La compote de Côme #275
Un serpent, un palais et du caca.
Jeux de rôles

What Was it All For? – Les jeux parlant de révolutions commencent à être monnaie courante, sans grande surprise par les temps tendus qui courent, mais j’ai le sentiment qu’à de rares exceptions près ils s’intéressent surtout à une vision un peu trop lumineuse des choses. J’apprécie donc que WwiAF? tente autre chose, avec le récit d’une insurrection après coup, par celles et ceux qui l’ont vécu et ceux et celles qui l’ont analysée, comme pour montrer qu’une fois vue de loin il est difficile de la comprendre vraiment. Un beau petit bout de gameplay militant !

A Song for a Serpent King – Je continue de tourner autour de mon fantasme de jeu parlant d’îles, de chansons épiques, d’aventures incroyables… Et AsfaSK me paraît une porte d’entrée intéressante vers ce genre d’imaginaire, même s’il s’intéresse davantage au tissage d’un poème épique qu’aux aventures en question. J’ai trouvé très élégante sa présentation et son principe de construction narrative, et je me prends à présent à rêver à un jeu similaire qui fournirait un univers plus touffu à son lectorat...

Ithaca in the Cards - Je n’aurais peut-être pas accroché à ce jeu sans son style graphique magnifique qui n’est pas sans me rappeler celui de Hugues Micol, et ç’aurait été dommage, car son idée de raconter l’épopée de voyageurs presque foutus d’avance avec une mécanique inspirée du blackjack est vraiment maligne. Les règles pourraient paraître denses à la première lecture, mais la bonne idée du jeu c’est de les expliquer au fur et à mesure, explicitement comme une facilitatrice expliquerait le jeu à un groupe de joueuses, et je trouve ça très pédagogique et bien fichu !

Rivals – D’habitude je ne raffole pas des jeux qui n’assument pas un cadre précis et te disent que tu peux tout faire avec (en l’occurrence, tu peux tout faire tant qu’il s’agit de raconter comment deux personnes se mettent sur la tronche) ; mais la mécanique de Rivals est si simple et si bien huilée qu’elle donne immédiatement envie de s’en emparer. En plus elle est également très bien expliquée, alors de quoi se plaint-on ?
Littérature

La Conférence du palais – Je nourris, comme beaucoup et de façon sans doute un peu malsaine, une certaine attirance pour les images de ruine, peut-être parce que j’aime penser que quand tout sera écroulé les choses repousseront autour. Je ne pouvais donc qu’être attiré par ce petit fascicule qui réimagine le Palais de Tokyo à Paris comme l’antichambre d’un réseau souterrain pluriséculaire, où se dissimulent des allusions à l’art contemporain (la plupart m’étant passé au-dessus de la tête) et un dédale sans fin où se dissimulent d’autres imaginaires. Pour moi qui ai longtemps eu en tête un projet de roman débutant dans un musée désert, c’est un petit cadeau...
Non-fiction

Le Fabuleux kit pour créer son jeu vidéo (sans vidéo) – Flâner sur itch sans attentes particulières, c’est parfois tomber sur des pépites comme ce petit zine créé par un collectif dont j’ignore tout sinon qu’il se propose ici d’imaginer la création de jeu vidéo sans recours à aucun autre matériel que ledit fascicule… On y trouve donc des petits jeux, un regard ironique sur le milieu vidéoludique, et surtout un très bel objet qui gagnerait à exister en version imprimée (mais c’est peut-être mon amour des textures qui parle !).

Call of Nature, the secret life of dung – Tu te doutes bien qu’un livre sur le caca, qui plus est recommandé par l’ami Jérémie, ça ne pouvait que m’attirer… En l’occurrence c’est surtout un essai passionnant sur le petit monde des insectes qui vivent dans et grâce aux crottes : une plongée assez vertigineuse dans un écosystème extrêmement riche que l’auteur parvient à rendre à la fois érudite et accessible (notamment grâce à des pointes d’humour britannique qui font souvent mouche, si tu me passes l’expression). Ça me fait véritablement quelque chose de me rendre compte à quel point l’univers des insectes est à la fois vaste et encore très méconnu...
Page de pub

OctoGônes 16 - OctoGônes n’a plus lieu en octobre ni dans le quartier des Gônes mais c’est pas grave, j’y serai quand même le week-end prochain avec mes copaines du Rayon alternatif ! Comme d’habitude j’aurai beaucoup trop de jeux à vendre et je ne serai pas le seul à avoir amené quelques pépites, mais sans doute le seul avec du papier toilette. Viens faire coucou si tu es dans le coin !
Séries

The Bear, “Gary” – Depuis que j’ai accepté que The Bear se préoccupait de ses personnages bien avant ses intrigues, j’apprécie bien plus les épisodes comme “Gary”, tombé par surprise entre deux saisons et qui se focalise entièrement sur la relation entre Richie et Mikey, personnage dont la mort est l’un des traumas portés par la majorité des protagonistes. The Bear parle globalement de la façon dont on peut guérir (ou non) de ses blessures et c’est donc intéressant de voir avec cet épisode d’où viennent certaines d’entre elles et comment les personnages de la série ont tendance à se les refiler. À part ça c’est comme d’habitude impeccablement filmé et joué, et ça annonce une ultime saison de haute tenue.

