La compote de Côme #278
Des gobelins, des monstres-loups et un ogre.
Jeux de rôles

Gloam – Il me faut commencer par dire que Gloam est superbe, sa fiche de personnage en particulier un formidable hommage à la fois aux récits chevaleresques et aux JdR d’antan. La beauté ne faisant pas tout, c’est aussi un de ces jeux qui utilisent le tarot de façon intéressante (avec un soupçon de Burning Wheel, pour celleux qui sachent), à défaut d’être particulièrement originale, et s’il met un peu trop d’emphase sur le combat (pour changer…) il se débrouille tout de même pour fournir aux personnages des raisons d’aller parcourir le vaste monde et d’user de magie et d’épée contre les ennemis, sans compter ses classes plutôt bien fichues !

Out of the Fold and other games – Voilà un pitch sexy : on s’échappe d’un QG magique parce qu’on n’en peut plus de tous ces magiciens, et on va utiliser la magie pour ça. Avec des cartes à jouer, évidemment. Le jeu exsude sa coolitude à toutes les pages et, comme souvent avec les jeux de Kayla Dice, parvient à transmettre beaucoup en peu de pages (même si le texte est parfois un peu trop dense), avec une mécanique bien pensée et un déroulé de partie qui nous prend par la main. En plus de tout ça existe une version du fichier qui y ajoute 3 jeux à base de cartes plutôt variés, comme quoi ce n’est pas toujours la banque qui gagne !

Noces gobelines – Parfois te tombe comme ça entre les mains un jeu parfait : horriblement laid, mis en page avec les pieds, complètement crétin, avec des règles qui n’ont pas beaucoup de sens, mais tout ça de façon 100 % volontaire et en assumant tout. Noces gobelines, c’est un peu une version de mon Attaque des 412 clones qui aurait fumé beaucoup trop de weed et collé des moustaches sur tous les dessins, et que dire de plus à part que j’en ai adoré chaque mot ? Mention spéciale aux tables aléatoires parce que c’est bien la première fois qu’un jeu me fait rire aux éclats avec des tables aléatoires !

BeTween – Bon alors on ne va pas se mentir, ce jeu n’est pas très beau, mais tu auras compris que ma relation à la beauté est ambivalente. Surtout que derrière un vernis bof bof se cache un vrai bon jeu, dont l’atmosphère nostalgique autour du passage à l’adolescence n’est pas sans rappeler un de mes jeux (entre autres parce nous sommes loin d’être les seul⋅es à avoir bossé là-dessus !). Là où BeTween se démarque, c’est avec son système à base de polaroids (mais si) qui, malgré une complexité pas forcément nécessaire (mais c’est peut-être dû à une version non finalisée des règles) fonctionne bien, et même très bien avec un épilogue prompt à mettre les larmes aux yeux.

Soggy – Comme avec Noces gobelines, on a ici un jeu délibérément moche et mal fichu mais dans un but radicalement différent : car sous couvert d’un pitch absurde (tu joues une créature qui est aussi un objet ménager) c’est en fait un jeu solo qui parle de handicap (sans beaucoup le cacher, en réalité) et qui tape incroyablement juste et dur dans les différentes amorces qu’il te fait traverser. La fin du jeu, en particulier, m’a mis une jolie gifle en termes de game design, mais je m’en voudrais de t’en dire plus ici…

Dulcet Devilry Records – Voici un jeu solo avec une étrangeté hélas pas si rare sur itch : les belles illustrations qui émaillent la page du jeu ne se retrouvent pas dans ses pages ! Dommage, et ce n’est qu’en partie rattrapé par la chouette mise en page d’un jeu qui mêle l’industrie musicale des années 1960 et une enquête sur un tueur en série, parce que pourquoi pas. J’apprécie, comme pour d’autres jeux solos relevés ici, qu’il y ait un vrai système de jeu derrière tout ça et pas juste une collection d’amorces narratives...

