La compote de Côme #270
Chaines, gloire et Davy.
Jeux de rôles

Lichoma – J’avais déjà jeté un coup d’œil à Lichoma il y a un moment (à sa version courte, pour être précis) sans bien comprendre de quoi il retournait. Il faut dire que c’est le bazar, le jeu est distribué entre de nombreux fichiers qui font la part belle à l’image, le système semble à la fois simple et pas très clair… Une lecture plus attentive cette semaine m’a fait comprendre que c’est justement cette pluricité qui fait l’intérêt du jeu, qui combine un univers quelquechosepunk de factions qui se font la guerre à une logique de membres du corps qu’on agiterait plus ou moins indépendamment, quelque chose donc d’à la fois familier et original. Lichoma fonctionne finalement assez bien dans cet équilibre constant et on voit bien comment à cette structure multiple on pourrait greffer de nouvelles choses...

Green Tongue – Il faut vraiment avoir l’esprit un peu tordu pour écrire non pas un ni deux jeux de rôles en 48 mots mais une quinzaine, et en plus les relier… C’est pas moi qui ferais ce genre de choses, je te prie de me croire. En tout cas, je m’attendais à quelque chose de médiévisant avec Green Tongue mais pas du tout, on est plutôt dans un univers OSR assez peu défini mais définitivement étrange, qui là aussi se présente en fragments : chacun des jeux de Green Tongue, pris séparément, serait une sorte de lyric game en solo pour créer qui une créature et qui un lieu, mais pris dans leur totalité cela dessine par esquisses un cadre dans lequel on pourrait (presque!) envisager de jouer...

Les Cordes sensibles - Je t’avais déjà parlé du dernier jeu de Frédéric Sintes, finalisé après sa mort, mais sa sortie officielle me donne l’occasion d’en remettre une couche. C’est en effet un beau témoignage d’une scène rôliste désormais un peu éloignée de nous dans le temps et l’espace : on continue de trouver sur la scène alternative actuelle des jeux taillés pour le drama et pour se faire du mal entre protagonistes, mais souvent avec un cadre fictionnel plus défini, et avec des règles moins lourdes qui privilégient le récit à l’émulation par la technique. Mais là où il est daté par certains aspects, Les Cordes sensibles est également assez actuel par bien des aspects et préfigure à sa manière des choses qui font aujourd’hui partie du vocabulaire rôliste courant, pour ainsi dire. J’aurais évidemment préféré que Sintes puisse finaliser lui-même son jeu, mais en l’état je pense qu’il n’aurait pas eu à en rougir.

Chain x Link – Le pitch de Chain x Link était alléchant, avec son univers souterrain, ses personnages opprimés qui s’entraident autant qu’ils se marchent sur la tronche pour essayer de s’en sortir (littéralement) par le haut… De même, son système d’éléments liés les uns aux autres m’intriguait pas mal. J’ai retrouvé tout ça dans ma lecture du jeu, avec de belles idées aussi bien narratives que mécaniques (l’idée de faire des résultats aussi bas que possible dans les actions de groupe pour que les autres puissent s’appuyer dessus est très bien trouvée) mais, peut-être à cause de son format zine, tout cela m’a laissé un goût de trop peu, surtout dans les conseils et les exemples pour créer son propre cadre. En somme, si l’envie de jouer à Chain x Link ne m’est pas passée à la lecture, j’ai trouvé que cette lecture ne me donnait pas assez d’éléments pour que ce soit possible sans efforts...
Non-fiction

Gloire – Comme un peu tout un chacun j’ai un rapport étrange à la célébrité, ne pouvant m’empêcher de m’intéresser aux affres de gens qui me sont pourtant largement inconnus, juste parce que je les ai vu un jour à l’écran. Comme les protagonistes de Gloire, je ne peux m’empêcher de me vanter d’avoir passé mon code de la route en même temps que Michel (Vuillermoz) ou de croiser régulièrement Clément (Viktorovitch) dans les soirées d’un ami commun… Alors qu’au fond, la vie des gens ordinaires me semble souvent plus intéressante. Ou bien c’est l’aspect ordinaire de ces gens soi-disant extraordinaires qui m’intéresse ? Bref, voici en gros le postulat du livre de Christophe Hanna, et même si je trouve qu’il se perd un peu trop dans la contemplation/critique de son milieu artistique (surtout dans les derniers chapitres) les petites tranches de vie qu’il propose sont loin d’être désagréables à lire !
Page de pub

