La compote de Côme #266
Un cowboy, un clown et un koala.
Jeux de rôles

Uneasy Lies the Head – Difficile, semble-t-il, de concevoir un jeu de rôle à propos de la chute d’un roi et des manigances de cour sans en faire quelque chose tenant du jeu de stratégie… Même les propositions les plus narratives telles Les Marches du pouvoir de Melville ont leur content de machinations dans l’ombre traduites mécaniquement. Uneasy Lies the Head penche lourdement de ce deuxième côté, avec des jetons à poser sur des échelles, des cartes à manipuler et encore d’autres façons de jouer qui font du jeu une mayonnaise plutôt réussie mais ardue à mélanger. Il manque sans doute dans tout cela de bons résumés et, peut-être, un peu de « rôle » dans ce jeu de rôle, en tout cas à la lecture...

Supernatural Sharehouse – Étrangement, alors que les récits de colocation casse-gueule sont légion dans les sitcoms, on en trouve assez peu en JdR, à part une ou deux tentatives qui ne m’ont pas complètement convaincu… Supernatural Sharehouse se distingue des autres essais du genre avec ses archétypes plutôt bien vus et le fait que cet appart est plein de monstres dont il faut s’occuper la nuit. En étant objectif, il manque sans doute un peu de contenu au jeu pour qu’on puisse vraiment s’en servir (la partie sur les monstres nocturnes, précisément, est un peu vite expédiée), mais il s’en dégage quelque chose de sympathique !

(I Must Remain) The Glad Cowboy – Ça ne me surprend pas trop que ce petit jeu de Kieron Gillen soit un bijou de concision qui dissimule derrière ses apparences de shitgaming quelque chose d’assez bien vu : en l’occurrence, l’histoire d’un cow-boy qui doit absolument voir la vie en rose en toutes circonstances, et surtout ne pas penser aux choses atroces qu’il a pu commettre dans le passé. Quelque chose de l’ordre du malaise horrifique, donc, que j’ai bien envie de tester à l’occasion...
Littérature

It – C’était long d’arriver au bout d’un des romans les plus longs de Stephen King, également le plus connu et celui avec le pitch qui me tentait le plus… On m’avait promis un récit qui oscillait entre enfance et âge adulte, qui parlait donc de nostalgie et de trauma, et sur ces plans je n’ai pas été déçu : c’est la force de King de parvenir à brosser des personnages convaincants et attachants, et même toute une géographie urbaine (qui se paye en plus le luxe, cette fois-ci, de se déployer dans le temps). Bon, il ne faut pas trop trop se concentrer sur l’intrigue, qui n’est finalement pas si touffue (surtout du côté adulte) et il faut sans doute ne pas trop faire attention à l’obsession de l’auteur pour les descriptions physiques de ses personnages féminins, sans parler des scènes de sexe (celle de la fin du roman, tu sais laquelle si tu l’as lu, est tout de même un Himalaya de malaise). Comme d’habitude, donc, les romans de King contiennent à la fois beaucoup de très bonnes choses et pas mal de faiblesses : dans l’ensemble ça fonctionne mais il ne faut pas y regarder de trop près...
Non-fiction

J’ai peur / Avec l’âge – Voici deux petits livres que Camille m’a mis entre les mains et qui m’ont rappelé certaines explorations systématiques de Tony Papin, par exemple BILD ou 35. Ici le principe est le même sur les deux livres, décliner un début de phrase et le représenter graphiquement, jusqu’à obtenir un portrait en creux de l’artiste, dans lequel je me reconnais parfois. Ce qui est également intéressant, bien sûr, c’est le dialogue entre les deux volumes, publiés à 15 ans d’écart !
Page de pub

L’Hôtel du Lion rouge – Hey, tu t’en souviens de ce jeu que j’ai sorti l’année dernière, où on explore et décrit un grand hôtel à coup de défis narratifs ? Eh bien j’ai pas mal traîné mais j’ai enfin pris le temps de lui bricoler une page itch, sur laquelle on peut acheter le jeu en version imprimée… mais aussi y jouer en ligne ! Eh oui, une des raisons pour lesquelles ça a traîné c’est qu’il fallait que je trouve le temps de mettre en place une version numérique du jeu à laquelle tout le monde a désormais accès de façon gratuite. En espérant que ça contribue à faire (re)découvrir ce que je considère comme l’une des meilleures entrées de ma ludographie...
Séries

