La compote de Côme #262
Confitures, montagnes et roubignolles.
Jeux de rôles

Tossed Salad; Scrambled Eggs – La semaine où je me remets à Columbo, qui est rempli de gens riches et prétentieux, je tombe sur ce jeu dans lequel on incarne des psys imbus d’eux-même qui essayent de s’impressionner les uns les autres… Il n’y a pas de coïncidences, si tu veux mon avis ! C’est en tout cas un excellent exemple de la façon dont les jeux indés ne reculent devant aucun sujet, ce qui est une excellente chose...

Ball Game – Tiens d’ailleurs, pourquoi pas un jeu sur le base-ball, hein ? Je dois admettre que celui-ci m’a un peu déçu car il me semble un poil cryptique à la lecture : je ne comprends pas tout à fait ce qu’on doit y jouer, comme dans un match de base-ball de la vraie vie, d’ailleurs. Il n’est néanmoins pas à jeter tout à fait, rien que la description des différentes ligues imaginaires de base-ball et les joueur.euses qui les constitue vaut le détour.

Like Skyscrapers (Blotting Out the Sun) – Et pourquoi pas un jeu inspiré par Pale Fire de Nabokov (même si son créateur prétend que non ?), qui en plus se présente sous un format epub, chose rarissime donc digne d’être mentionnée ? C’est tout à fait ma came ce genre de duel entre auteur et traducteur à coup de notes de bas de page, et rien que lire les règles du jeu, qui en est bourré (de notes de bas de page, pas de règles, enfin si évidemment) est déjà un plaisir !

Dungeon Jam – OK OK, tu veux des choses plus classiques, je comprends, voici donc un jeu d’exploration de donjon. Avec des cartes à jouer. Dans lequel on tire au hasard les biomes qu’on visite. Où les monstres servent à faire de la confiture qu’on vend en marché. Qui est découpé en mini jeux. Oui, bon, ce n’est peut-être pas si classique que ça, mais c’est tout de même très chouette !
Bandes dessinées

Cactus acide & beurre fondu - Cornelius continue la réédition des archives de Nicole Claveloux pour mon plus grand plaisir, ici avec des pages originellement parues dans Okapi et donc dotées d’un potentiel méta non négligeable. Claveloux n’a pas son pareil pour donner à ses personnages un caractère tranché et former des duos contradictoires ; rien de révolutionnaire dans ces deux-là, mais je ne me lasserai jamais du trait de cette dessinatrice…
Littérature

La Colonie – Les gros pavés offerts par les amis finissent toujours pas être lus, même si ça prend du temps… Et je dois dire que je ne suis pas rentré tout de suite dans ce récit à plusieurs voix, qui prend deux bons tiers pour installer ses personnages avant d’accélérer brutalement dans ces derniers chapitres. Je comprends tout à fait le besoin de cette structure pour un récit qui décrit comment on peut se laisser happer dans des dérives sectaires à cause d’une société où l’on ne se sent pas à sa place : quand tout commence à vriller, on a passé tellement de temps dans le passé des personnages qu’on sait précisément pourquoi ils sont là et pourquoi ça ne marche plus, presque comme dans une longue enquête journalistique… et tout aussi passionnant !
Page de pub

Chaque jour est un combat – Oui oui, je comprends, tu as peur que comme l’année dernière je commence à sortir un nouveau jeu par semaine… Je ne suis pas là pour te rassurer mais je t’assure que je fais de mon mieux pour prendre mon temps ; c’est juste que ça ne fonctionne pas, surtout quand les copains lancent une game jam et que tu as envie d’y participer. D’où ce nouveau petit jeu en 48 mots, qui parle du quotidien d’athlètes en proposant de jouer tout sauf le sport en lui-même ! J’avais envie de rendre hommage aux catcheurs et catcheuses vues le mois dernier, à ma façon...
Séries

Motherland saison 3 – Souvent, dans les sitcoms, au bout de quelques saisons tu te rends compte que la personnalité des personnages a bien changé en quelques saisons ; pas vraiment dans Motherland, qui reste fidèle à ses principes d’origine et dans laquelle les protagonistes continuent d’être à la fois détestables et touchants dans leurs failles. Il y a d’ailleurs peut-être plus de pathos et de fatigue dans cette 3e saison, ce qui n’est pas forcément un mal mais signe qu’il fallait arrêter et passer à autre chose avant de s’essouffler… Tiens, pourquoi pas un spinoff ?

Fionna and Cake saison 2 – En parlant de spinoff, j’ai attendu un peu avant de me lancer dans la 2e saison de Fionna and Cake, pas du tout par peur d’une baisse de qualité mais comme on retarde l’ouverture des cadeaux les plus attendus. Cette saison fait le choix de se focaliser sur le drama et sur un ou deux personnages en particulier dans tout l’univers foisonnant d’Adventure Time, ce qui lui donne un ton peu croisé auparavant (et donc un renouvellement bienvenu). Heureusement il y a toujours des rêves chelous, des univers parallèles, des chansons et des blagues de prout, je suis donc ravi.