Le Village des eaux hautes – Je ne sais pas tout à fait quoi penser du solarpunk, mouvement de constructions fictionnelles un peu trop optimiste à mes yeux, mais je pense beaucoup de bien de l’éco-féminisme et je suis ravi qu’une association s’empare du jeu de rôle pour faire porter son message. Quand en plus le jeu en question utilise les mécaniques du système Belonging Outside Belonging et cite les créations de mon amie Melville pour ça… Certes, le jeu n’a rien de révolutionnaire, mais il est joli, très bien écrit avec des débutantes en tête, et si quelqu’un commençait le jeu de rôle avec ça ce serait franchement génial !
Bandes dessinées

Creased Comics – L’humour absurde est sans doute celui que je préfère, et si Brad Neely n’est pas Gary Larson ou les Monty Pythons, il se défend très bien avec ce recueil de dessins un peu tremblants et qui se déguste lentement, tant chaque planche nécessite quelques minutes pour pleinement apprécier son non-sens total. D’ailleurs attention, certains dessins ont presque un sens et sont presque drôles en tant que tels, c’en est presque dommage...

Poulet aux prunes – Le décès brutal de Marjane Satrapi la semaine dernière, alors que j’étais en pleine lecture de Poulet aux prunes, donne évidemment à la bande dessinée un goût amer ; d’autant plus que c’est un récit qui aborde frontalement la question d’un homme qui choisit de se donner la mort par manque de goût envers la vie. Comme souvent chez Satrapi, on alterne les moments d’humour grinçant et d’humanité déchirante, avec une construction narrative par à-coups qui fonctionne très bien pour épaissir cette histoire quasi-théâtrale. Je n’avais jamais lu Poulet aux prunes jusqu’à aujourd’hui et je crois que c’est, notamment de par son économie, mon histoire préférée de l’autrice.

Baby in the Boneyard – Je continue ma lente découverte de l’œuvre de Jesse Jacobs avec ce récit court, sombre et prenant, qui raconte avec une plume punk comment un bébé est adopté par une tribu de monstres-loups vivant à la surface d’une planète dévastée. C’est très sombre, plein de trucs déformés et de trous, avec un ton presque détaché qui vient parachever l’ensemble ; une maestria bien différente de celle de Crawl Space mais tout aussi efficace.
Littérature

Misery – J’ai déjà croisé quelques romans dans l’œuvre de Stephen King qui n’étaient pas terribles, et j’en croiserai d’autres, mais il faut reconnaître que ses œuvres les plus portées aux nues le sont pour une raison. Pour preuve ce Misery, qui souffre comme souvent de quelques lourdeurs et tics énervants, mais dont l’économie du huis-clos avec seulement deux personnages (ou presque) fonctionne extrêmement bien. On se doute assez vite de comment ça va finir, ce qui ne nous empêche pas de tourner les pages pour savoir à quel point les choses vont mal tourner d’ici là…

Mon vrai nom est Elisabeth – J’aime bien découvrir des choses un peu après que leur hype soit redescendue, ça me permet de les aborder avec plus de recul ; ainsi ce récit autobiographique sur la folie qui se vendait comme des petits pains l’année dernière. Je lui reconnais un sujet poignant et un récit qui oscille assez admirablement entre enquête personnelle et recherche universitaire. Néanmoins, j’admets avoir été un peu rebuté par le style du livre que j’ai trouvé un peu plat et qui se contente parfois un peu trop de tourner autour du pot : Adèle Yon nous parle de ses propres troubles mentaux et relationnels, évoque des expériences professionnelles difficiles, mais on n’en saura au final quasiment rien. Non que je n’ai pas été touché par ce livre, mais justement j’aurais peut-être aimé qu’il fasse un peu plus de place à l’émotion...

