé de son œuvre : angoisses existentielles, décors chelous, monstres déformés… Le tout dans un décor de maison hantée car vivante (ou l’inverse), dont l’intérêt ici n’est pas l’originalité mais les sueurs froides qu’elle provoque, et sur ce plan c’est une réussite.
Non-fiction

Pourquoi sommes-nous capitalistes (malgré nous) ? – Tu connais certainement ce webcomic thenib.com/mister-gotcha/ qui résume assez bien le paradoxe de la vie au 21e siècle : on est quand même un certain nombre à trouver que le capitalisme entraîne des effets absolument merdiques sans tout à fait parvenir à s’en extirper. Ce petit livre de Denis Colombi va dès lors s’échiner à expliquer comment le capitalisme infiltre, matériellement ou idéologiquement, une très vaste part de nos vies, tout en demeurant une construction artificielle et historiquement récente. J’ai plutôt apprécié ce petit rappel, qui sait demeurer mesuré, notamment dans ses conclusions qui explorent les sorties possibles du système capitaliste, sans tomber dans la caricature révolutionnaire ni dans l’excès de prudence néolibérale (sans résumer à trop gros traits, ça va se faire avec douleur et chaleurs).
Séries

Taskmaster saison 3 – On continue de regarder Taskmaster (plus ou moins) dans l’ordre et force est d’avouer qu’après la folie enthousiasmantes des saisons plus récentes, celle-ci est un large cran en dessous. La faute au faible nombre d’épisodes ? À un cast dans lequel l’alchimie passe moins ? Bon, cela dit on continue de rigoler comme des baleines à chaque épisode… Tâches préférées : éclater des ballons ; remplir un coquetier de sueur ; se recouvrir de Post-its ; mimer des choses de part et d’autre d’une rivière.

Internet exploreuses saison 3 – Après avoir découvert cette très chouette émission de la chaîne YouTube Origami l’année dernière, je l’ai regardée en intégralité cette année : neuf fois 2 heures avec à chaque fois un sujet de société (virtuelle) disséquée et discuté, le tout avec de très chouettes invitées. Mais bon, ce qui fait surtout l’intérêt de l’émission pour mois (et son dernier numéro spécial le montre bien) c’est la bonne humeur généralisée et le fait qu’on se marre bien, sans voir le temps passer !
Films

Jim Queen – J’étais un peu inquiet en allant voir Jim Queen cette semaine : vu l’humour parfois douteux du studio Bobbypills, il y avait tout de même un risque que tout cela soit un peu limite, voire homophobe en se pensant allié… Eh bien que nenni : le film fait en effet usage d’humour peu subtil mais n’est jamais cringe, je dirais même que c’est à la fois 100 % gay, 100 % con et 100 % drôle. Il ne faut pas y aller chercher un discours très profond ni une intrigue très complexe, mais une occasion de se bidonner avec des clichés qu’on a peu l’habitude de voir tournés ainsi, et ça fait du bien. En plus le film est presque intégralement auto-produit, tout soutien est donc bon à prendre !

Le Vertige – Je ne t’apprendrai rien en te disant que le dernier Dupieux est, comme tous les derniers Dupieux, basé sur une bonne idée mais s’essoufflant assez vite, avant de conclure sur une petite pirouette et une poignée de scènes pas très utiles pour durer juste un tout petit peu plus qu’un moyen métrage… En vérité, Le Vertige a commencé à me décevoir dans son dernier tiers, qui vient apporter une explication peu convaincante (même dans son absurdité) aux déboires des personnages, et ne sera jamais remise en question. Dommage, il ne manquait vraiment pas grand-chose pour en faire un film sympathique, en l’état c’est assez dispensable au-delà des 15 premières minutes.

André is an Idiot – Ce n’était pas gagné d’avance de rire aux éclats dans un documentaire sur un cancéreux en phase terminale, et pourtant toutes les critiques ont raison de mettre en avant la bonne humeur et la folie douce qui se dégage de André is an idiot tant il s’agit de l’émotion principalement ressentie. Il y a certes bien des critiques à faire au film : ce devait être vraiment pénible de vivre avec André (et je ne dis pas ça à cause de sa maladie) et les aspects économiques des soins sont tout à fait escamotés, ce qui aux États-Unis n’est pas anodin, néanmoins le documentaire remplit son objectif, c’est-à-dire dédramatiser le discours autour du cancer de la prostate et surtout donner envie d’aller faire une coloscopie de dépistage. Franchement, si tu me lis et que tu as plus de 50 ans, tu devrais y penser, ça t’évitera de mourir comme cet idiot d’André (qui a tout de même réussi à me faire pleurer dans les 10 dernières minutes du film, j’espère qu’il est fier de lui).
Jeu de société

