La compote de Côme #265
Des cafards, des ananas et des labyrinthes.
Jeux de rôles

Bath Knight – Bath Knight est un jeu de rôle de chevalerie dans lequel on joue des chevaliers dans un bain. C’est-à-dire que nos personnages sont dans un univers entièrement fait de bains, et nous on est dans notre bain, en appel vocal (ou visio pour les plus à l’aise) avec les autres personnes avec qui on joue. Oui, c’est du shit gaming mais de qualité, avec un univers réellement intéressant, des amorces d’intrigue, un système qui tient la route… Voilà, je crois que c’est la fin de la route pour le jeu de rôle, on fera pas mieux.

An Idle Mind - Bon, on peut tenter d’autres trucs, cela dit. Par exemple un jeu qui se joue à l’écrit sur un serveur Discord, où l’un.e des participant.es joue un Rêveur qui pourrait bien anéantir le monde, et les autres des personnages qui essaient de l’atteindre pour le sauver ou le tuer. Avec des règles tactiques et des histoires d’entités et de zones maléfiques. J’ai honnêtement pas tout compris, mais écrivant moi-même un jeu avec des rôles asymétriques, forcément ça m’a titillé...

By Hook or by Crook, or The Gilded Cage - Allez on peut encore faire d’autres trucs, pourquoi pas un jeu qui s’inspire de la série Le Prisonnier ? OK ça a déjà été fait de façon magistrale, mais d’une part on n’a jamais assez de jeux inspirés par Le Prisonnier, et d’autre part ce jeu-là implique plus de chiffres et de scores qui montent et descendent, avec une ambiance peut-être plus surrealist sixties que Be Seeing You (qui profite de son thème pour instiller une réflexion sur la surveillance de masse). Deux salles, deux ambiances donc, mais avec le même grand-père !

Violent Delights – Décidément tu es difficile à satisfaire et tu veux quelque chose qui change encore plus de l’ordinaire… Eh bien soit, voici un JdR pour réécrire l’histoire de Roméo et Juliette, en partant du principe que les pièces d’un jeu d’échecs sont les personnages de la pièce et que chacun de leur mouvement symbolise quelque chose entre la danse et le combat. J’ai (une fois de plus) pas tout compris, mais la page itch du jeu inclut un tuto en vidéo, ce qui est une chouette initiative !

You Are A (Fantastic) Cockroach – Bon sinon j’ai ça, un jeu solo dans lequel tu joues un cafard qui se déplace sur une grille infinie, avec l’espoir de devenir radioactif, ou bien rejoindre le paradis des cafards. Je suis pas vraiment sûr de ce que c’est au juste que ce document, quel esprit fiévreux l’a engendré ; tout y est (littéralement) flou mais génial à la fois. En un sens, c’est une autre fin de route, au moins pour cette semaine...

Féodal – Une proposition un peu plus classique se cache derrière ce Féodal… ou presque : son cadre de Moyen-Âge post-apo est plutôt classique et agréable, les règles se focalisent autour du combat et la gestion de l’équipement, certes, mais ses illustrations donnent au jeu un ton coloré pas désagréable, et il inclut une pincée de secrets du genre que j’ai peu croisé dans mes explorations ludiques et ça fait plaisir ! Et comme en plus c’est une version beta, il y a des chances que je t’en reparle quand ça aura poussé un peu...
Littérature

Anamnèse de Lady Star – L’autre roman de LL Kloetzer que j’avais lu ne m’avait pas déplu, et il y en avait un autre qui m’attendait patiemment depuis presque un an sur ma pile de lecture… Eh bien cette Anamnèse ne m’a pas déplu non plus, même si je m’y suis senti bien plus perdu ! Le roman m’est apparu comme un labyrinthe, avec un couloir d’entrée plutôt bien balisé et agréable à parcourir, mais donnant vite sur une enfilade de salles bien plus baroques, qui ne sont reliées entre elles que par de ténus motifs et quelques ouvertures qui laissent apparaître d’autres parois… Bref, assez rapidement le bouquin m’a paumé, et à la fin je ne savais pas trop ce que je lisais, si ce n’est que tout cela était parti dans une direction à laquelle je ne m’attendais pas et qui n’était pas vraiment celle qui me plaisait le plus, hélas !
Séries

Taskmaster saison 2 – Bon, on a tenté la version australienne de Taskmaster sans être convaincus, car c’est difficile de remplacer les animateurs vedettes, même si Taskmaster Junior avait fait du bon boulot… Du coup, retour aux origines avec la 2e saison de la série-mère, plus courte que les saisons plus récentes mais toute aussi zinzine ! Beaucoup de pommes de terre, un candidat un peu sérieux, un assez loin sur l’échelle de la zinzinnerie, un copain de Greg Davies qui se prend des vannes toute la saison : on est en terrain connu, et ça fait du bien. Tâches préférées : se passer une patate d’un kiosque à un autre en ne pouvant pas parler (ou voir, ou entendre, selon les cas) ; cacher le maximum d’ananas sur soi.

