La compote de Côme #263
Des mots tueurs, des bébés voleurs et des souvenirs glissants.
Jeux de rôles

I Was Alone So I Set A Fire – Dans les poncifs de l’exploration de donjon, on retrouve bien sûr les monstres, les trésors, les couloirs… C’est plus rare qu’au centre du propos on retrouve le groupe d’aventuriers en tant que communauté, c’est-à-dire des gens qui peuvent s’épauler et s’entraider. Ce n’est pas tout à fait au centre du propos de I Was Alone… qui propose principalement une méthode originale d’explorer un labyrinthe rempli d’énigmes et de monstres, mais en creux, et dans son titre, il indique bien que la communauté est plus forte que l’individu et fournit, si tu me passes l’analogie facile, une lumière rassurante dans les ténèbres.

Strange Days, My Love – J’ai eu la curieuse impression, pendant ma lecture de ce jeu, de tomber sur une version de Sur la route de Chrysopée dans l’histoire d’Itras By, et c’est davantage un compliment qu’une critique ! En effet, beaucoup de choses dans Strange Days… ressemblent à d’autres jeux épistolaires, à part son univers et les événements qui surviennent en présence de nos personnages, qui emmènent le jeu vers un surréalisme pas franchement discernable jusqu’alors. Un drôle de mélange donc, mais qui fonctionne plutôt bien !

GODSTRENGTH - Les jeux de Rat Bastard Games ont toujours ce ton bien précis entre cynisme, punk et rigolade, et GODSTRENGTH n’est pas différent ; dans ce document quasiment sans illustrations se dégage pourtant quelque chose de très fort, une proposition de jeu qui aurait pu tomber à plat dans d’autres mains mais fonctionne parfaitement ici. La lecture du jeu me donne très envie de devenir l’un de ces personnages maniant les mots comme des sources de toute puissance et me lancer dans des batailles sans merci pour l’obtention du pouvoir absolu, car après tout le jeu de rôle c’est aussi incarner brièvement qui l’on n’est pas du tout !
Littérature

Arpenté – J’ai lu cet essai autobiographique, potentiellement autofictif, de Freudiger avec fascination : à moi dont les souvenirs d’enfance sont plus que parcellaires, il me paraît impossible d’avoir une telle mémoire géographique et tactile de ses jeunes années, et c’est pourtant ce que l’auteur démontre. Le glissement d’un lieu à l’autre fonctionne très bien et parvient à recréer assez précisément un coin comme découpé du passé, une carte postale dans laquelle on pourrait aller se promener, emplie à la fois d’ombre et de lumière mais surtout de cette fine couche de poussière qu’on appelle la jeunesse.
Film

Baby Invasion – Je ne crois pas que je verrai cette année de film plus expérimental que Baby Invasion, qui d’ailleurs se défend (avec des arguments très convaincants) d’être un film, ou un jeu vidéo, ou la réalité. C’est vrai qu’on est en territoire inconnu avec ces 80 minutes à la narration apathique et à l’ambiance perdue dans une parodie de livestream Twitch, le tout lourdement saupoudrée d’intelligence artificielle générative. Je n’ai pas trouvé le tout mauvais ; trop long, indéniablement, mais j’ai aussi eu l’impression d’assister à une private joke dont je n’avais pas les clefs, un délire poussé trop loin, une sorte d’absolutisme filmique qui force à la fois le respect et la consternation.
Musique

Anne Sylvestre, Écrire pour ne pas mourir / Tant de choses à vous dire – Il y a quelque chose de la célébration dans ces deux albums d’Anne Sylvestre : la carrière est déjà bien entamée, les tubes ont fait la réputation de la chanteuse, on peut maintenant se dire qu’on écrit pour ne pas mourir (affirmation dans laquelle je me reconnais assez bien) et qu’on ne compte pas arrêter de si tôt. Cela dit le temps passe et le ton change, et je dois dire que les chansons m’accrochent un peu moins l’oreille ; il y a quand même une échappée western d’autant plus intrigante qu’elle annonce un autre album à venir (mais j’y reviendrai, donc) et une petite rigolette sur les blondes, mais c’est assez maigre. De même, le 2e album se fait trop mélancolique à mon goût et je ne parviens pas à en détacher une chanson ou une autre, à part le plus allègre « Gulliverte » et une belle chanson à propos des personnes sans-abri. Il faut croire que les années 80, ce n’était pas la meilleure période pour Anne Sylvestre...

