La compote de Côme #267
Un valet de chambre, un labyrinthe, et un adieu.
Jeux de rôles

Exceptional Acquisitions Squad – L’idée d’une équipe de bibliothécaires chargée de naviguer à travers le multivers pour mettre à l’abri les ouvrages les plus rares me remplit d’enthousiasme ; l’idée de jouer avec les tuiles d’un Scrabble ou équivalent, encore plus ! À la lecture, je dois bien reconnaître qu’un système dans lequel on doit prendre en compte la proximité d’une lettre avec le début ou la fin de l’alphabet me paraît un peu compliqué à mettre en place, mais on ne peut pas reprocher à EAS de tenter d’innover...

Torchons et serviettes / Hex & the City – Le système de Lasers & Feelings continue sans relâche de produire des petits jeux, mais il faut bien lui reconnaître qu’il est sacrément efficace, avec ses deux stats et un seul jet de dés… Cette semaine je t’en propose deux variations qu’on pourrait croire sorties de mon imagination sauf que non : le génialement nommé Torchons et serviettes, dans lequel on joue le personnel d’un grand hôtel, et Hex & the City pour jouer les compagnon⋅nes de Buffy sans Buffy (en gros). Deux salles, deux ambiances, une même réussite !

Landfall – Voici encore un jeu qui repose sur une idée géniale et qui bâtit brillamment dessus : tu es sur une île volante et puis tu te casses la gueule par-dessus bord, tu as 10 secondes avant de t’écraser comme une crêpe, tu fais quoi ? Fort de cette proposition le jeu élabore une logique de « problème → solution » à laquelle je n’ai pas tout compris, mais il s’agit d’un prototype et il y a des dessins de petits bonhommes qui tombent alors je lui pardonne volontiers ses défauts.

La Dernière ascension – À l’origine, il y a un jeu de damnation souterraine, plutôt pas mal d’ailleurs, mais cette histoire d’ascension maudite dans laquelle on va tous⋅tes y passer m’enchante davantage ! J’y retrouve une mécanique pas très loin de la fameuse bile noire de Vivienne Féasson, avec un principe de doute qui s’accroît et qui, s’il nous permet de réussir, ne marchera qu’un moment, jusqu’à nous envahir. Tout ça est complété par des bouts de décor pas très loin de la logique de Wanderhome, ce qui permet à ce petit jeu de se hisser sur les épaules de ses aînées avec brio !
Littérature

Very Good, Jeeves – Au moins un an après en avoir entamé les quelques nouvelles introductives, j’ai poursuivi dans mon omnibus des aventures de Jeeves, le valet de chambre britannique prototypique. Very Good, Jeeves est également un recueil de nouvelles qui suivent toutes plus ou moins le même schéma narratif : le narrateur est dans la mouise, il a une bonne idée mais en fait elle est nulle, Jeeves son valet lui sauve la mise. C’est un peu répétitif mais à petites doses ça passe, surtout avec un style humoristique qui a plutôt bien résisté à la patine du temps… Le prochain ouvrage dans l’omnibus est un roman, on verra ce que donnent ce genre de facéties en long format !
Non-fiction

Petit traité de taxonomie, tome second : des volatiles – L’ami Jan Van Houten m’a glissé entre les mains ce petit fanzine le week-end dernier, et ça faisait longtemps que je n’avais pas autant ri en aussi peu de pages. Vraiment Jan a un talent de l’économie comique assez remarquable, en plus d’être très doué pour assembler de petits zines très efficaces qui augmentent mon amour de la pratique semi-amateur ! Et puis maintenant je sais reconnaître tous les oiseaux pigeons sans problème.

D’Après une histoire de Stephen King – Vu la lenteur à laquelle je progresse à travers l’œuvre de Stephen King, j’ai fini par décider de ne plus prendre mon temps, comme prévu, pour lire ce volume offert par l’ami Steve il y a un moment et qui se propose de jeter un œil à toutes les adaptations à l’écran des histoires de Stephen King. On s’en doute, il y en a des moyennes, quelques réussies et beaucoup de ratées, et j’apprécie que les auteurs, malgré un ton parfois un peu trop familier, se soient vraiment tapé des heures de vidéo pour préparer leur ouvrage. Je dois dire que tout ça ne donne pas particulièrement envie de regarder telle série ou tel film ; en revanche, ça me donne envie de me plonger dans certains volumes de King… ce que je finirai bien par faire dans quelques mois ou années !
Jeunesse

La Soupière magique – Deux belles découvertes au rayon jeunesse cette semaine, au hasard de déambulations à la bibliothèque… D’abord, cette histoire qui embrasse ce que je préfère dans les histoires pour enfant, avec un objet magique, une catastrophe de plus en plus incontrôlable, des gamines qui n’ont pas froid aux yeux, et du fantastique qui ne s’embarrasse d’aucune explication, parce que la rationalité c’est un truc d’adulte !

La Fabuleuse histoire de la poire géante – L’autre découverte c’est ce grand livre au graphisme qui me rappelle les grands livres de Richard Scarry et qui se range dans le domaine du duo d’animaux anthropomorphiques qui part à l’aventure, avec la grande valeur ajoutée que cette aventure implique de transformer une poire géante en bateau et qu’elle contient des scientifiques légèrement déjantés !
Page de pub

Les Sœurs Forbannes – Je t’avais il me semble déjà parlé de ce petit jeu en 36 mots que l’ami Helkarava m’avait fait le grand honneur d’illustrer en intégralité : je n’en attendais pas tant pour un machin expérimental qui parle de femmes pirates fuyant (ou combattant) les forces du patriarcat ! Eh bien l’aventures des Sœurs Forbannes ne s’arrête pas là puisque Valentin Daniel (de la Maison Nébuleuse) a eu envie d’en produire une version imprimée, et augmentée : le jeu fait maintenant deux fois 36 mots ! Bref, à partir de pas grand-chose me voici avec une nouvelle addition à ma ludothèque dont je suis plutôt fier !
Films

Universal Language – Hasard ou coïncidence, j’ai vu cette semaine ce film irano-canadien qui réimagine la ville de Winnipeg comme peuplée presque entièrement d’iranien⋅nes qui déambulent comme dans un film de Jacques Tati. Ça donne un film à l’humour gentiment absurde, aux teintes beiges et grises laissant pourtant passer la chaleur, qui déroule ses intrigues parallèles jusqu’à ce qu’elles se rejoignent dans un final délicieusement énigmatique. Une magnifique découverte !

