La compote de Côme #280
Nicola Sarkozy, Britney Spears et Columbo.
Jeux de rôles

Infinite Floorplan – Je ne suis pas le seul pour qui les images de Backrooms continuent de flotter dans la tête : je tombe par hasard sur ce jeu solo en une page qui propose une exploration de cet espace labyrinthique et aléatoire. Honnêtement, le jeu n’a sans doute pas beaucoup plus d’intérêt que celui de dessiner un plan bordélique et imprévu, mais comme c’est l’activité favorite de beaucoup de rôlistes, ça tombe bien non ?

Révolution – Bien sûr que c’est un peu ridicule ces étatsuniens fascinés par la France révolutionnaire, mais l’est-ce finalement plus que nous français captivés par l’univers du Western ou des grosses bagnoles ? Toujours est-il que cette fascination donne parfois des choses comme Révolution, un jeu pour simuler tu devines quoi avec une variation intéressante du système Belonging Outside Belonging (on y utilise des cartes de tarot au lieu de jetons). Sacrebleu ! Fromage !

Band-Aids & Bullet Holes – J’avais lu une version solo et démo de ce jeu il y a quelques temps sans comprendre qu’il s’agissait d’une démo de ce consiste, en gros, à jouer à John Wick en gribouillant sur des cartes à jouer. C’est très efficace (et je peux d’autant plus le dire que j’y ai joué cette même semaine !), ça va droit au but et je me retrouve maintenant avec un paquet de cartes recouvert de phrases comme « La seule solution c’est la mort » ou « Des pigeons partout », ça va être pratique la prochaine fois que je joue à la belote.

Beneath Pirate Flags – J’avais également lu une version antérieure de ce jeu, dont voici la version complète et qui consiste, en gros, à jouer à Our Flag Means Death en un poil moins queer et un poil plus onirique. C’est du Belonging Outside Belonging assez classique (à quelques détails près, notamment en termes de péripéties) mais qui fonctionne très bien et amplifie encore un peu mon envie d’aller jouer sur les sept mers !

53 jeux de rôles pour 2008 – Sans doute frappé par la canicule, j’ai eu une subite envie de relire les 53 jeux écrits par Philippe Tromeur en 2008 ; une époque où itch n’existait pas, les jeux en une page n’étaient pas encore légion, et Grant Howitt n’avait même pas commencé à en écrire un par mois. Bref, par bien des aspects le défi relevé par Tromeur était en avance sur son temps : qui d’autre aurait pensé à écrire un jeu sur Nicolas Sarkozy (clairement le meilleur de la collec’), avec un langage à moitié inventé (Zogabollo) ou sur des mamies cyperpunk (3rd Edge) ? Bon après, il faut pas se mentir : la plupart de ces jeux sont régis par des mécaniques très poussiéreuses, et beaucoup tournent autour des mêmes thèmes (le nanar, les imaginaires pulp, les flics). Et puis l’aspect visuel appartient à une certaine époque, dirons-nous… Malgré tout ça, je ne peux qu’applaudir l’ambition folle de Tromeur, cousin éloigné dans le game design !
Bandes dessinées

By This Shall You Know Him – Quand Jesse Jacobs revisite le mythe de la création de l’homme à sa sauce, bien sûr qu’il y a des trucs filandreux dégueu, des cubes et des sphères chelous qui s’imbriquent les unes dans les autres et des êtres mystiques qui flottent au-dessus de tout ça… Pas une lecture désagréable mais clairement en-dessous des autres tomes que j’ai pu lire de sa part ces dernières semaines !
Littérature

Vermis III – Old Curses and Buried Horrors – Je n’avais été qu’à moitié convaincu par Vermis II, qui reprenait le look poussiéreux et moussu de son prédécesseur en adoptant un ton plus narratif que vidéoludique, et hélas Vermis III poursuit en cette voie : on y trouve bien quelques bidules qui font penser à du (faux) jeu vidéo mais ça reste majoritairement un récit linéaire, et c’est assez dommage. Bon, visuellement c’est toujours aussi parfait, c’est déjà ça de pris !
Non-fiction

Pour Britney – J’en ai lus des livres coup de poing, mais peu m’ont fait autant d’effet que cette charge menée presque sans respirer où se mêlent les vies de Britney Spears, Nelly Arcan et celle de l’autrice ; un cri contre la sexualisation des femmes, un cri de colère et d’angoisse contre ces vies manipulées et gâchées à force de ne les considérer que comme des corps et non comme des personnes. Sur un registre plus léger, le livre réserve aussi quelques balles perdues à ce gros naze de Justin Timberlake, ce qui est toujours appréciable… Merci Camille de m’avoir mis ce petit volume entre les mains ; il me semble qu’il devrait atterrir entre toutes.