Une grande famille de punks. – C’est pas parce que je suis passé aux grenouilles et aux lapins que j’en ai fini avec le punk ; la preuve, il me restait dans un fond de tiroir ce jeu en une page, lui-même inspiré d’un jeu en 36 mots, pour raconter une histoire de filiation musicale. J’ai toujours bien aimé lire sur Wikipédia les détails de formation d’un groupe, qui est resté quand avant d’aller où et à cause de qui, et Une grande famille de punks. est une sorte de tentative ludique de recréer ça !
Le Shakirôle - J’ai oublié de te dire que j’étais à Caen ce week-end (il est encore temps de m’y croiser si tu es dans le coin aujourd’hui) mais je prends un peu d’avance pour te dire que je serai à Paris en juin ! Ça fait quelques mois qu’on planche sur ce projet de festival de jeu de rôle alternatif dans ce formidable espace qu’est le Shakirail et après de multiples angoisses et faux départs, ça a l’air bien parti pour avoir lieu dis-donc… Il y aura plein de jeux à vendre, plein de jeux à jouer, une expo, des tables rondes, bref ça va être un sacré quelque chose et je t’en reparle dans deux mois !
Séries

Taskmaster saison 18 – Alors que débute tout juste la 21e saison de Taskmaster, on a poursuivi notre long rattrapage avec ce 18e cast qui fonctionne, comme d’habitude, de façon impeccable. Dans ces 5 candidat.es là on trouve, comme souvent, une ou deux personnes plutôt normales (Emma Sidi, Babátúndé Aléshé), le vieux qui regrette un peu d’être venu (Jack Dee) et deux personnes complètement déjantées, chacune à sa manière Rosie Jones, Andy Zaltzman). Tout ce petit monde s’éclate et c’est peut-être la saison dans laquelle Greg Davies est le moins méchant : difficile de résister à toute cette bonne humeur… Tâches préférées : mettre une fusée dans sa poche, concocter l’odeur la plus forte possible, compter des fauteuils dans un cinéma.
Film

Eega – J’étais déjà un peu convaincu quand j’ai appris qu’Eega pouvait se résumer comme étant un récit de vengeance avec un type réincarné en mouche. Moi qui manque souvent des codes nécessaires pour apprécier les films de l’industrie indienne, j’ai été conquis par celui-ci qui reprend des clichés bien connus (en gros, deux gars kiffent une meuf, y en a un il est gentil et l’autre il est méchant alors le méchant il tue le gentil mais ça va pas se passer comme ça) et y colle une mouche douée d’intelligence en plein milieu, comme si de rien n’était. On est dans un film pour enfants avec de la violence, un film d’amour avec une créature bourdonnante, un film d’action avec des effets spéciaux ridiculement pas crédibles, et tout ça est traité avec le plus grand des sérieux qui oblige, une fois le contrat de base passé, à se laisser complètement convaincre. Eega est vraiment un divertissement de très bonne tenue, dont finalement l’aspect le moins crédible n’est pas sa mouche protagoniste mais le fait que, sous forme humaine, c’était un gros stalker dont l’héroïne tombe brutalement amoureuse...
Jeu vidéo

UFO 50 – J’ai été peu disert dans cette rubrique de la compote ces derniers temps : c’est que j’étais occupé à explorer pas moins de 50 jeux différents, ça prend du temps… Enfin, pour être exact, j’ai exploré UFO 50, fausse compilation de jeux vintage qui serait déjà incroyable si ce n’était que ça mais se paye en plus le luxe d’une méta-narration et de pas mal de petites choses cachées dans les recoins ! Difficile de te faire un récapitulatif des 50 jeux, certains bien meilleurs que d’autres, quelques-uns auxquels j’ai beaucoup joué et les autres que j’ai vite abandonné : tu n’auras pas les mêmes préférences que moi, mais ce qui est sûr c’est que tu y trouveras certainement ton bonheur entre jeux de plate-formes, de puzzle, de baston, de tir… Tout y passe et je suis vraiment épaté à la fois par la cohérence de l’ensemble et par l’inventivité qui se dégage de chacun des titres. Vraiment un grand ajout à ma ludothèque !
Jeu de société

7 Wonders Duel – Avec seulement deux parties dans la besace, c’est un peu tôt pour se faire un avis définitif sur la classique version en duo de ce classique auquel j’ai finalement assez peu joué… On y retrouve la mécanique du grand frère, à savoir une course aux points dans laquelle il faut choisir sa stratégie en espérant que l’adversaire ne la devine pas ni n’a choisi la même. Ça se marie très bien avec un enchaînement de micro-choix qui n’ont parfois de conséquences qu’assez tard dans la partie, et donc aussi une petite part de chance qui n’est pas désagréable. Bref, c’est une machine bien huilée, qui mérite sa réputation et dans laquelle j’ai hâte de replonger !
Musique

