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Qu'est-ce qu'on boit

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Jan. 29, 2026, noon

Qu'est-ce qu'on boit ? - 29 janvier - Publique

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L’INFOLETTRE PUBLIQUE

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Arrivage en succursale prévu autour du lundi 9 février

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Je reviens de 4 jours de colloque à Tasting Climate Change, organisé par la sommelière Michelle Bouffard. Étant donné que ça s’adresse à l’industrie dans son ensemble, j’ai parfois l’impression d’être trop petit et trop en démarrage pour y apprendre des trucs concrets. Cela dit, deux choses m’ont profondément marqué et je ne cesse d’y penser depuis.

Première chose, l’industrie du vin est en crise, et c’est Patrick Lagacé qui a très bien résumé la situation. Cela dit, je vous encourage à aller lire l’article de The Economist qui est à la base de la réflexion de Lagacé. Ce n’est pas tant que les gens ont tous arrêté de boire, mais le vin est en perte vertigineuse de popularité. Le vin est reconnu comme l’alcool qu’on consomme lorsque l’on partage un repas avec d’autres. Or, les gens sont de plus en plus seuls et mangent donc devant un écran, sans boire, bien évidemment. On ne peut donc pas attribuer la diminution de la consommation uniquement à une prise de conscience sur les effets de l’alcool sur la santé, mais davantage lié à la solitude. Et pour être bien honnête avec vous, au-delà que c’est la vente de vin qui payent notre hypothèque et nos salaires à Félix, Laurence et moi, ça me déprime grandement.

La deuxième chose qui soit ressortie des échanges autour du réchauffement climatique et de son impact sur la viticulture, c’est la nécessité d’explorer les cépages hybrides. C’est un terme qu’on cherche à ne plus utiliser lorsqu’on parle aux consommateurs, car c’est parfois associé à tort aux OGM et à des vins de moindre qualité. Or, l’hybridation a longtemps existé à l’état sauvage, avant que l’on ne fasse que cloner les vignes en pépinière, et c’est ce qui permettait aux vignes d’évolution avec leur environnement. La viticulture occupe 4 % du territoire agricole français, mais consomme 20 % des pesticides. Pis j’vous dirais que pas mal de producteurs ont l’impression de s’en aller vers un mur, avec des vignes de moins en moins résilientes face aux trop rapides changements climatiques. Mon opinion sur les hybrides, c’est que j’ai souvent bu des vins d’hybrides qui me déplaisaient, mais j’ai parfois bu des vins extraordinaires de ces cépages. Si toute l’industrie du vin, la recherche, ses grands acteurs et ses moyens financiers mettaient de réels efforts à hybrider de bons cépages, je pense qu’on aurait là une vraie solution pour une viticulture écologique. Les vigneron.ne.s sont les parents riches de l’agriculture et avec ça, certaines responsabilités s’imposent.

Bref, merci d’avoir assisté à mon Ted Talk. Si vous voulez m’entendre à la radio, j’ai donné une entrevue sur l’histoire de la SAQ et de leur partenariat avec Uber Eats. Maintenant, place aux courtes recommandations de la semaine.


À l'apéro

Des vins qui n'ont pas forcément besoin d'un repas

Clos de la Butte 2024 du Domaine Éric Chevalier (25,80$)
Blanc. Difficile de ne pas aimer ce vin ! Éric Chevalier est certifié bio depuis peu et produit d'excellents vins à de très bons prix. Quand il a repris le domaine familial en 2006, il a décidé d'entreprendre un long travail de remise en forme du vignoble en arrachant et en replantant une bonne partie du vignoble. Cette cuvée de melon de Bourgogne est produite à partir de vignes de 40 ans, plantées sur des sols de quartz roulés et de silex. Le vin fait un élevage de 6 mois sur lies en contenants de verre. Pour les geaks, la malo s'est faite sur ce vin.

Stellenbosch Thirst Pinot noir 2025 de Radford Dale (25,20$)
Rouge. Le domaine est situé à l'extrême sud-ouest du continent africain (donc en Afrique du Sud lol). Ils travaillent en lutte raisonnée, mais ont également une partie du domaine certifié bio. L'histoire ne dit pas s'ils ont des plans d'être bio sur l'ensemble. Parfois les gens se donnent le temps d'apprendre sur une plus petite surface avant de convertir l'ensemble. En plus de cette cuvée de pinot noir,
il y a un blanc de la même lignée, 100 % clairette.

Naturaleza Salvaje Clarete 2023 d'Azul y Garanza (29,90$)
Rouge. La seule cuvée que j'ai goûtée de ce producteur est l'Altamente, à 14 $, qui m'avait agréablement surpris pour le prix (mais qui était meilleure le lendemain avec de l'ouverture). Domaine espagnol dans la région de Navarra et qui travaille en bio. 12 jours de macération de grenaches noir et blanc avec élevage de 6 mois en amphore dans l'esprit d'un rouge léger. Très curieux de goûter (Ben oui, après toutes ces années, je suis encore sensible à la couleur du vin). C’est le même arrivage qu’en juin dernier.