Velvetyne Saved my Life – Je suis un grand amateur des fontes du studio Velvetyne, qui peuplent pas mal de mes créations ; outre leur inventivité, j’apprécie leur goût pour l’expérimental et le libre. J’étais donc assez curieux de lire ce livre qui fonctionne comme un récapitulatif de leur évolution, et reste malheureusement un peu en surface : on y lit le témoignage de la plupart des membres du collectif et on y découvre comment certaines fontes ont été créées, mais c’est à peu près tout. Je ne saurais trop dire ce que j’attendais de plus, mais, même si le livre est beau et que si tu m’avais dit il y a 5 ans que je trouverais des polices d’écriture jolies j’aurais rigolé, j’ai trouvé qu’il manquait de quelque chose...
Séries

Columbo saison 2 – Dans ce qui est finalement une collection de films avec l’inspecteur Columbo en vedette, tu te doutes que tout ne peut pas être égal, mais j’ai tout de même apprécié de prendre mon temps avec cette 2e saison, ce qui m’a permis de ne pas être trop lassé par ses gimmicks. J’ai été aidé en cela par un Peter Falk clairement de plus en plus à l’aise avec son rôle, des guest stars qui s’éclatent et des scénarios parfois assez malins : je retiens ainsi “Étude in Black” (un chef d’orchestre assassin incarné par un John Cassavettes impeccable), “Dagger of the Mind” (une affaire dans le monde du théâtre où tout le monde cabotine à mort), “A Stitch in Crime” (surtout pour le placide Leonard Nimoy) ou encore “Double Shock” dans lequel l’inspecteur rencontre son ennemie la plus terrible : une gouvernante qui en a marre qu’il mette des cendres de cigare partout...
Spectacles

Drag Attack Wrestling: True Colors – Le grand secret c’est qu’entre le catch et le drag il n’y a finalement pas tant de différences : même costumes outranciers, même storytelling auquel on s’attache tout en n’y croyant pas vraiment, mêmes dramas qui finissent en pugilat… OK, peut-être que dans le catch sur ce dernier point on va un peu plus fort, comme dans le show vu cette semaine avec beaucoup de joie : et que je te jette dans les chaises, que j’attaque l’arbitre, que je débarque sur le ring par surprise, et j’en passe… Il y a cependant quelques différences entre DAW et les matches d’APC vus précédemment : chez Drag Attack Wrestling on se fait un peu plus de câlins et ce qui était du sous-texte queer passe à l’avant-plan, et les gros mecs virils d’APC (présents ici aussi) deviennent soudain des icônes gay sans avoir changé de slip. L’occasion aussi de découvrir quelques catcheur⋅euses délicieusement camp dont on est devenues immédiatement fans !
Films

Shrek 4 – Resté dubitatif devant Shrek 3, je le fus encore plus devant Shrek 4 qui joue avec un cliché dangereux, celui de l’univers parallèle où les personnages ont vécu une toute autre vie… « Dangereux » car si ces parallèles ne révèlent rien sur la personnalité des personnages originaux, comme c’est le cas ici, eh bien ça n’apporte pas grand-chose au schmilblick. Ajoutons-y un méchant sorti de nulle part, une intrigue pas franchement passionnante et un soupçon de grossophobie, et on aboutit à un film assez ennuyeux… Allez, je reconnais au moins à la VF la très bonne idée d’utiliser des chansons bien françaises quand l’âne pousse la chansonnette, ce qui fonctionne très bien !
Jeu de société

Le Petit Théâtre – J’ai acheté ce jeu en pensant qu’il s’agissait d’une version de Baba is You pour enfants ; j’avais tort sur le second point et pas tout à fait sur le premier mais Le Petit Théâtre reste un très bon jeu de puzzle, qui comme l’ami Steve l’a fait remarquer consiste principalement à réussir à déplacer les bonnes cartes au bon endroit. Le jeu repose un tout petit trop sur le hasard des cartes piochées en début de partie, et on en fait rapidement le tour (divulgâchage : pas de mécanique permettant de rejouer une fois tous les chapitres complétés), mais une expérience courte, novatrice et maligne vaut mieux qu’un long truc qui s’embourbe !
Musique

The Oh Hellos, Through the Deep, Dark Valley – The Oh Hellos comparent eux-mêmes ce disque à un album en pop-up et on comprend pourquoi, avec cette première piste qui comme souvent donne le ton : folk à base de guitares rythmiques et chœurs ensoleillés (féminins ou masculins) mariés à des inserts plus langoureux, il y a en effet quelque chose de la page qui se déploie et laisse se développer des décors de papier. C’est de la musique qu’on imagine bien chanter à tue-tête à la sortie d’un bar, dont le rythme endiablé incite à courir et à danser, et avec (évidemment, on est chez Côme Martin !) une bonne dose de mélancolie. Il n’y a rien dans tout cela de fondamentalement original et certaines chansons te rappelleront peut-être d’autres mélodies entendues ailleurs ; pas grave, je me suis laissé séduire par l’ambition épique de tout cela...
L’arrière-queer de Milouch