Nathan For You saison 2 – J’avais besoin d’une pause avant de revenir à Nathan For You, série qui, comme je l’écrivais, me fait rire autant qu’elle me crispe : contrairement aux productions plus récentes de Nathan Fielder, dans lesquelles on rit principalement de lui et on se sent aussi mal à l’aise que les gens qui sont dans la même pièce que lui, Nathan For You se moque aussi de la crédulité et (parfois) de l’espoir de petits entrepreneurs, n’hésitant pas à travestir la vérité pour cela. Donc oui, les situations sont absurdes et mettent en lumière l’absurdité semblable de l’entreprenariat en général et aux États-Unis en particulier, mais quelques épisodes m’ont fait grincer des dents par pour les bonnes raisons...
Films

Die Theorem Van Allem – Ce n’est pas dans son récit que ce film fantastique allemand est intéressant : histoire d’amour tragique, jeune scientifique qui se confronte à des choses trop grandes pour lui, hôtel dans les Alpes suisses, tout cela n’est pas très original même si bien exploité ici… Ce qui donne sa force au film, c’est la façon dont il est filmé comme un film gothique d’antan, avec juste ce qu’il faut de touches lovecraftiennes et de non dits pour ne pas décevoir par sa conclusion (qui est, par ailleurs, d’une tristesse absolue). Much style, some substance pour ainsi dire !

Mr. K – Au vu de ce que j’ai récemment appris sur Crispin Glover (je t’épargne une recherche Internet en t’apprenant que le gars qui a bâti toute sa carrière sur le fait d’être creepy est réellement affreux), je me serais bien passé de lui dans ce film qui s’inspire aussi bien des œuvres de Kafka que de celles de Terry Gilliam ; ça ne m’a pas empêché d’aimer cette ambiance d’hôtel bizarre, qui ne perd pas de temps à installer une ambiance des plus surréalistes dans laquelle on comprend vite qu’il n’y aura pas beaucoup de réponses. L’action va crescendo là où l’étrangeté demeure à peu près la même jusqu’au bout, et je me suis bien plu dans cette ambiance, mais moi dès que tu me mets un décor d’hôtel, hein...

Coco – Certes, il y a sans doute pas mal de clichés sur le Mexique dans Coco, dont une présence surplombante de Frida Kahlo, et une voix en VF (celle d’Ary Abittan, et oui) dont on se serait bien passé, mais un Disney sans presque aucune chanson qui parle pourtant de musique, un film pour enfants sur la famille pas trop gnan gnan et qui explore la mort et l’oubli qu’elle génère sans en faire des caisses, c’est plutôt du positif à mon avis ! Avec ce qu’il faut de rebondissements et de scènes tire-larmes, prévisibles dans les deux cas mais je me fais avoir car je suis bon public...
Jeu vidéo

20 Small Mazes – Tu sais comment c’est, tu lances un jeu gratuit (sur Steam, Caroline, sur Steam !) pour voir vite fait ce que c’est, et comme c’est un jeu de labyrinthe et que tu aimes bien les labyrinthes, tu continues un peu, puis un peu plus, c’est pas trop difficile en fait, oula celui-là est retors, celui-ci sans la soluce j’aurais pas trouvé et voilà, une heure plus tard tu as fini le jeu d’un seul coup alors que tu avais du boulot… Bref, 20 Small Mazes est un sacré bon petit jeu !
Jeu de société

Herd – Je suis un grand fan des jeux de Blaž Gracar, comme tu le sais déjà. J’avais avalé LOK plutôt 3 fois qu’une, m’étais fondu le cerveau avec ABDEC, et WORKWORKWORK traîne sur mon bureau depuis des mois, incomplet car sa complexité me fait peur… Herd était donc une distraction bienvenue, une série de puzzles avec des figurines qu’on fait glisser sur un livre, avec des règles suffisamment simples et surtout autorisant suffisamment de tâtonnements pour que ça me prenne moins la tête. J’ai quand même mis du temps pour en venir à bout, car son 2e chapitre requiert un peu plus de finesse que le premier… mais enfin voilà, j’ai atteint le dernier puzzle officiel et peux donc en parler ici ! Oui parce qu’il y a, comme à l’accoutumée avec les jeux de Gracar, une tonne de contenu secret, avec des trucs qui me narguent depuis le début et d’autres dont je ne connais pas encore la signification. J’ai donc terminé mon voyage, mais n’en suis en réalité qu’à la moitié...
Podcast