Effervescence

Des bulles, ça se boit à l'apéro, à table, en fin de soirée ou bien ça se met en cave

Envol 2023 de Lieux Communs (30,25$)
Rouge. 250 bouteilles en 2018, des raisins trouvés ici et là, le tout vinifié dans un coin de la cuverie du Grand-St-Charles. C'est un long chemin qui les a menés à maintenant produire environ 30 000 bouteilles en 2022. Guillaume et Daniel étaient sommeliers du restaurant Damas (Daniel l'est toujours), Thibaud y était serveur (en finissant ses études en architecture) et Laurent chauffait des navires sur le St-Laurent. Le vin les unissait et comme plusieurs, il y a 5 ans, ils ont commencé à caresser le rêve de faire du vin au Québec. Acheter du raisin et le vinifier en ville, c'est assez habituel en Oregon et en Californie. Mais au Québec, avec le cadre réglementaire (très) rigide que nous avons, c'était pratiquement impossible. Ils ont également planté, en 2021, un hectare de vignes chez Polisson (je l'ai mentionné plus haut). Ils sont vraiment dans l'exploration, expérimentent beaucoup de choses, ce qui fait que les cuvées qu'ils font sont plutôt hétérogènes. Je ne m'aventurerai pas à définir un consommateur type de Lieux communs, parce que je crois qu'il peut y en avoir plusieurs et ça aussi, c'est cool. Cette cuvée est un genre de rosé-foncé-rouge pétillant, qui s’apprécie dans le même genre de contexte qu’un Lambrusco, mais dont l’aromatique et la structure n’ont rien à voir. En fait je ne devrais même pas les comparer, c’est juste que des bulles rouges, bien des gens ne savent pas quand boire ça. Retenez juste que des charcuteries adorent ce genre de vin. 60 % vidal du Niagara et 40 % marquette, le tout dégorgé en juillet 2024.


À table

Des vins qui s'apprécient davantage autour d'un plat

Roditis 2024 de Sant'or (24,20$)
Blanc. Panagiotis Dimitropoulos est installé à Santameri où il est à la charge du domaine familial qu'il travaille en biodynamie. Cette cuvée de roditis est travaillée en inox, fermentation malolactique réalisée, aucun intrant à l'exception d'un peu de sulfites. J'aime bien ce que j'ai bu à date d'eux.

Côtes du Rhône 2022 de Jean-Paul Daumen (24,70$)
Rouge. Je vous ai toujours parlé du Domaine de la Vieille Julienne, le grand domaine de Jean-Paul Daumen (la pognez-vous?), et je me rends compte que je ne vous ai jamais parlé des cuvées d’entrée de gamme qui se retrouvent pourtant sur les tablettes de pas mal de SAQ depuis un bon bail. Assemblage typique de la région : grenache noir, syrah, mourvèdre et cinsault, le tout égrappé puis élevé 12 mois en foudres. Ça donne de beaux rouges d’hiver ça !


De grande occasion

Des bouteilles plus rares à boire maintenant ou à faire vieillir

Quartz 2022 par Les Cailloux du Paradis (69,25$)
Blanc. Dans la catégorie “C’est en SAQ ça???”, on retrouve le domaine Les Cailloux du Paradis, fondé par un des pionniers du mouvement des vins naturels, Claude Courtois. Aujourd’hui, c’est son fils Étienne qui est aux commandes du domaine. Chaque fois que j’ai eu la chance de goûter un des vins, j’ai eu de grandes émotions. Cette cuvée de menu pineau et de sauvignon sur argilo-calcaire, je ne l’ai pas goûtée, mais j’en achèterais 3 à l’aveugle sans hésiter si j’avais encore mon salaire de sommelier. En rouge, on a la cuvée
Racines 2020 qui est un assemblage de tous les cépages rouges (19) du domaine avec élevage de 30 mois en fûts. Pour l’anecdote, Marc Boily du Domaine de l’Heure Juste, en Outaouais, a fait une bonne partie de son apprentissage au domaine.

Bourgogne Côte d'Or 2023 du Domaine Henri Germain (68,50$)
Blanc. Jean-François Germain a repris le domaine fondé par son père en 1973 et qui s'est forgé l'une des plus grandes réputations de Meursault. Travail en bio, vinifications naturelles avec une approche délicate. (Si jamais vous voulez une plus longue description, convainquez Oenopole de m’envoyer un échantillon, je n’ai toujours pas goûté les vins du domaine hihihihihihi).


À coucher

Des cuvées qui méritent un temps d'attente pour se dévoiler

Chablis Premier Cru Montée de Tonnerre 2022 des Caves Duplessis (81,50$)
Blanc. Cela fait 5 générations que la famille Duplessis se passe le flambeau de s'occuper du domaine familial. C'est aujourd'hui Lilian Duplessis qui est responsable de la petite exploitation de 10 hectares. Depuis 2009, les vignes sont travaillées en bio. Cette cuvée est produite à partir de 5 parcelles exposées sud-est sur un sol très argileux, qui risque de donner une variation assez joufflue d’un Chablis.

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