Le mouvement féministe est un complot lesbien
Il y a un petit mois, c'était le SLAP, le festival d'édition féministe de Montreuil.
Je m'y suis évidemment rendue et malgré un atelier d'écriture très moyen y ai trouvé des livres très chouettes, dont celui-ci : Le mouvement féministe est un complot lesbien !
C'est une anthologie de textes lesbiens des années 70 et c'est hyper intéressant.
On y sent tous les questionnements qui ont traversé ces années-là : séparatisme lesbien, questions de classe, questions de race, rapport avec un féminisme plus institutionnel... Chaque texte est une plongée dans le monde lesbien bouillonnant de cette époque.
Si un grand nombre de thématiques qui y sont abordées font encore aujourd'hui l'objet de discussions dans nos milieux, ce qui m'a frappée c'est la présence constante d'une perspective révolutionnaire.
Les textes portent en eux cet espoir radical d'une révolution. Espoir qui est souvent absent de nos textes plus modernes. Une forme de bascule du révolutionnaire au développement personnel peut-être ? On pourrait d'ailleurs penser que la publication de ces textes de fanzines dans une aussi belle édition que celle produite par Rotolux (cœur sur vous néanmoins) accompagne ce mouvement. Une transformation de l'objet de lutte en objet d'art finalement.
Est-ce souhaitable ?
La publication sous des formes plus pérennes n'est-elle pas aussi un moyen de conserver et de diffuser ?
Autant de questions que je vous laisse ouvertes !
Le mass et la plume

J'ai lu M.A.S.K — Energon Universe (Image Comics). Je ne connaissais pas l'Energon Universe d'Image Comics. Je sais qu'il y a GI Joe et les Transformers dedans — toutes les franchises qui étaient à la mode quand j'étais ado. Et j'avoue que c'est la nostalgie du dessin animé qui m'a poussé à acheter le premier volume de cette nouvelle série : M.A.S.K, vous savez, les personnages avec des masques qui conduisent des bolides de fou.
Parlons d'abord de la forme. Pye Parr, l'artiste, fait du travail correct. On est typiquement dans du comics classique sans prise de risque — efficace, j'ai envie de dire.
Le fond : difficile de faire une analyse sur un seul tome d'une trentaine de pages. On présente les forces en présence, l'objectif des méchants, c'est à peu près tout. Mais c'est bien fait, avec des moments assez classes. J'ai la couverture de Cédric Poulat, un Français — la seule couverture un peu « pin-up » du lot, pas vraiment un choix de ma part, c'était la seule qui restait. Dans tous les cas, j'achèterai le tome 2.
Et toi

Cédric : Widow's Bay
Cette série Apple de 10 épisodes a initialement attiré mon attention en pensant qu'elle allait peut-être servir d'inspiration pour Brindlewood Bay. Oui. Mais non. Mais oui... L'action se déroule sur une île fictive de la Nouvelle-Angleterre qui peine à survivre. Son maire tente désespérément d'attirer des touristes, mais il fait face à un problème de taille : l'île est maudite. Absurdement maudite. Et à l'instar d'une anthologie d'horreur, chaque épisode de la saison va mettre en scène un scénario classique des histoires de peur : le brouillard qui fait disparaître les marins, l'auberge hantée, le grimoire qui rend fou, le croque-mitaine... Le tout en gardant une cohérence narrative via le thème central de la série : l'île est maudite.
La distribution est fabuleuse, Matthew Rhys (que j'avais découvert dans The Americans) incarne un maire pleutre qui est constamment dépassé par les événements. Son assistante Patricia est sublime de maladresse sociale. Le vieux Wyck semble tout droit sorti d'un scénario de Cthulhu... Et chose surprenante, le ton est en fait à l'humour noir. La série est remplie de moments délicieusement absurdes sans que les gags soient appuyés. Il faut dire que la créatrice de Widow's Bay (Katie Dippold, comme dans deep et old, deux adjectifs très lovecraftiens) est une ancienne scénariste de Parks and Recreation.
Bref, comme les touristes qu'essaye d'attirer le maire, laissez-vous tenter par cette île à part. Son passé calamiteux vous réjouira. Qui pis est, les épisodes font entre 30 et 45 minutes, tout est fait pour que votre visite soit efficace. C'est la meilleure série de cette première moitié de 2026, pour moi.
Par ailleurs :
— Chouette, une nouvelle infolettre de Tony Papin ! L’occasion d’écouter Homer Simpson chanter, se perdre dans le Bas-Rhin aléatoire, regarder un soap opera avec du chewing-gum, apprendre comment décider du nom d’un lieu ou encore se réunir en petits ateliers à Bruxelles et ailleurs...
— Franchement le « W » c’est une lettre chelou, tout le monde est d’accord.
— À propos d’alphabet, il y a une instance du Fediverse qui ne contient aucune lettre « e » car ce monde est un peu magique.
— Zoooooooooooom.
— Le monde manquait d’un générateur d’insultes de Luther, non ?
— Les autres musiques de la semaine : sonneries de téléphone avec Disasteradio, voyage astral avec Ryley Walker et Kikagaku Moyo, et DJ set avec DJ Shadow.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Dashiell Hedayat.
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