Buck 65, Do Not Bend – Il y a une main tendue vers le passé dans ce nouvel album de Buck 65, mais alors un passé qui remonterait dans le premier tiers de sa carrière, en ignorant totalement le second. On trouve dans cet enchaînement de pistes un nombre assez impressionnant de samples ou de boucles déjà entendues dans des albums précédents, des références au hip-hop des années 80 (tu as forcément déjà entendu cette ligne de basse quelque part) voire même des citations musicales ou textuelles de chansons plus anciennes. C’est, comme à l’accoutumée depuis le retour de Buck 65, extrêmement dense musicalement comme textuellement, avec des paroles qui sautent d’un sujet à l’autre toutes les phrases ou presque, avec un phrasé mitraillette parfois difficile à suivre et un interlude cauchemardesque… Mais on n’oublie pas de s’amuser avec des chansons sataniques ou du beatbox, ce qui prouve bien que, si Terfry a un pied dans le passé, après 35 ans de carrière il continue de s’éclater, et nous avec.
L’arrière-queer de Milouch

Le Cabaret des dessous lesbiens
Eh ouais, parce que parfois, on va à des spectacles ensembles avec le Taulier !!
Le cabaret des dessous lesbiens c'est donc un spectacle (et un livre il paraît) qui nous raconte les histoires lesbiennes cachées derrière les chansons. Le tout en musique et avec des performances de ouf !!
Alors déjà c'était hyper diverse en terme de chanson et ça c'est trop cool ! On est passé de la chanson de caf-conc des années 20 à coucou de Meryl...
Et oh mon dieu la qualité des show proposé, du lip sync, de la danse et bien évidemment du chant !
Bref, un cabaret de haute volée que je ne peux que vous conseiller !
Le mass et la plume

J’ai vu Hamnet de la réalisatrice Chloé Zhao. On devait passer un après-midi pluvieux en Vendée avec ma fille, et on a donc décidé d’aller voir ce film qui semblait avoir de bonnes notes. Je ne savais absolument pas ce que j’allais voir.
C’est l’histoire (fictive) de la vie amoureuse de Will, qui rencontre Agnes dans l’Angleterre du XVIe siècle. Agnes est une jeune femme libre, un peu sorcière. Will travaille comme professeur de latin pour rembourser les dettes de son père. Ils s’aiment, ont des enfants, puis Will doit partir à Londres pour s’accomplir, laissant Agnes derrière lui… et le drame arrive.
C’est un film sur le deuil, l’amour, l’art et l’humanité en général. Et je dois le dire : ce fut une claque incroyable. Sur la forme, c’est contemplatif, posé, tranquille, mais la réalisatrice sait parfaitement installer la tension là où il faut. Elle réussit à faire vivre les lieux, c’est assez troublant.
Sur le fond, c’est du grand art. On est touché et ému à des endroits où l’on ne s’y attend pas, c’est assez incroyable. Les acteurs sont vraiment parfaits. Le petit garçon qui joue le fils d’Agnes et Will (Jacobi Jupe) est bluffant. Agnes, elle, est incroyablement interprétée par Jessie Buckley, qui parvient à transmettre à la fois le côté mystique, libre et tragique du personnage.
C’est un drame, et je suis très sensible à ce genre : je pleure facilement. Pourtant, dans ce film, je n’ai pas pleuré là où on pourrait s’y attendre (lors du drame), mais après. C’est là que Chloé Zhao est très forte : toute la partie qui suit est tellement bien faite, c’est là qu’elle met toute l’énergie du film, là où le sous-texte devient saisissant. Je ne m’en suis pas encore remis. Dans tous les cas, cela m’a donné envie de voir la pièce de théâtre Hamlet en vrai (futur objectif).
Meilleur film de 2025 que j’ai vu, sans aucune hésitation.
Par ailleurs :
— Un jeu vidéo contenu dans un fichier de typographie.
— Fabriquer un processeur c’est vraiment à la portée de tout le monde.
— Une jolie rétrospective de Wikipédia à l’occasion de ses 25 ans.
— Et une autre rétrospective, tiens, celle de MTV.
— Pour les créateurs de manga, les masques c’est important.
— J’écoute beaucoup plus de musique que ce que je mentionne ici, alors je me dis que cette rubrique est une bonne occasion pour dropper quelques albums supplémentaires… Par exemple cette semaine la folk de western sombre de Zoe Heselton, la folk étonnamment apaisée des hip-hopeux d’Alaclair Ensemble ou encore Claude François version punk.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Donzelle.
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