La compote de Côme #277
Des bisous, une machine à laver et la mort du rock.
Jeux de rôles

Baka Mitai / Odyssey Aquatica – Après ma (re)découverte d’Agon, je me suis rendu compte que le jeu avait inspiré pas mal de hacks diversement intéressants, et c’est par là que j’ai commencé mes lectures de la semaines ! En l’occurrence, j’ai constaté qu’avec exactement la même ossature mécanique, on pouvait raconter des histoires de yakuzas qui dansent le disco, ou se refaire l’odyssée du capitaine Cousteau. Deux salles, deux ambiances mais une même volonté d’étirer (dans le temps d’une vie, ou dans l’espace d’une ville) des aventures épiques à leur propre niveau.

Kissblade – Ce serait assez facile d’écrire que Kissblade est un jeu complètement zinzin, qui décide d’imaginer avec sérieux un monde où les baisers sont une monnaie d’échange et se donnent entre n’importe qui, et n’importe quoi ; un monde où un vrai baiser lie deux entités entre elles de façon irrémédiable, et où on peut emprunter les bonus aux dés des PJ à qui on a fait des bisous. Mais ce serait oublier que je commets assez régulièrement des jeux tout à fait aussi zinzins et avec autant de sérieux, donc je ne vais pas écrire tout ça.

Mulholland Kittens / Night Shift – Le week-end dernier c’était la convention OctoGônes, qui (je l’ai déjà dit) ne se déroule plus en octobre ni dans le quartier des Gônes, n’importe quoi. En tout cas c’était l’occasion de croiser plein de copaines et de belles personnes, par exemple les potos de Pattern Recog qui derrière leur façade de vieux punks sont de vrais tordus sensibles, la preuve avec cette petite collection autour d’un même système : dans les deux premiers volumes, il est question de chats qui réconfortent leurs propriétaires au 36e dessous, et d’humains qui travaillent la nuit et se rassemblent autour de mystères qui leur permettent de penser un peu à autre chose. Franchement, moi je n’ai qu’une hâte c’est que la suite de la collection arrive...

Deux adelphes – Autre jeu, autre rencontre, celle de Sélène qui m’a très gentiment offert son jeu pour mon anniversaire-en-retard ! C’est une variante sur le modèle de For the Queen, avec des questions à se poser entre deux adelphes, mais avec un twist qui fait mal : à chaque carte, on peut choisir une question anodine, histoire de garder la conversation en surface, ou décider de poser les vraies questions, celles qui amèneront de la douleur et des larmes mais aussi, sans doute, une forme d’apaisement. C’est venu taper dans un coin très précis de ma psyché, peut-être parce que le jeu venait au bon moment, mais il m’a beaucoup touché.
Bandes dessinées

Crawl Space – L’ami Guillaume m’a fait découvrir l’œuvre de Jesse Jacobs, dont j’avais déjà croisé les couvertures sans oser m’y plonger… Eh bien c’est fait, mais j’ai décidé de prendre mon temps au lieu de tout dévorer, et les planches psychédéliques qui ouvrent Crawl Space le méritent bien (non mais mate cette couverture !). Cela donne donc de magnifiques planches mais aussi une histoire assez douce sur l’adolescence et les rencontres qu’on peut y faire, y compris à la recherche de nos propres émotions à l’intérieur d’une machine à laver (non mais je te promets que dans le contexte ça fait sens !).
Littérature

Le Labyrinthe des jours ordinaires – Je ne sais plus trop comment je suis tombé sur ce livre d’un auteur OuLiPien parlant de labyrinthes, une double promesse alléchante s’il en est une ! Hélas, ma lecture n’a pas été à la hauteur… Le livre saute entre deux intrigues et un discours savant un peu fictionnalisé, sans qu’aucun de ces 3 fils ne soit particulièrement passionnant à suivre, voire même parfois relevant de l’accumulation de clichés un peu faciles qui auraient plus eu leur place dans un ouvrage de SF des années 50. Je comprends que ça fait partie de l’exercice de style, mais il ne m’a pas convaincu… Bon, au moins j’ai appris comment dessiner facilement un labyrinthe crétois !
Séries

The Boys saison 5 – Apparemment cette ultime saison de The Boys a été descendue en flammes par les internettes ; je dois admettre qu’elle m’a, pour ma part, tout à fait satisfait, mis à part en effet un final un peu rapide et quelques sous-intrigues clairement là pour servir de passerelles vers les différentes séries sœurs de ce qui est à présent une franchise. Ces remarques mises à part, la série reste toujours aussi cynique et violente, avec un regard désabusé sur le pouvoir, même lorsqu’il n’est pas super… Ça ne vole pas très haut, c’est souvent assez facile, mais ça m’a diverti jusqu’au bout !
Films