The 8 Show – Ça m’a pris un an et demi de voir cette série recommandée par mass mais enfin m’y voilà ! Je suis néanmoins bien moins enthousiaste que lui sur cette pâle copie de Squid Game… Certes, le fait que la série ne dure que 8 épisodes empêche de perdre trop de temps dans des intrigues inintéressantes : ça va vite, les personnages sont vite brossés et vite balancés dans la sauce et on ne peut pas dire qu’on s’ennuie. De même, ce n’est pas vraiment la violence grandissante (psychologique et corporelle) montrée à l’écran qui m’a gêné (malgré mes réticences habituelles en la matière), ni même le commentaire un peu léger sur le capitalisme : tout cela fait partie de la proposition de base, ce serait donc exagéré de m’en offusquer. J’ai été bien plus gêné par les incohérences qui s’accumulent au fil des épisodes et des retournements de situation pas toujours crédibles, amenant au final une certaine déception, malgré le bon goût du pop-corn...
Films

Executive Koala – Une bonne partie de la filmographie de Minoru Kawasaki est assez cohérente puisqu’en plus de ce film dans lequel on suit la descente en spirale d’un homme en costume de koala, on trouve dans d’autres métrages des crabes, des poulpes et même parfois des perruques létales. Executive Koala pourrait, au-delà de l’excentricité de son protagoniste, être un film finalement assez attendu sur un personnage à double personnalité dans une société japonaise un peu corsetée… Mais Kawasaki va plus loin que son postulat de base et balance dans son film (dont l’intrigue bouge très vite) des scènes de film de rêve, de procès chanté ou de baston finale digne de film de super-héros. Une chouette étrangeté donc, qui comporte tout de même, je me dois de t’en avertir, des scènes de violence conjugale qui m’ont semblé assez superflues.

La Chimera – À la maison on avait adoré Heureux comme Lazarro et Les Merveilles d’Alice Rohrwacher, il était donc peu probable qu’on n’adore pas aussi La Chimera… On y retrouve les mêmes décors de la campagne italienne, les mêmes personnages de troisième zone perdus dans leurs quêtes inatteignables : ici c’est l’amour ou la richesse, les deux étroitement liés au pillage de reliques étrusques. Le tout est emballé dans une série de scènes impeccablement filmées, dont le ton et le sens nous échappent toujours un petit peu, comme si on flottait dans un univers pas tout à fait semblable au nôtre, où tout était un peu mythologique et très près de la terre en même temps...
Jeu vidéo

Strange Jigsaws – Après m’être attaqué à des labyrinthes, il était logique que je passe aux puzzles, leur pendant naturel ! Ce petit jeu (sur Steam Caroline, sur Steam !) continue dans la veine du précédent, c’est-à-dire qu’il prend un truc que tout le monde connaît et le triture de plus en plus étrangement, jusqu’à ce qu’on ne soit plus tout à fait sûr de ce qui est un puzzle et ce qui ne l’est pas, ni d’ailleurs d’à quel jeu on joue exactement… Un peu plus difficile que Twenty Small Mazes, Strange Jigsaws est en revanche tout aussi zinzin !
Musique

Anne Sylvestre, Partage des eaux / Les Chemins du vent – Anne Sylvestre chantait des chansons d’eau dès le début de sa carrière, pas étonnant donc qu’elle y retourne en l’an 2000 ; mais ce ne sont pas les chansons aqueuses que je retiens de Partage des eaux. À la place, ce qui m’accroche l’oreille, c’est le rythme chaloupé d’une chanson un rien maladroite sur ses voisines racisées ou sur les classes sociales les plus pauvres ; c’est une douce chanson d’amours lesbiennes, peut-être la seule de la discographie de Sylvestre ; ce sont, bien sûr, les chansons humoristiques, sur les hormones ou sur les culs et les chemises... et puis il y a cette étrange comptine qui, sans être d’un grand niveau, se plante fermement dans le crâne quand on l’écoute… Sur Les Chemins du vent, tout semble être du Anne Sylvestre plus classique (et donc moins entraînant) jusqu’à une ode de la chanteuse à sa voiture, oui oui. On y trouve aussi une chanson mi-drôle mi-touchante sur le quotidien, une autre sur la difficulté de se maquiller les yeux, et une dernière sur le plaisir du bitch...
Par ailleurs :
— Combien d’animaux peux-tu nommer en une (très grosse) minute ?
— Puisque les IA génératives nous piquent notre boulot, autant faire de même.
— Non non non, hors de question de me remettre à Sim City.
— En revanche je suis plus intelligent qu’un ordinateur, ce qui est toujours une bonne nouvelle.
— Un projet de poésie collective lancé par luvan !
— Les autres musiques de la semaine : le rock con de Bloodhound Gang, le krautrock de Kraftwerk et la word folk de Voekoevaka.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Mes Aïeux.
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