Le Perroquet des Batignolles – Autre marathon débuté il y a un moment (juste après avoir fini Le Mystère Mornefange), ce podcast dont j’avais lu l’adaptation en BD (enfin, le début) il y a bien longtemps… Ça commence comme un feuilleton pulp assez classique, avec du mystère, de l’enquête et des antagonistes hauts en couleur, et puis ça glisse petit à petit vers d’autres genres, ça devient sa propre créature, avec des parenthèses souvent un peu longues, comme s’il fallait étirer pour tenir les 110 épisodes. Et puis ça finit assez loin de là où ça a commencé, avec un cliffhanger annonçant la suite (heureusement moins longue) qui, je le sens, va partir plus loin encore des rivages originels...
Musique

B Dolan, Fight Naked – Je ne vais pas cette semaine te parler D’Amour et de mots par Anne Sylvestre, ni de son album basé sur les Fables de la Fontaine ; sans les avoir trouvés mauvais, je n’y ai pas entendu de quoi mériter mention dans cette compote. Alors que dans le dernier album de B. Dolan, il y a largement de quoi se régaler ! Celui-ci est, pour une fois, globalement bâti sur des boucles simples, avec un son résolument tourné vers le passé du hip-hop, ce qui n’est jamais plus clair que sur cette ballade presque RnB ou sur ce son très rétro, le premier pour parler du cauchemar du capitalisme, le second de la masculinité toxique. C’est que de one-liners soulignés par des cuivres à ses chansons les plus sombres, Fight Naked n’abandonne pas le terrain de prédilection de Dolan, à savoir le hip-hop de gauche, parfois très personnel, parfois acide et parfois touchant mais toujours engagé et sans concession. Un beau retour en forme après les productions précédentes qui m’avaient moins convaincu !
L’arrière-queer de Milouch

Je vis dans une maison qui n'existe pas de Laurène Marx
C'est l'amie Eugénie qui m'a offert ce livre de poèmes de Laurène Marx. Un livre fluide qui coule et déroule. Tout s'y envole dans un grand fracas des pensées à la typographie.
C'est un récit sur la transition, la fluidité de genre mais aussi l'oppression que l'on subit, la peur, l'enfermement et la coercition. Un texte cryptique mais aussi parfaitement limpide, une très belle découverte que j'espère un jour voir en spectacle !
Le mass et la plume

J’ai lu Le Silence et la Colère de Pierre Lemaitre. Ma fille l’avait lu avant moi et me l’avait très bien vendu, donc je l’ai proposé au club de lecture du Bocal pour le découvrir à mon tour.
Il s’agit du tome 2 d’une saga, il est donc sans doute préférable de lire le tome 1 avant, mais ce n’est pas indispensable : le roman peut se lire de manière autonome. Les intrigues ont leur propre dynamique et pourraient presque constituer une fin en soi, même s’il est évident qu’on reste un peu sur sa faim, puisque l’histoire se poursuit ensuite sur deux autres volumes. Nous sommes plongés dans la vie de la famille Pelletier : deux frères, une sœur et leurs parents qui vivent à Beyrouth, au début des années 1950. C’est un roman d’ambiance dans lequel on suit ces trois protagonistes à travers des histoires qui se croisent et s’entrecroisent. En même temps, le livre donne aussi un aperçu de la société de l’époque : les mœurs, les désirs et les transformations du monde des années 50.
Sur la forme, c’est pour moi très bien écrit. La lecture est fluide et se déroule tranquillement ; la langue est simple mais efficace, sans jamais être simpliste. L’auteur fait preuve de beaucoup d’ironie, et on sent qu’il est attaché à ses personnages, au point de réussir parfois à nous rendre presque sympathique… un tueur en série. On suit notamment Jean, qui ouvre un grand magasin à Paris, et sa femme — probablement le personnage le plus odieux du livre. Il y a aussi François, son frère, journaliste spécialisé dans les faits divers, amoureux de Nine (et l’amour est rarement simple dans les romans). Enfin, Hélène, la jeune sœur, qui suit les pas de François et se lance dans l’écriture d’articles sur un village qui va être englouti par un projet d’électricité. On est donc face à une saga familiale vraiment bien écrite, pleine de secrets, de quiproquos et d’un humour subtil que j’apprécie beaucoup.
Un livre très réussi, autant sur le fond que sur la forme. Je conseille.
Par ailleurs :
— Une donnée, cent façons de la représenter.
— Je suis fasciné par cette page Wikipédia qui fait une recension alphabétique des styles musicaux, des plus connus comme la country aux plus obscurs comme la paghjella.
— Les autres musiques de la semaine : du rock à pois, de la pop itérative et du Chopin, tiens, pourquoi pas du Chopin ?
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Cheval !
Ajouter un commentaire: