La compote de Côme #276
Un jeu méta, un livre méta et un film méta.
Jeux de rôles

This Ends Here – Qui a besoin de se taper tout un film d’action, quand on sait que la dernière séquence va être la plus incroyable en termes d’action ? Voilà en gros ce que propose This Ends Here : jouer un combat final, sans tout le reste avant. Pour l’instant, le tout n’est guère plus qu’un squelette bien robuste, sur lequel il va falloir mettre pas mal de chair, mais c’est prometteur !

Agon – J’ai longtemps reculé devant Agon, jeu d’aventure épiques et gréco-romaines, à cause d’une partie qui ne m’avait pas convaincu et la crainte d’un système un peu trop mécanique. Mes craintes ne se sont pas tout à fait apaisées à la lecture (il y a tout de même un peu trop de dés dans cette affaire…) mais Agon s’est révélé plutôt agréable à prendre en main et une bonne source d’inspiration pour quiconque est intéressé.e par la perspective d’envoyer des héros d’île en île avec des dieux sur leur épaule...

Lonely Patrons – OK, OK, je comprends tes bonnes excuses pour ne pas créer un JdR… Mais quelles sont tes bonnes excuses pour ne pas jouer un.e créateur.ice de JdR qui parcourt le monde à la recherche de client.es et crée des jeux taillés sur mesure, hmm ? Ce qui est le plus amusant avec Lonely Patrons c’est qu’au-delà de ce pitch tout de même assez perché, on est en présence d’un jeu solo finalement plutôt classique, avec un joli style visuel, plein de tables aléatoires, et c’est à peu près tout ma foi...

Elle s’est évaporée – Sans grande surprise, le dernier jeu de Milouch est une masterclass absolue, et je ne dis pas ça parce que c’est un hack d’un des miens, au contraire presque : elle a su prendre la matière de mon petit jeu et en faire un objet matériellement superbe, littérairement impeccable, ludiquement génial. Il fallait oser enlever la couche de vernis fictionnel de mon jeu pour en faire quelque chose de plus viscéral autour de la fin d’une relation, un jeu qui ne retient ni ses coups ni ses larmes ; quand tu vois ce que Milouch est capable de faire en 2 pages, je me dis qu’on n’est pas prêt.es du tout pour son prochain banger grand format ! Et si tu lis cette compote le jour de sa sortie, et que tu es près de Lyon, précipite-toi à Octogônes, on a plein d’exemplaires sur le stand du Rayon alternatif...
Littérature

Exemplaire unique – Évidemment, le plus remarquable dans ce roman c’est sa forme : d’abord un livre plutôt standard, mais tout de même partagé entre un récit policier assez compliqué et deux récits de rêve presque incompréhensible ; et puis un étui contenant cent fins différentes audit livre, fins qu’il convient en réalité de lire toutes pour y voir plus clair dans l’enquête et comprendre que tout était dit depuis le début. C’est donc un récit pluriforme, qui ne cesse de se perdre dans diverses méandres tout en revenant encore et encore sur ses pas, qui m’a perdu autant qu’il m’a enchanté ; je ne sais toujours pas tout à fait ce qu’il m’a raconté, mais il l’a fait de fort belle façon.

Guards! Guards! – Il n’y a vraiment que Terry Pratchett pour parvenir à écrire un roman combinant de grosses louches d’humour avec des passages sacrément sombres, peut-être plus sombres encore que dans les opus précédents du Disque-Monde, le tout avec un dragon et, comble de l’improbable, des flics sympathiques ! Un très bon cru donc que ce 8e livre, qui marque le début d’une branche très appréciée de la saga, y compris par ton serviteur...
Séries

Dopamine saison 2 - On s’est rendu compte qu’on avait loupé toute une moitié des vidéos de la petite série documentaire d’Arte entièrement bâtie avec des machins tirés de banque d’image, et quoi de plus immédiat pour filer de la dopamine que de finir une liste de courtes vidéos ? Alors hop, voilà qui est fait, et qui nous a permis d’en apprendre un peu plus sur le monceau de stratégies dégueulasses qu’utilisent tout un tas de sites pour nous rendre captif⋅ves et accro. On a beau le savoir, ça ne suffit pas pour s’en prémunir...