Coconut Records, Davy – Est-ce que j’apprécierais autant ce disque si je ne savais pas qu’il y avait Jason Schwartzan derrière presque tous les instruments ? Il est fort probable que oui, car Davy ne se range pas dans la catégorie « je suis un⋅e acteur⋅ice mais j’ai envie de faire un disque » qui donne parfois de bons résultats, et souvent non. Ici il y a une vraie maîtrise musicale, toute en retenue, et si Davy n’est pas un grand disque il s’insère quelque part dans la longue chaîne qui va des Beatles à Elliott Smith, avec ses titres pop qui rappellent tous un peu quelque chose d’autre, sans que ce soit un mal : dès le premier titre il y a quelque chose d’enchanteur qui demeure dans les chansons qui sonnent comme Ben Folds, comme Sergeant Pepper ou comme les Beach Boys. Malgré cette multicouche de références sonores il se dégage quelque chose de très sincère de Davy, du début à la fin, et ça me semble une parfaite bande-son de week-end tranquille.
L’arrière-queer de Milouch

Je suis une idiote de t'aimer de Camilla Sosa Villada
J'ai déjà parlé ici de mon amour des textes de Camilla Sosa Villada, autrice entre autre des Vilaines et d'Histoire d'une domestication. J'aime beaucoup l'intensité et l'acuité du réalisme magique qu'elle met en ses mots. Ce petit recueil de nouvelle ne fait évidemment pas exception. Ce sont des nouvelles figés entre la boue et les cuissardes, des textes et des personnages défigurés jaillissant de la nuit.
MAIS, il me faut vous le dire, j'ai un très gros problème avec la première nouvelle qui contient une méga fétichisation des corps noirs. C'est hyper malaisant et ça m'a sortie du bouquin plusieurs fois... Dans un monde gay où les personnes racisé⋅es sont ramenées à des fantasmes coloniaux, le livre aurait pu proposer autre chose, mais non, il se vautre dans la fétichisation...
Alors, je voulais profiter de cette chronique pour vous faire une autre recommandation et vous parler de Racisant vs Grindr, un compte Instagram qui traitait avec justesse des sujets de fétichisation au sein de la communauté gay et qui racontait des histoires de personnes racisé.es sur Grindr en y exposant le racisme systémique qui y a court.
Malheureusement, j'ai découvert aujourd'hui que le compte n'existait plus... Il ne nous reste donc plus qu'un article du Bondy Blog et nos yeux pour pleurer !
Le mass et la plume

J’ai lu Notre part de nuit de Mariana Enriquez. Le roman s'ouvre sur Gaspar, un jeune garçon, et son père Juan, dans une Argentine sous dictature militaire. La mère a disparu dans des circonstances tragiques, et l'on comprend rapidement qu'une obscurité bien plus profonde se dissimule derrière ce deuil.
Dans ce roman d'horreur mystique saupoudré de gore et de scènes dérangeantes, Mariana Enriquez nous plonge dans l'Argentine de la dictature avec une écriture — ici en traduction — directe, sans fioritures, mais d'une efficacité redoutable. Comme dans le récit lui-même, une noirceur poisseuse s'empare du lecteur et le tire vers quelque chose d'innommable.
Le fond est difficile, parfois éprouvant, et certaines parties accusent quelques longueurs. Pourtant, je me suis laissé happer par cette obscurité. L'auteure incarne l'horreur dans la chair, dans le concret, dans le malaise — quelque part entre Stephen King et Lovecraft. Un culte impitoyable au service d'une divinité sombre constitue le moteur du récit, mais le livre est bien plus que cela : une métaphore des années noires de la dictature, dont le poids continue de peser sur la conscience argentine.
Si le roman n'a pas fait l'unanimité lors du club de lecture du Bocal, j'ai pour ma part trouvé la partition horrifique particulièrement réussie.
Par ailleurs :
— Un quiz sur les couvertures de livres scientifiques des années 80 (tout le site vaut le détour).
— L’enquête du siècle : pourquoi ce « H » est-il à l’envers ?
— Barbara Iweins a possédé beaucoup de choses.
— Les autres musiques de la semaine : tranquilles avec The Breeders, au cinéma avec Pink Floyd et dans le garage avec BUNCHEONG.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Infinite Bisous.
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