Je ne crois pas qu'il y ait de bonne ou de mauvaises situation mais je pense qu'il y a des bons et des mauvais.es situationistes
Guy debord, d'autres punks et des slogans
Mon cher Côme,
Je t’écris après avoir encore une fois regardé le documentaire de Blast consacré à Alain Krivine. Je suis fascinée par ces figures inssatiables de la lutte et d’autant plus fascinée que j’ai de plus en plus de mal à trouver de l’énergie pour lutter (alors que les raisons ne manquent clairement pas)
Ta plongée dans le punk est je trouve une forme de réponse hyper intéressante à la fois à ce besoin d’exigence, de lutte et à cette envie forte de modification des concepts et du réel que tu évoque.
Et oui, car si comme toi, je n’accepte pas les choses faites à demi moitié, je trouve que justement la façon de faire punk, ce n’est pas faire à demi moitié, c’est faire et se confronter au réel et aux problèmes que cela implique.

J’ai toujours eue beaucoup de mal avec les espaces qui prônent la théorie sur l’action (entre autre parce que je suis une très mauvaise théroicienne). C’est nottament un des désacord fondamental que j’ai avec les penseurs Queer (Bourcier, Preciado…). La confrontation au réel de toute théorie (voir même son émergence du réel) étant pour moi fondamental
Je pense que beaucoup de chose très interessantes (même d’un point de vue théorique) émmerge de faire des trucs. Et c’est pas les punk qui me contradiront la-dessus.
Comme le dis la fameuse maxime :
“Personne ne sait ce qu’il se passe aujourd’hui parce que personne ne veut qu’il se passe quelque-chose. En réalité on ne sait jamais ce qu’il se passe, on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe et c’est comme ça que les choses arrivent. En 17 Lénine et ses camarades ne disaient pas « nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution ». Ils disaient « toutes les conditions de la révolution sont réunies, la révolution est inéluctable ». Ils ont fait la révolution qui n’aurait jamais eu lieu s’ils ne l’avait pas faite, et qu’ils n’auraient pas faite s’ils n’avaient pas pensé qu’elle était inéluctable uniquement parce qu’ils la voulait.”1
Je rapprocherait aussi ça de la position de Valentin T sur le speed crash test de jeu de rôle. La position de Valentin (que je fais aussi mienne et que je vais essayer de ne pas trop déformer ici) étant la suivante : “il faut tester le plus rapidement possible les éléments de game design que vous mettez en oeuvre dans votre jeu.” Pour avoir testé cette vision des choses, je trouve qu’effectivement la encore c’est une façon très pertinente de produire une forme de théorisation (ici du game design, mais ça reste de l’abstraction).
Mais bon, je vous ais promis du clash sur les situationistes dans l’introduction de cette lettre et vous n’avez toujours pas vu le moindre petit bout de guy debord

Eh bien il faut te dire Côme que j’ai une relation assez contrarié aux situationnistes2 et encore plus aux appeliste (qui sont des posts situationiste et que j’ai tendance parfois à confondre avec elleux). J’ai lu (et perdu) le manifeste du comité invisible il y a longtemps, j’avais trouvé ça sympa mais verbeux et plus le temps a passé plus j’ai trouvé que ces appels verbeux et intellectualisant à une révolution hypothétique qui jaillirait par magie étaient souvent peu intéressants et s’éloignaient beaucoup de la réalité des choses au profits du réverie menant sur peu d’éléments concrets (vous voyez, on refait notre lien théorie / action comme quoi, tout est relié).
Encore plus quand la posture appeliste émmane d’une oeuvre d’art. Je trouve souvent ça vain, forcé et pas très interessant. Le pire exemple de tout ça étant woke de Virginie Despentes.

Comme je l’ai déjà d’y ici il y a quelques lettres, je ne me départie pas de ma position, je ne pense pas que les oeuvres d’arts (et j’inclus bien évidement le jeu de rôle dedans) soit la matrice d’une révolution quelconque.
Mais qu’en est il de l’autre coté de cette histoire, à savoir celleux qui font rentrer l’art dans la politique ?
Et oui parce que en ce moment je suis en plein focus sur le FHAR (pleins FHAR, ahahah) et encore plus sur les gazolines qui est clairement un groupe qui a cherché à faire rentrer l’art dans la politique et dans la lutte LGBT+ et qui ont été très influencé.es par les situationistes.


Je vais pas vous détailler le FHAR et les Gazolines mais pour faire vite : Le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionaire) est une orga LGBT émergeant dans le post 68 très à gauche, très révolutionnaire. Et les Gazolines est un sous groupe ephèmere et informel du FHAR rassemblant plutôt des folles, des personnes trans en devenir…
Et oui parce que des gens qui crient bites au cul paillettés 3 ont clairement eue un impact non négligeable sur l’acceptation des personnes LGBT+ en france. Et j’ai l’impression que c’est ce genre de chose que je pourrais qualifier (du haut de ma grande inculture) de “bon situationisme” (ou presque de bon appeliste) / d’appeliste interessant. Une action qui fait rentrer l’art dans la politique et pas l’inverse. En ce sens que la le but affiché est clairement politique et l’art n’est au final qu’un des moyens pour parvenir à ce but.
Et de même dans le jeu de rôle, j’ai le sentiment que les jeux qui cherchent à mettre en place de nouveaux rapports sociaux dans leur game designe me parlent plus que ceux qui en parlent justes.

Cette rubrique devient de très haut niveau et franchement, je ne sais pas si je vais pouvoir relever le défi de trouver mieux que le jeu sur PQ mais je vais tenter.
En tout cas, sache que je suis très fière de pouvoir à chaque fois montrer ton oeuvre à d’autres gens et de receuillir autant de “aaaah admiratif !”
Je vais donc tenter le coup en vous parlant d’un nouveau pliage de Léo mortem :



je trouve ça trop beau, hyper efficace, un peu tendre, un peu sombre à la fois, bref parfait, un peu comme beaucoup d’oeuvre de Léo Mortem. Et évidement, tout cela me donne très envie de faire pareil !
Sur ce, je vous salut tout plein et comme l’ont surement dis les fondatrice de The Lader, A dans deux semaines !
Millouch
À chaque fois que quelque-chose a bougé dans ce monde ça a toujours été pour le pire. Voilà pourquoi personne ne bouge, personne n’ose provoquer l’avenir, faudrait être fou pour provoquer l’avenir, faudrait être fou pour risquer de provoquer un nouveau 19, un nouveau 14, un nouveau 37.
-Alors il ne se passera jamais plus rien !
-Si… parce qu’il y aura toujours des fous… et des cons pour les suivre… et des sages pour ne rien faire. ↩Pour un petit cours assez bien fait sur le situationisme vous pouvez regarder cette super vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=onys-qaS3zY ↩
Je vous jure que c'était leur cri de raliement ↩