Good Omens saison 3 – Forcément, quand tu réduis toute ta dernière saison en un gros épisode de 90 minutes parce que ton showrunner est une immonde merde et que plus personne ne veut bosser avec lui, ça va laisser des traces ; en l’occurrence, on sent bien que d’énormes coupes ont été faites dans l’intrigue de cet ultime tour de piste, et de très, très larges pans de l’histoire sont expédiés vite fait bien fait, voire même pas résolus du tout. On peut en sauver quelques performances ici ou là, et bien sûr l’alchimie redoutable entre David Tennant et Michael Sheen, dont les personnages sont terriblement attachants et parviennent à offrir à la série une conclusion qui fait à peu près le job.
Films

Chicken Run: Dawn of the Nugget – Je me souviens avoir été un peu dur après mon premier visionnage de cette suite à Chicken Run, que personne n’attendait et qui, il est vrai, se contente un peu du minimum : c’est beau, c’est rigolo, mais on n’y retrouve pas l’humanité du premier volet, sans que je m’explique tout à fait pourquoi… Peut-être parce que l’hommage aux films d’espionnage des années 1960 est un peu trop appuyé et ne permet pas vraiment d’explorer les relations entre les personnages ? En tout cas, Madeleine a aimé, surtout le passage avec le pop-corn me souffle-t-elle à l’oreille, et c’est déjà ça.

De zee die denkt – Réaliser un film qui parle d’être un film qui parle de la philosophie autour du fait d’être, ç’aurait pu être incroyablement pompeux, ennuyeux, ou les deux… The Sea That Thinks (le titre en anglais du film) évite plutôt bien ces écueils grâce à tout un tas de pirouettes visuelles et sonores et un jeu méta qui est parvenu à me tenir tout du long, des débuts énigmatiques du film à sa fin presque poignante. Dommage que le réalisateur semble n’avoir rien fait d’autre de substantiel, car c’est le genre de films qui aurait pu annoncer une carrière riche de films chelous !
Jeu vidéo

Carrot Kingdom – Je suis tombé par hasard sur ce Metroidvania de très bonne facture, qui tient autant du jeu de plate-forme que du jeu de puzzle ; vraiment court, il enseigne ses propres règles avec une folle élégance qui se laisse encore plus apprécier à sa 2e partie… Mais je n’en dis pas plus, si tu as un quart d’heure devant toi ça vaut le coup de le prendre pour jouer à ce jeu !
Podcast

La Maison, 7 impasse Baudelaire – Quand l’amie Jessica m’a parlé de ce feuilleton je me suis dit « chouette, un truc un peu comme Here de Richard McGuire ou certaines planches de Building Stories de Chris Ware, on va suivre l’histoire d’une maison à travers les années ! ». En fait pas du tout, on y suit surtout trois générations de femmes en couple avec des hommes diversement nuls et qui portent les maux de leurs époques respectives, certains traversant les décennies comme le désir ou le rejet d’enfant (et comment le personnel se heurte, évidemment, au politique). C’est une jolie histoire, qui ne m’a peut-être pas touché autant qu’elle aurait pu à cause de son aspect un rien trop didactique, mais qui demeure tout de même fort réussie !
Musique

Zad Kikar & les Combi Beyaz, Les 3 gueules au matin du monde – Il y a quelque chose de jouissif à tomber sur un album qui est plus proche du bruit que de la musique : on y frappe fort sur des batteries mais les guitares y sont des griffes et les chants des cris plus ou moins articulés. Les instruments se distordent comme des plaintes fantomatiques ou vont traîner dans des abysses qui ne sont pas sans rappeler celles des George Leningrad ; bref, ça grince, ça hurle, ça fait du boucan, et ça fait du bien.
Le mass et la plume

J'ai lu Chien 51 de Laurent Gaudé. Une dystopie où des multinationales ont pris le pouvoir, racheté les pays, dans un monde détruit par l'homme où l'on ne peut vivre que sous des dômes de protection pour échapper aux pluies acides. Plus de citoyens, mais des « cilariés », des hommes réduits à leur valeur travail. Zem Sparak est un flic de la zone 3, celle des prolétaires et des déclassés. Un crime horrible a eu lieu et il va devoir enquêter sous les ordres d'une inspectrice de la zone 2, pleine d'ambition — il n'est que son « chien », son subordonné, ce qui explique le titre.
La forme, le style de Laurent Gaudé me conviennent parfaitement : c'est fluide, simple, agréable à lire. Le fond, en revanche, c'est du déjà-vu. Le flic mal dans sa peau rongé par son passé, la dystopie ultra-capitaliste, les luttes de pouvoir, la drogue qui permet de revivre ses souvenirs… rien de vraiment nouveau. Un moment sympa, mais sans originalité et avec une fin très convenue. Je ne suis pas sûr de conseiller ce livre.
Par ailleurs :
— Les autres musiques de la semaine : les boucles hypnotisantes de Julius Eastman, la pop synthé de Trotski Nautique (en son et en images) et la dépression cool de Shambles.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Canari.
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