Weapons – Si un film nous surprend tout du long par les décisions narratives qu’il prend, cela est-il un indice sur sa qualité ? J’en sais rien mais le fait est que Weapons, vendu comme un film d’horreur avec des enfants disparus, est un peu ça… Mais beaucoup d’autres choses aussi : c’est un récit choral, qui parle plus de l’incapacité d’une ville à se confronter à l’inexplicable ; c’est par moments un film aux accents plus mystérieux que flippants ; c’est aussi, vers la fin, presque une comédie grotesque. Le changement brutal de ton a fini par avoir raison de moi mais c’est certain que le film n’était pas ce à quoi je m’attendais...
Musique

Canari, Portés Disparus – Franchement, c’est difficile de ne pas avoir envie de se déhancher dès le premier titre de ce nouvel EP de Canari : avec ces rythmes de batteries et de basse qui se mêlent, c’est presque de la science exacte. Les trois titres suivants déconstruisent presque cette première envolée : un long rayon de soleil, une facétie a capella, un moment de chaleur intense… Et comme Canari ne suit aucune formule, on enchaîne tout ça avec quelque chose qui ressemble à une ballade que ne renieraient pas les Innocents, mais qui mute vers de la pop plus proche de Malajube. Au final, comme Canari c’est Canari et pas les autres, on est quand même là pour danser et laisser la musique nous liquéfier. Moi, une musique dont la formule se résume à nous faire bouger malgré la chaleur, je ne peux qu’applaudir...
Le mass et la plume

J'ai écouté Iron Maiden Il m'arrive parfois, pour diverses raisons, d'écouter en boucle un chanteur ou un groupe. Je l'avais fait avec Radiohead : après une discussion sur la mort du rock avec Côme, je m'étais passé OK Computer en boucle pendant des semaines pour vérifier que je ne disais pas n'importe quoi. Je persiste et je signe, c'est bien ce groupe qui a signé la mort du rock. Je l'avais fait aussi avec Bad Bunny pour comprendre l'engouement autour de cet artiste, que j'avais découvert lors de la polémique de son apparition au Super Bowl.
Cette fois, c'est mon pote JP qui me propose d'aller voir Iron Maiden en concert. J'accepte avec plaisir, sauf que je n'avais jamais vraiment écouté ce groupe pourtant très connu. Ni une ni deux, JP me concocte une playlist des plus gros tubes qui seront joués pendant le concert — parce que oui, le groupe va jouer les classiques de jeunesse qui l'ont fait connaître.
On se projette donc directement dans les années 80. Du hard rock — oui, je l'appelle ainsi, même si Iron Maiden a sa propre catégorie dans les innombrables cases de l'univers métal : la New Wave of British Heavy Metal. Pas de growl, pas de double pédale : on est à la naissance du métal. La voix mêle grave et aigus, les solos de guitare sont tranchants, les morceaux peuvent durer plus de treize minutes. On parle du diable (The Number of the Beast), on croise Edgar Allan Poe avec Murders in the Rue Morgue, et on trouve aussi des chansons engagées comme Run to the Hills, qui raconte la colonisation des États-Unis et le génocide perpétré par les colons.
Mon virage rock a eu lieu au début des années 90 et je suis donc passé complètement à côté d'Iron Maiden. Malgré — ou peut-être à cause de — leur iconographie très reconnaissable, vous savez, cette espèce de mort-vivant qui a même un petit nom, Eddie, la curiosité ne m'avait jamais poussé à les écouter. Et je m'aperçois que c'est dommage, parce que c'est vraiment pas mal. Parfois un peu trop dans ce trip « on est des rebelles, on aime choquer », mais l'écoute est intéressante et déjà quelques chansons sortent du lot.
Je vais aller à ce concert avec curiosité, même s'ils ne doivent plus être tout jeunes. Je vois déjà les quinquas avec leur veste en jean et Eddie floqué dans le dos.
Je vous conseille vraiment si vous aimez le hard rock — oui, je sais, c'est du heavy metal.
Par ailleurs :
— Une bien belle casquette.
— Les autres musiques de la semaine : le punk sarcastique de Femcel, les machins musicaux de Parish Council et l’électro qui tape de Deschannel.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Claire-Marie Bronx et Charly Voodoo (merci Camille!).
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