Faust Eric – J’avais un souvenir assez mou de cet opus du Disque-monde, plus près de la novella que du roman, et ma lecture m’a confirmé qu’il s’agit d’un des volumes les moins intéressants de la saga. On y retrouve, en réalité, les facilités des premiers tomes, avec des personnages baladés d’un tableau à l’autre sans beaucoup de lien entre chaque et des gags un peu éculés (y avait-il vraiment besoin de fournir une deuxième parodie du monde gréco-romain après Pyramids ?). Bien sûr, rien de tout ça n’est 100 % mauvais, ça demeure du Pratchett, mais du Pratchett un peu flemmard.
Série

Taskmaster saison 21 – Ces dernières saisons de Taskmaster, qui enchaînent les bangers, me font vraiment l’effet de découvrir chaque fois la nouvelle bande de pote avec laquelle tu vas passer deux mois et demi à rigoler. Ça n’a pas manqué cette fois-ci, avec la superstar, la meuf complètement zinzin, le vieux qui s’éclate et aussi un labrador sous forme humaine ! C’est sans doute l’une des saisons de Taskmaster les plus lumineuses et débordantes d’énergie, et vraiment quel pied ça a été, de bout en bout. Tâches préférées : l’œuf, bien sûr, mais aussi l’escalier aux lettres, le combo grognement-bruit de pet-sifflement et les balles roses et bleues.
Films

O Agente Secreto – Chaque semaine je me fais avoir, je pars avec l’envie de regarder un petit film rigolo et je me retrouve devant un film long et exigeant… Pas que ce thriller brésilien qui a raflé beaucoup de prix l’année dernière ne soit pas agréable à regarder : le charme des années 1970, de la musique brésilienne et des acteur⋅ices charismatiques opère et je n’ai pas trouvé les 2h40 du film trop trop longues. J’ai néanmoins eu du mal à rester accroché à l’intrigue jusqu’au bout : elle prend beaucoup de détours, mélange une critique de la corruption politico-policière de l’époque à une réflexion plus générale sur les archives et ce qu’elles véhiculent d’une époque, et on s’y perd parfois un peu. Les premières et dernières scènes du film illustrent bien ce phénomène : la scène d’ouverture n’a que peu de rapport avec le reste mais installe très efficacement l’ambiance qui va suivre, là où la scène de fermeture prend le parti de couper court à nos attentes et nous balancer notre frustration en plein visage.

Shrek le troisième – J’avais lu quelque part que le 3e opus de Shrek n’était pas terrible, mais c’était peut-être à propos du 4e car je m’y perds ? Quoiqu’il en soit, je l’ai personnellement trouvé bien au-dessus du 2e épisode : il n’y presque plus de clins d’œil à la pop culture et beaucoup plus à la pléthore de contes et d’histoires qui forment le tissu de cet univers, ce qui passe beaucoup mieux. Il y a aussi de chouettes scènes qui parviennent à renouveler un peu la saga, telle cette revanche des princesses qui a ravi ma fille et une scène de cauchemar plutôt réussie… Bon, je me demande tout de même si une histoire autour de l’angoisse de la paternité est la meilleure façon de divertir des enfants, mais qu’y connais-je après tout.
Jeu vidéo

Crypt Custodian – Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu du mal à accrocher à un jeu (vidéo) dernièrement ; ça faisait longtemps que je n’avais pas allumé ma Switch et Terra Nil, dernier jeu testé dessus, ne m’a pour l’instant que peu convaincu. C’était sans compter sur Crypt Custodian, que j’avais commencé il y a des mois et dans lequel je me suis jeté sans relâche cette semaine, explorant le moindre recoin de son petit univers alliant jeu de plateforme/combat et metroidvania de manière très maligne. Rien n’y est jamais trop ardu : avec toujours plusieurs chemins possibles en parallèle, il suffit d’aller farmer un peu plus loin si un boss nous pose trop de soucis. La vraie force du jeu c’est ainsi sa carte extrêmement étendue et ses multiples power-ups qui permettent d’y aller à son rythme et de la façon qu’on choisit, jusqu’à un final juste ce qu’il faut en termes de difficulté.
Jeu de société

Spooky Tower – Très bon conseil du vendeur de Trollune que ce Spooky Tower qui pourrait, à première vue, ressembler à une sorte de Miniville pour enfants, avec ce principe de lancer deux dés pour choisir une carte parmi trois résultats (premier dé, second dé, addition des deux). Mais le jeu a d’autres atouts dans sa manche, à commencer par une tour à dé qui a forcément enchanté Madeleine, mais aussi un aspect « gestion de risque » plutôt pas mal pensé et une durée de partie relativement (voire même « surprenamment ») courte… sans parler de son thème, évidemment !
Musique

Radiohead, OK Computer – Y en a qui disent que OK Computer c’est la mort du rock ; je ne suis pas là pour leur faire voir leur grossière erreur mais pour affirmer que c’est la fête à la reprise. Car au-delà de la beauté froide de l’album original, mille autres façons de l’apprécier existent… Déjà, il y a pléthore de reprises de chaque chanson de l’album : en prenant “No Surprises” pour exemple, je pourrais par exemple citer Regina Spektor, Amanda Palmer, ou bien Brian Hunt… Mais pourquoi se contenter d’une reprise quand c’est tout l’album qu’on peut transformer ? On peut le jouer (mal) à la guitare acoustique en chantant (mal) dans sa chambre ; avec des cuivres vraiment mal embouchés ; avec un orchestre de jazz ; avec un petit orchestre symphonique ; en version MIDI ; en version 8-bit ; en version Nintendo 64… Et pourquoi pas en version dub ? Et pourquoi pas entièrement bruité à la bouche ? Ou encore, tant qu’on y est, avec des versions démo du groupe lui-même… Et si t’as pas le temps, tu peux toujours l’écouter en 4 minutes, ou même en 2. Bref, la marque d’un grand album est sans doute sa malléabilité totale, et de ce point de vue on ne peut nier les traces que OK Computer a laissé derrière lui...
L’arrière-queer de Milouch

Le Royaume des ex par Christine Gonzalez et Aurélie Cuttat
Rappelez vous, c'était il y a plusieurs mois, je vous parlais de l'incroyable podcast : Voyage au Gouinistan de Christine Gonzalez et Aurélie Cuttat.
Et donc il y a quelques semaines, j'ai pu me plonger dans une nouvelle saison de ce podcast : Le Royaume des ex.
Est-ce le hasard si j'ai sorti mon dernier jeu qui traite de ce sujet, Elle s'est évaporée, en même temps ? Peut-être...
Au travers d'une dizaine d'épisodes, les deux journalistes nous livrent donc des témoignages de vies post-rupture, des ex qui vivent ensemble, des ruptures vécues de l'intérieur…
Il y a des couples queer mais aussi des héteros, des clichés lesbiens #meilleureamieavecmonex et des constructions familiales que je ne pensais pas possible.
Bref, une documentation tendre, originale et inventive sur ce sujet souvent vu comme douloureux. On y croise de très belle choses et des perspectives pour construire !
Le mass et la plume

J'ai écouté Lauren Sanderson, “Come Say Sum” (feat. Fred Durst). J'ai toujours été comme cet homme qui demandait à un passant s'il connaissait une auberge où l'on pourrait écouter des troubadours mêlant rap, rock et ritournelles de variété. À la fin du siècle dernier, le miracle a eu lieu et j'ai pu connaître ces troubadours.
Malheureusement, le temps passant, tout cela est devenu obsolète comme toutes les modes. Mais l'un de ces troubadours, qui traîne encore ses guêtres de festival en festival, a accepté la proposition d'une chanteuse de rap de poser sa voix sur un morceau déjà existant.
Et voilà que le chanteur de Limp Bizkit se retrouve dans ce clip aux côtés de Lauren Sanderson, chanteuse de pop, R&B et rap qui revendique une musique militante et sans détour.
C'est tout ce que j'aime : de l'énergie, du rock, du rap. J'aimerais voir plus de productions dans ce style. Le clip est ici, faites-vous votre propre idée. Je me suis aussi un peu intéressé au dernier album de la jeune femme et c'est pas mal du tout — plus rap, certes, mais avec une vraie base rock qui transparaît quand même.
Par ailleurs :
— Regarder autre chose que des poissons dans une webcam : plein d’animaux dans une webcam.
— Avec un retard non négligeable, je suis tombé dans le puits des vidéos d’Anne Laplantine. C’est le plus souvent extrêmement étrange et puis des fois, gros banger musical.
— Et si tu créais ton propre fromage ?
— Les autres musiques de la semaine : les ritournelles bourdonnantes de La Nòvia, la folk tranquille de John K. Samson et Jonathan Rado reprenant McCartney.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de The Weakerthans.
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