The 7th Citadel : le réveil de Dadachaem – Je n’avais pas ressorti cet énorme jeu d’exploration depuis l’été dernier, et puis voilà que l’achat d’une nouvelle campagne pour icelui m’a donné l’envie de m’y replonger, avec une certaine frénésie… Cette deuxième campagne de la boîte de base m’a pris comme la première, avec une fascination pour le game design condensé de l’ensemble (qui nécessite tout de même de longues plages de rangement entre chaque partie) et la façon dont, avec quelques centaines de cartes, on peut émuler un monde changeant et dynamique, qui laisse toujours envisager bien plus que ce qu’on a sous les yeux. C’est peut-être mon principal reproche après cette deuxième partie : l’impossibilité d’aller se balader comme on veut dans une carte immense, dont de très larges pans me restent inconnus (sont-ils seulement atteignables ou même inclus dans la boîte ?), sans parler des innombrables quêtes personnelles et secondaires que je n’ai eu que le sentiment d’effleurer. Et puis j’ai trouvé la conclusion de cette 2e quête assez abrupte, sans compter que l’ensemble était tout de même assez difficile (j’ai dû tricher à quelques reprises pour m’éviter trop de frustration)… Néanmoins j’y reviendrai, bien sûr !
Musique

Louis Jucker, A Pharmacy of Songs – Rien que le projet suffirait à une mention dans cette compote : un musicien helvète qui décide d’inviter des gens à venir lui parler de leurs problèmes, et de leur donner des chansons en échange, comme on délivrerait une ordonnance médicale. Et ça donnerait 50 chansons, écrites chacune en quelques heures à peine, sur un mois, le tout filmé et mis en ligne, avec même un bouquin qui va avec (et que je n’ai pas lu). Tout ça serait déjà formidable, sans même y ajouter le fait que les chansons sont nécessairement très lo-fi, mais en plus musicalement c’est assez parfait : il y a un art du hook chez Jucker qui est assez remarquable, avec des combos mélodie + paroles qui prennent immédiatement, qu’il s’agisse de complaintes rock, du punk minimaliste, de ballades intimistes, de country de coin de lit... bref des chansons quelque part entre un Daniel Johnston un peu plus énervé, un Shakey Graves qui se la pète un peu moins ou un Chad VanGaalen un peu moins zinzin. C’est difficile, sur 50 chansons courtes voire très courtes et 2 heures de musique, de me fixer l’oreille sur une chanson en particulier (celle-ci est quand même très chouette par exemple), mais cette ambiance musicale m’emporte, ce projet m’enthousiasme énormément, bref je découvre en la personne de Louis Jucker un nouveau pilier de mon temple musical.
L’arrière-queer de Milouch

Johnny, est-ce que tu m'aimerais si j'avais une plus grosse bite ? de Brontez Purnell
Face à un titre aussi qualitatif, on ne peut s'attendre qu'à un ouvrage de qualité ! Et je dois vous dire que je n'ai pas été déçue. JECQTMSJUPGB est le récit fragmenté des relations, des aventures et des déboires de son auteur. Entre coups d'un soir, ateliers d'écriture et arrière-cuisine. Un texte cru, écorché mais néanmoins sensible qui m'a pas mal fait penser à l'incroyable queue de Guiguère dont nous avions déjà parlé il y a quelques années... On pourrait aussi le rapprocher de Valencia de Michele Tea (parce que oui, pour écrire du cru nous aussi les lesbiennes on est là).
Comme souvent dans ce genre de texte, c'est une profonde mélancolie qui émerge du chaos de l'ensemble. Une lassitude qui s'exprime dans une envie furieuse de vivre. Malgré la perte de sens, le SIDA et la violence sociale.
Par ailleurs :
— Au moins deux des personnes lisant cette infolettre apprécieront cette liste des 100 meilleurs noms d’oiseaux.
— Allons nous promener lentement en Angleterre.
— Le savais-tu ? Il existe un jeu de rôle adapté d’un film de Jim Jarmusch.
— Les autres musiques de la semaine : le dub dialectal de Dubamix, le sludge qui tache de Danisco (For Beauty) et les mixtapes toujours impeccables de luvan.
Des bises
et sans doute pas de compote dimanche prochain, mais à très vite en compagnie de Secret Chiefs 3.
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