Les Temps modernes – Je n’avais pas revu ce Chaplin depuis mon enfance et il ne m’en restait que la scène des rollers au bord du vide, et celle de Charlot avalé par la machinerie, bien sûr. Le revoir adulte (avec une enfant à ses côtés) c’est se rendre compte qu’il s’agit d’une histoire plus décousue que d’autres longs-métrages de Chaplin : c’est essentiellement un film à épisodes qui explore différentes situations de travail, avec une vague intrigue par-dessus pour lier le tout. Ça n’en fait pas pour autant un film désagréable, tant sa charge politique est explicite… À noter aussi une allusion à la drogue qui m’avait complètement échappé dans mes jeunes années, très osée pour l’époque, et un superbe final chanté dont j’avais oublié l’existence.
Jeu de société

Perplexus original – Ça fait des années que je vois traîner ces machins chez tous mes potes geek, et à chaque fois je ne peux m’empêcher de les tripoter dans tous les sens… L’occasion était donc trop belle quand j’en ai croisé un à vil prix ! J’y ai retrouvé ce plaisir tactile du puzzle qu’on bascule dans tous les sens, comme les machins en bois plein de trous qu’il y avait chez mes grands-parents, avec évidemment davantage de complexité (et de plastique). Je ne suis pas sûr que j’y retoucherai souvent, mais si j’en vois passer un autre, mettrais-je aussi le grappin dessus ?
Musique

Anne Sylvestre, Bye Mélanco / Juste une femme / Manèges – Logique qu’Anne Sylvestre, arrivant vers la fin de sa longue carrière, se trouve plutôt à regarder vers l’arrière : ça explique des titres comme « Bye mélanco », puzzle de souvenirs de jeunesse, en miroir de « Ah l’amour l’amour » qui parle plutôt des sentiments qui durent. Bye Mélanco, c’est l’album où Sylvestre reparle de sa longue série des fabulettes, monceau de chansons pour enfants dont je ne te parlerai pas ici, de son amour pour la scène dans une de ses plus belles chansons et, peut-être, d’une certaine lassitude de devoir pondre sans discontinuer. Il y a aussi cette chanson sur le mariage gay, dont je n’arrive pas à savoir si elle est humoristique, sincère, un poil réac, ou un peu de tout ça… Dans le dernier album solo pour adultes publié de son vivant, l’album du presque trop tard, c’est le grand retour des portraits, avec une histoire d’amour mal assortie qui commence un jour d’élection (!), une petite vieille qui ne se laisse pas marcher dessus (toute ressemblance…) ou encore toutes celles qui ont subi une agression sexuelle. Il ne reste plus, pour finir ce tour de piste, que les fragments recomposés de Manège, qui évoquent bien entendu une dernière fois le thème de l’eau et celui des relations mère-fille… et puis un dernier tour en enfance, avec la voix qui tremble un peu, concluant avec cette élégance éternelle plus de 60 ans de carrière d’une immense chanteuse.
Le mass et la plume

J’ai vu Sinners de Ryan Coogler. J'ai regardé un peu par curiosité : j’avais entendu dire qu’il avait reçu pas mal de récompenses aux Oscars, et j’aimais beaucoup l’affiche — parfois, il n’en faut pas plus. Je ne vais pas détailler le pitch, mais c’est un film plein de surprises qui se déroule dans le Mississippi, en 1932. On y suit les jumeaux Elijah et Elias, deux Afro-Américains revenus de Chicago avec l’ambition de monter un club de blues. Pour cela, ils vont faire appel à leurs connaissances et tenter de concrétiser leur projet.
Sur la forme, le film est magnifique : il y a beaucoup d’effets de style parfaitement maîtrisés. Si je devais émettre un petit bémol, je dirais que la photographie est presque… trop belle.
Sur le fond, c’est un film sur la liberté et l’amour, deux thèmes qui vont souvent de pair. On pourrait penser que c’est assez classique, mais pas du tout : le film mélange plusieurs genres qu’on n’a pas l’habitude de voir associés, et cela fonctionne très bien.
Même si, je l’avoue, j’ai vu venir certains twists d’assez loin, cela ne gâche en rien l’expérience : le film reste efficace, et la fin est particulièrement réussie. Mention spéciale à Michael B. Jordan, qui interprète les deux frères et parvient à leur donner une identité propre. (Même si, je l’avoue, je me suis parfois un peu perdu entre les deux — ce qui explique aussi pourquoi ils sont séparés au début du film ; je n’avais pas compris immédiatement que c’était le même acteur !) Une très belle découverte, que je recommande, même à ceux qui préfèrent habituellement les films de genre — si, si.
Par ailleurs :
— Les autres musiques de la semaine : l’électro itérative de King Gizzard & the Lizard Wizard, un concert imaginaire de Daft Punk et une soirée à s’endormir en compagnie de Jeff Bridges.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Tom Darnal.
Ajouter un commentaire: