La compote de Côme #264
Des Conan, des typos et des films queer.
Jeux de rôles

The Too Many Conans Public Domain Time Heist Squad – Ah ça, je me sentais malin avec mon Détective Conan le Barbare, élaboré dans ma fièvre créative du printemps dernier… Et voici que je découvre ce jeu au titre formidable et qui pousse le concept des différents Conans beaucoup plus loin, en se prenant bien moins la tête. Bref, niveau shitgaming (l’équivalent ludique du shitposting) c’est largement au-dessus de moi, bien joué.

Pumpkin Spice: A Magical Cozy RPG – Quickstart – Cette semaine, la moitié de mes contacts rôlistes se sont excités pour ce jeu de sorcières dans un café, alors j’ai fini par aller voir, malgré mes réticences : un jeu qui base toute sa communication sur son apparence visuelle (en l’occurrence d’assez jolis dessins de jeunes sorcières, toutes de la même morphologie et couleur de peau ou presque, la plupart vêtues assez légèrement, bref tout ça est un peu douteux tout de même), ça me fait toujours tiquer. En l’occurrence les éditeurs de Pumpkin Spice ont eu l’honnêteté de fournir gratuitement une version quickstart du jeu qui m’a suffi à constater que ce n’est pas pour moi : certes, son système assez minimaliste semble tourner correctement pour émuler la vie d’un café et les petits événements qui s’y déroulent, mais en dehors de cette ambiance cozy il ne semble pas y avoir grand-chose… pas assez pour mes propres goûts en tout cas.

The Magical Land of Yeld - C’est les vacances et je peux prendre le temps de lire les gros pavés de ma ludothèque ! En l’occurrence je me suis plongé dans ce Yeld qui promet de la medieval fantasy à la sauce Narnia (à la sauce Isekai, en réalité) et c’est du pas mal bon : on a un gros pavé qui est principalement composé des attendus du genre, à savoir un gros bestiaire, plein d’équipement, plein de classes de persos, une grosse campagne en 8 épisodes… Le tout soutenu par un système assez original et simple, qui permet de gérer les choses souplement tout en allant dans la tactique si besoin, et avec un principe de MJ tournant qu’on ne voit pas non plus beaucoup dans ce genre de produits. Bref, c’est sans doute trop gros et trop typé pour que j’en tire plus que quelques étincelles ici ou là, mais dans le genre « jeu de rôle d’aventure familial » c’est un très bon ajout !

Thieves of the Tome - Ce jeu aurait mérité une mention rien que pour son graphisme impeccable mais il dissimule en plus des idées géniales en gigogne : celle de jouer des voleurs qui possèdent des grimoires de sorts qu’ils ne maîtrisent pas, et celle d’utiliser des vrais livres de la vraie vie pour tenir lieu et place desdits grimoires. Je me demande ce que ça donnerait en utilisant des manuels de JdR, tiens...
Littérature

La Chouette aveugle – Parmi mes perversions, il y a une attirance pour le Nouveau roman et tout ce qui va avec, en particulier les effets de désorientation du lecteur/spectateur qu’on trouve aussi bien dans Dans le labyrinthe d’Alain Robbe-Grillet que dans L’Année dernière à Marienbad d’Alais Resnais (dont Robbe-Grillet a écrit le scénario, il n’y a pas de mystères). Ce court roman iranien ne peut prétendre appartenir au mouvement, de par ses origines géographiques et son écriture en 1936, mais il en reprend la même structure en spirale quasi circulaire, la même façon de repasser encore et encore par les mêmes scènes, les mêmes motifs et les mêmes phrases, piégés que nous sommes dans la psyché d’un narrateur au bord de la folie (et de l’autre bord de la misogynie, mais on va dire que c’est l’époque hem hem). C’est tout à fait désorientant, je n’ai qu’à peine compris ce qui s’y racontait, j’ai donc passé un très bon moment de lecture !
Non-fiction

Plain Text #1 – J’ai beau n’y rien connaître, je trouve le sujet de la typographie passionnant : comme beaucoup de choses que j’utilise au quotidien sans trop y penser (à part, un petit peu, quand je fais mes petits jeux), c’est un domaine qui recèle une profondeur insoupçonnée et je trouve fantastique que des gens le prennent très au sérieux, dans ses moindres détails. D’où cette revue, qui traite de typographie principalement sous son angle visuel, pour explorer les myriades de façon dont du texte peut parfois devenir une image, voire n’être plus qu’une image...
Spectacles

Fanfare [expérience] électrique – On a toujours bien aimé le cirque par ici, mais jamais dans sa version la plus clichée, avec des clowns barbouillés de maquillage, des animaux et des magiciens à assistantes… Notre référence en la matière est bien entendu le cirque Romanès mais cette version électrique nous intriguait, et on a bien fait ! Le spectacle est évidemment familial mais avec un accompagnement musical allant chercher du côté du rock énervé et une bonne humeur communicative qui met l’accent sur les prouesses acrobatiques des circassien.nes… Sans oublier une madame Loyal survoltée qui distribue du pop-corn dans les gradins, un ours qui change de genre et d’espèce et une contorsionniste à l’ossature en chewing-gum !
Films

The Celluloid Closet – Les seuls reproches que je ferais à ce documentaire sorti en 1996 et dédié à la façon dont les homosexuel.les ont été représenté.es dans les films hollywoodiens depuis l’invention du cinéma, c’est d’une part qu’il n’ait pas connu de suite, tant cette représentation me semble avoir évolué dans les 30 dernières années (laissant en partie la place à la problématique de la représentation trans) et d’autre part qu’il n’ait pas été adapté en séries, tant le sujet est vaste et mériterait des heures de discussion. Tout n’est pas passionnant dans The Celluloid Closet, qui affiche quelques biais et fait quelques raccourcis, mais la plongée historique est vertigineuse et m’a fait reconsidérer quelques films que j’ai vu bien naïvement dans mon adolescence et dans lesquels le sous-texte (voire le message explicite) m’était complètement passé au-dessus !