Small Prophets saison 1 – J’avais absolument adoré Detectorists du même réalisateur que Small Prophets et j’y ai retrouvé ce même humour doux, cette même tendresse envers le moindre de ses personnages, quelque chose de très touchant qu’on ne voit pas si souvent à l’écran. Contrairement à Detectorists, en revanche, Small Prophets a une véritable intrigue à tiroirs, des mystères et des merveilles à la pelle, ce qui enrichit à mes yeux la série et en fait un objet à la fois dense et accessible, bref une petite pépite dont je suis ravi qu’elle continue encore un peu dans les temps à venir !
Film

A Different Man – Un autre thème qui me fascine depuis presque toujours, c’est celui du double ; encore un motif qu’il est difficile de reproduire avec beaucoup d’originalité, tant tout a déjà été dit depuis au moins Dostoïevski (qui est sur ma pile de lecture plus haute que l’Everest). Pourtant, A Different Man s’y attelle et y parvient un petit peu en inversant quelques attentes et en ajoutant au thème du double celui de l’apparence monstrueuse ; les deux ensemble, ça ne donne pas forcément quelque chose de très original mais un petit drame psychologique qui verse régulièrement dans le méta et qui, s’il part un peu dans tous les sens vers la fin, se laisse regarder très agréablement !
Jeux de société

Miams – Camille étant devenu complètement accro à ce jeu de Yams amélioré, nous avons enchaîné les parties avec un nombre variable de joueurs et je dois dire que Miams m’a bien branché aussi ! C’est vraiment une sorte de condensé de pas mal de principes ludiques efficaces : l’équilibre juste entre aléatoire et stratégie, la courbe exponentielle d’un début de partie lent à des fins explosives et parfois imprévisibles, un petit côté « stop ou encore » pour la route, et bien sûr une identité visuelle qui fait mouche pour moi… On va clairement continuer d’y jouer un bon moment !

Loup-garou pour une nuit – Les Loups-garous de Thiercelieux n’est pas en soi un mauvais jeu, même si le nombre de rôles qu’on peut y incarner me fait parfois penser au délire des extensions récentes de Magic: the Gathering… Non, son problème principal est qu’une partie est trop longue et que ses premiers rounds sont le plus souvent arbitraires et très punitifs pour une poignée de joueurs qui va s’emmerder ferme jusqu’à la fin après avoir été éliminé. Loup-garou pour une nuit élimine ces défauts en gardant les parties très courtes et en retirant du principe de jeu le côté « éliminations progressives » ; on finit donc avec un jeu à rôles cachés dont le sel est surtout d’identifier qui est qui, en partant du principe que certaines personnes mentent, que des rôles ont pu être échangés pendant la partie et que certaines cartes demeurent cachées jusqu’à la fin. Cette triple astuce donne des parties vraiment agréables et variées, si tant est qu’on sélectionne les bons rôles selon le nombre de participant⋅es ; je regrette un peu que le jeu ne fournisse pas trop de guide sur ce point (dans la version à laquelle nous avons joué, j’ai pu consulter d’autres éditions qui font mieux le taf !).
Musique

Rafiralfiro, In Limbo – Avec des nuages gris au-dessus de ma tête, je m’échappe un instant vers des mélodies qui évoquent d’autres horizons : un mix d’influences qui pèsent lourd et évoquent des fumées d’arrière-cour, des temples laissés entrouverts, des ciels turquoise… Autant d’espaces où l’ambiance tamisée laisse vite place à des musiques nerveuses, dont les lignes de basse évoquent parfois Massive Attack, comme si l’on dansait en colère au milieu d’un monde mélangé où tout s’écroule pour mieux, peut-être, se réinventer à la marge ?
Par ailleurs :
— La France n’a hélas pas remporté le championnat d’Europe du brame de cerf.
— Pourquoi faire sa pub quand on peut afficher les beautés de la vie rurale ?
— Le Pape aussi galère avec les hotlines.
— Et pourquoi pas un musée des prises électriques ?
— Je te l’ai déjà démontré naguère mais ça fait toujours plaisir de constater que les sites personnels sont loin d’avoir disparu.
— Les autres musiques de la semaine : l’inimitable voix geignarde de Bradford Cox, la guitare branlante d’Eduardo Padilla et les 8 bits de Miles Davis.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Busdriver.
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