Exploration des Frontières

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7 janvier 2026

Les meilleurs personnages sont ceux qu'on ne connaît pas

Chère Milouch,

Je t’écris depuis un paysage enneigé ; enfin, pour être exact, je suis (à peu près) au chaud chez moi et je regarde la neige tomber sur les arbres derrière ma fenêtre. J’ai toujours adoré la neige, le bruit que ça fait quand on marche dessus, les bonhommes qu’on peut confectionner avec, les trucs rigolos à dessiner dedans, et bien sûr la façon dont elle peut mettre en PLS un système capitaliste qui n’arrive plus à amener ses travailleureues au boulot !

Un temps idéal, donc, pour te parler de personnages ! Car ce que tu m’as écrit m’a fait gamberger un peu sur ce que c’est exactement qu’on joue dans un jeu de rôle.

En étant honnête, je reconnais qu’incarner un personnage, c’est la base et ça me paraît tout à fait logique : on va raconter l’histoire d’une meuf ou d’un mec dans l’univers fictionnel qu’on a choisi, c’est quand même le principe de pas mal de récits et les récits improvisés et partagés que sont les parties de JdR ne vont pas faire exception1. N’empêche, je reste étonné par la façon dont de nombreux jeux vont chercher à te faire réfléchir sur ton personnage dans les moindres détails, son passé, ses motivations, ses buts, sa marque de dentifrice préféré et à quelle heure il se lève le matin avant même de commencer à jouer, c’est-à-dire avant même de savoir ce qui dans tout ça va être vraiment important…

« Attends, je suis presque arrivé au bout du questionnaire pour mon perso là »

Je crois que c’est pour ça que je préfère les fiches de personnage minimalistes, qui ne te demandent que le plus petit nécessaire en laissant de la place pour remplir les trous en jeu. Ou bien, encore plus efficace, des jeux comme Inflorenza de Thomas Munier, dans lequel on improvise totalement son personnage, on le découvre au fil de la partie en même temps qu’il gagne en détails et donc en puissance… En écrivant ça, je me rends compte que la façon dont Inflorenza traite ses personnages est une belle métaphore de l’écriture fictionnelle en général : plus ou les connaît et plus les personnages sont forts, mais pas dans le sens des biscotos, dans le sens d’une force narrative qui va plier la fiction dans le sens qu’elle veut. On trouve souvent ce cliché de l’auteurice de romans qui dit que son personnage lui a échappé et a influencé le récit sans que ce soit prévu, et j’ai toujours trouvé ça peu crédible, mais dans le cas du jeu de rôle je vois ce que ça peut donner.

« J’vais chercher un kebab et j’reviens, promis »

Bon, mais admettons qu’il faille des personnages dans notre jeu, et pourquoi pas des règles aussi, tiens. Se pose alors la question, comme tu l’indiquais, de comment on va présenter la fiche de personnage, mais aussi ce qu’on va y mettre ; et moi j’aime bien les fiches sur lesquelles tu as un petit bout des règles, voir tout l’essentiel, histoire de pas avoir à trop retenir comment qu’on joue. Et puis c’est aussi une garantie que les règles ne seront pas trop compliquées puisqu’elles tiennent sur un coin de feuille, ce qui est toujours une bonne chose.

Et alors je pourrais ici te mettre quelques exemples de fiches de personnage que je trouve stylées, mais très honnêtement2, je crois que ma préférée, c’est celle qu’on écrit à la main après avoir déchiré un bout de feuille ; celle sur laquelle on griffonne des dessins pendant la partie ; celle sur laquelle on va renverser un peu de notre boisson et des miettes de chips quand on sera un peu trop enthousiaste ; bref, les fiches un peu vivantes, qui à défaut de nous rappeler un personnage nous rappellent ce qu’on a vécu, nous, pendant que notre mec ou notre meuf imaginaire partait à l’aventure.

Un lion de livre avec écrit LJDPP au dessus
Ce lion ne fait aucun bruit car il est planqué dans la neige

On est en début d’année, et s’il y a bien un type de papier qu’il est traditionnel de recevoir au début du mois de janvier, c’est la carte de vœux ! OK, ça se fait de moins en moins, et souvent c’est juste un visuel cringe dans un mail envoyé par ta grande-tante, mais tout de même la tradition quoi. D’ailleurs cette année j’ai décidé d’imprimer la mienne, ce qui m’a amené à détourer une image de saucisse la semaine dernière mais je n’en dis pas plus.

Pas des saucisses, mais pas loin

Et évidemment, indécrottable que je suis, ça m’a fait gamberger sur comment on pourrait faire du ludique avec ça ! Il y a un épisode de podcast qui en parle un peu, notamment comment utiliser les cartes qui font de la musique quand tu les ouvres pour faire un jeu avec… mais aussi comment ça pourrait s’utiliser intradiégétiquement, entre 2 sessions de jeu. Par exemple, ton personnage, qu’est-ce qu’il pourrait envoyer comme type de cartes à mon personnage pour lui souhaiter la bonne année ?

Sur ce, je te fais la bise et comme la sûrement dit Anne Sylvestre, à dans deux semaines !


  1. Sauf quand on fait la maligne et qu’on écrit un jeu qui s’appelle La Grive noire dans lequel on ne joue pas un personnage, mais il faut reconnaître que nous ne sommes pas si nombreuses à être à fond pour ce genre de dingueries. ↩

  2. Rien à voir avec ma flemme et le fait que je rédige cette infolettre à 12h45, juré craché. ↩

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