All of Us Strangers – Et comme pour faire écho à ce beau documentaire, un film assez fascinant qui parle de relation gay et de solitude, me rappelant ce propos d’Harvey Fierstein dans The Celluloid Closet qui explique que faire des films queer c’est aussi pousser les personnes cishet à trouver des résonances avec leurs propres expériences et non l’inverse. Le film repose entièrement sur ses quatre (impeccables) interprètes et sur une ambiance éthérée et déchirante, et si je trouve sa fin moins réussie que le reste, ça demeure un petit bijou tout en retenue.
Musique

Anne Sylvestre, La Ballade de Calamity Jane / D’Amour et de mots – Ça peut sembler assez étrange de confier à Anne Sylvestre la bande-son d’un film sur Calamity Jane, mais quand on y réfléchit, pas tant que ça : après tout, les femmes indépendantes qui ne s’en laissent pas compter, c’est son rayon… Hélas, comme pas mal de ses productions de cette époque, l’album n’a pas grand-chose de mémorable, à part la ballade du même nom, une chouette chanson sur Satan et un plaidoyer écologiste plutôt convaincant. De l’album suivant sur ma pile je n’avais initialement pas grand-chose à dire non plus, craignant à nouveau un ton trop mélancolique (même si parfois ça fonctionne, comme lorsque Sylvestre parle de mots ou dans la douce tristesse de « Si mon âme en partant »…) mais heureusement il contient aussi deux étrangetés : une chanson entièrement faite de rimes en do, et surtout cet étrange grand écart entre Boby Lapointe et Philippe Katerine !
L’arrière-queer de Milouch

Trans et Militant.e de Lou Bossie
Quiconque a déjà fouillé dans l'histoire LGBT sait que trouver des archives sur les luttes trans avant les années 2000 c'est s'aventurer dans un gouffre souvent vide mais qui contient quelques pépites !
Et c'est exactement ces pépites qu'exhume Lou Bossie dans Trans et Militant.e. Il nous raconte les luttes trans des années 70 au travers du FHAR, du Gazoline, de l'association des malades hormonaux, du centre du Christ libérateur... Des luttes qui sont à la fois héritières de 68 mais aussi traversées par des volontés d’institutionnalisation dans un contexte où les droits des personnes trans n'existaient carrément pas.
Un livre essentiel sur des luttes capitales qui résonnent aujourd'hui dans une période pas si lointaine mais où beaucoup de choses étaient différentes.
Le mass et la plume
J’ai joué à Cozy Stickerville. Le pitch du jeu m’avait intrigué : construire sa ville à coups de stickers. Lors de l’achat, le vendeur m’a dit que cela pouvait être considéré comme une sorte d’Animal Crossing version jeu de société.
Le matériel comprend une map double face (pour pouvoir jouer deux fois et créer deux villes), un dé, un livre d’autocollants, des jetons représentant de la nourriture, du bois, des minerais et des pièces d’or, un livret d’histoire, et enfin des cartes réparties en paquets pour chaque année (une partie couvre 10 ans), plus un paquet numéroté.
J’y joue avec ma fille de 18 ans, et je peux dire que c’est vraiment une réussite comme jeu legacy. Déjà, c’est juste fun de coller des stickers sur une carte, et ensuite il y a plein d’histoires, plein de choses à faire, à construire, de l’amour, des mystères, et toute la gestion de la vie d’un village. Je me dis qu’il pourrait y avoir plein d’autres jeux dans ce style, ce serait tellement cool.
J’avoue avoir été totalement charmé par le jeu, même s’il est un peu cher (40 €) pour une campagne et demie, puisque la deuxième sera forcément influencée par les choix faits lors de la première création. Chaque création de village dure 10 parties (10 ans), d’environ une demi-heure chacune. Je le conseille grandement !
Par ailleurs :
— Cette vidéo me donne très envie de participer au web revival.
— Tu as déjà utilisé un système de vérification d’identité en ligne ? Il y a de bonnes chances pour que ta tronche ait nourrie une IA générative.
— Je n’ai pas joué à Expedition 33 et n’en ai pas l’intention ; à en juger par cette vidéo j’ai vraiment bien fait.
— Comme d’habitude, la dernière livraison de l’infolettre de Tony Papin regorge de bonnes choses. Personnellement, ça m’a donné envie de ressusciter un très, très vieux projet, en version imprimée cette fois…
— Des petits écrans et des petits claviers, mais a-t-on vraiment besoin de plus au fond ?
— Les autres musiques de la semaine : la folk délicate et secrète d’Orion Rigel Dommisse, un album des Beatles provenant d’une dimension parallèle et la musique de cauchemar de Fantômas. Et puis je suis tombé sur presque 300 heures de mixtapes semi-expérimentales, je n’ai fait qu’y picorer pour le moment mais ça va m’occuper quelques mois voire années...
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Eels.
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