Taskmaster saison 16 – Il y a bien des choses dans une saison de Taskmaster qui fait sa réussite, et l’alchimie dégagée par les candidat.es et entre eux et elles en fait bien évidemment partie… Dans cette saison 16, le casting est exceptionnel et l’amitié qui se crée au fil des épisodes entre cette bande des 5 est palpable, rajoutant beaucoup à la bonne humeur générale. D’ailleurs, pour preuve, deux des plus déjanté.es du group, Lucy Beaumont (j’ai rarement vu candidate plus perchée) et Sam Campbell ont lancé leur propre podcast, exactement aussi absurde et hilarant que ce à quoi on pourrait s’attendre...
Spectacles

Break the Rock – Je les aime vraiment bien, les Dakh Daughters, hein. Je les appréciais déjà quand je les avais vues en version cabaret, et une déclinaison de leur spectacle, qui déborde de l’énergie, dans une incarnation pleurant la guerre en Ukraine et le monde qui fond dans le fascisme était assez logique, une belle forme de résistance artistique… Aussi tu t’imagines la grandeur de ma déception quand, à peine le spectacle commencé, on a commencé à être bombardé.es d’images générées par intelligence artificielle générative. Non seulement c’était d’une laideur absolue, mais en plus c’est devenu très gênant quand il s’est agi de nous montrer des fausses images de la guerre, comme si les vraies ne suffisaient pas… Je suis donc ressorti du spectacle assez triste, mais pas pour les raisons prévues.

Cabaret des dessous lesbiens #8 – Il y a plein de façons de définir un cabaret : ça peut être une démonstration de talents, de la chanson, de la danse, souvent un peu dénudée, avec de l’humour et (dans les meilleurs cas) de l’émotion et des choses à dire. Ce cabaret-là combine tous ces éléments, avec une bonne humeur communicative et une collection de chouettes chansons célébrant les lesbiennes et/ou les femmes fortes en fil rouge : de toute façon, c’est toujours mieux quand il y a des lesbiennes dans la place...
Films

Monstres & compagnie – OK OK, le film a vieilli en 20 ans… D’accord, d’accord, il manque très cruellement de personnages féminins et de quelques problèmes de logique… Mais j’y peux rien, je suis toujours aussi fan de Bob Razorwski, et la séquence finale avec des portes multiverselles rangées par milliers n’est sans doute pas pour rien dans mon amour des univers parallèles. Et c’est sans doute le film vu avec Madeleine ces derniers temps pendant lequel elle a le plus rigolé, j’appelle donc ça un succès !

Escape From the 21st Century – Je savais que ce film était chelou, vu les canaux par lesquels je l’avais découvert, mais je n’imaginais pas à quel point. Ça commence avec ce trio d’ados crétins qui découvrent comment se projeter 20 ans en avant dans leurs propres corps (jusqu’ici c’est tout à fait standard n’est-ce pas) et puis ça se transforme en film d’action un peu plus sérieux avec des sentiments et tout, jusqu’à un combat final tout à fait déjanté. Le tout en 90 minutes, avec des changements de style visuel en veux-tu en voilà et une intrigue dont la logique s’envole assez vite par la fenêtre, sans que ça nuise au film, bien au contraire. Un joli bonbon acidulé, en somme !

Pompoko - On n’avait jamais vu ce classique des studios Ghibli et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il nous a pris par surprise. Non pas que la qualité ne soit pas au rendez-vous ; mais on sent bien qu’il s’agit là d’un film pensé pour un public pas du tout occidental et ne prenant pas de gants avec les différences culturelles que cela induit. Et donc, vas-y avec ton rythme étrange qui prend parfois des allures de documentaire, tes morts présentées de façon presque factuelle, ta conclusion d’un pessimisme absolu… et bien entendu tes énormes roubignolles de tanuki qui sont employées de bien des façons dans le film (heureusement que Madeleine ne connaît pas le mot « roubignolle »). Une expérience dépaysante pour sûr.
Jeu de société

Eternal Decks – On va pas se mentir, si on a décidé de tester ce jeu c’est d’abord parce qu’il était très beau, et parce qu’on n’avait pas peur de se lancer dans un truc qui avait l’air très complexe sans bouée. Au final, on n’a fait qu’effleurer ce jeu collaboratif de pose de cartes, assez malin dans son genre avec son économie qui fait qu’on est toujours sur le fil et constamment en train de se demander laquelle de nos 3-4 actions possibles aura le meilleur effet. Il y a sans doute des profondeurs que nous n’avons pas découvertes, voire même des indices qui pointent vers une sorte de métajeu, et j’ai bien envie de retenter le coup à l’occasion, maintenant qu’on sait comment nager dedans !
Musique

Anne Sylvestre, J’ai de bonnes nouvelles / Dans la vie en vrai – Et voici encore deux albums impeccables et remplis de pépites d’Anne Sylvestre… Du premier, j’extrais des chansons sur la sororité comme « Frangines », sur le viol ou la grossophobie. Du deuxième, il faut bien entendu commencer par sa chanson titre, sans doute ma chanson préférée d’Anne Sylvestre ; elle est suivie d’une série de bijoux, des chansons sur les stéréotypes de genre, sur la pollution des sols, l’infanticide, l’amour de son propre corps ou encore l’équilibre constant d’une vie. Il me faut aussi, dans cette longue liste, glisser les chansons de Sylvestre composées à la même époque pour Charlotte Dubreuil, a minima son duo avec sa propre fille, qui parle de rêves à venir et passés… Les chansons se font globalement plus sérieuses, plus directement engagées sur ces 2 disques (et parfois un peu plus mystérieuses, comme l’entêtante « Lâchez-moi »), mais heureusement on peut compter sur l’humour de Sylvestre pour être toujours là, pour parler du corps de la femme dans la publicité et dans la Bible ou de l’égalité des tâches domestiques que Madeleine adore chanter (ne serait-ce que pour le plaisir de dire des gros mots) !
L’arrière-queer de Milouch

La montagne entre nous de Marcel Shorjian et Jeanne Sterkers
On nous a offert ce livre (à moi et ma compagne) en me disant : « Ça devrait vous plaire, y a la nature et des vieilles lesbiennes ». Et oh combien que ça m'a plu ! Tellement que j'en ai pleuré comme une madeleine dans le RER. La montagne entre nous, c'est au final le récit assez classique (mais si bien amené) d'un amour lesbien naissant empêché, c'est le récit des non-dits et des silences pesants. Un récit simple mais magnifiquement porté par le trait de Jeanne Sterkers. Un récit qui nous parle à toutes.
Le mass et la plume

J’ai écouté Bad Bunny. Je ne connaissais pas cet artiste portoricain pourtant connu quasiment partout dans le monde. C’est l’actualité qui l’a mis sur mon chemin, entre sa présence aux Grammy Awards et son show au Super Bowl. J’ai donc commencé par écouter ses titres incontournables avant de me plonger plus précisément dans son dernier album, DeBÍ TiRAR MáS FOToS. Au début, j’ai été un peu refroidi par son phrasé, que je trouve assez lancinant. J’étais davantage attiré par ses morceaux en featuring, souvent très réussis. Mais plus j’ai écouté, plus j’ai accroché. J’aime beaucoup le chant en espagnol — les langues latines sont, avec l’anglais (par habitude), celles que je préfère entendre en musique.
J’aime aussi les rythmes latino-américains et je peux dire que les chansons dansantes de Bad Bunny font vraiment le job : on a envie de bouger ses fesses au rythme de la musique. Je suis peut-être un peu moins fan de ses chansons plus mélancoliques. Ce sont aussi des airs très efficaces, ils vous restent dans la tête même des heures après l’écoute.
Je comprends totalement son succès. C’est aussi une belle porte d’entrée vers la musique portoricaine et plus largement latino-américaine. Comme quoi, l’actualité peut parfois nous faire découvrir de très bonnes choses. Je recommande donc largement l’écoute de Bad Bunny.
Et toi

Melville : Grimper, s’accrocher, gravir jusqu’au sommet de la falaise, au sommet de la montagne, s’élever jusqu’au ciel. Et n’entendre que le vent, le corps qui s’accroche à la paroi, et notre propre souffle.
Cairn, jeu vidéo publié fin janvier par le studio français The Game Bakers, est un jeu de grimpe, de survie, d’exploration, mais aussi une expérience d’apnée, de yoga, d’observation, de lenteur. Enfin, beaucoup, c’est un récit de mort et de mémoire introspectif. Ça fait beaucoup. Déplions.
Côté introduction d’abord, pour savoir où l’on met les pieds :
Dans Cairn, on contrôle Avaa, alpiniste d’exception, dans sa tentative de gravir l’invaincu mont Kami, responsable de près de 150 décès d'alpinistes trop ambitieux. On ne vous ment pas, ça va être compliqué.
Côté gameplay maintenant, parce que c’est à proprement parler le cœur du jeu :
Pour grimper, on place tour à tour mains et pieds sur une paroi où les prises sont à deviner, distinguer, comprendre. Pas de gros plots colorés, ici on a la roche, rugueuse, et les arêtes des volumes pour se repérer, parfois une minuscule fissure qu’on ne distinguera qu’en jouant avec la caméra et les rayons du soleil. Il faut choisir son chemin, car aucun n’est vraiment défini préalablement. Et puis au cours de l'ascension, il faut prendre son temps, respirer, bien placer le poids de son alpiniste pour éviter l’épuisement, la glissade, la chute et les blessures, ou même pire. Et réajuster son chemin, parce qu’en s’élevant le nez contre la falaise, on découvre des anfractuosités qui nous feront peut-être un chemin plus sûr. Bien entendu, on peut poser des pitons pour s’assurer et éviter la chute mortelle, mais on en a une quantité limitée, d’autant plus qu’il y a toujours le risque de les casser en les plantant. Bref, on a beau avancer millimètre par millimètre, on fait des choix, des dizaines de choix, continuellement le cerveau en ébullition.
Dans l’attention qu’on porte au détail, il y a celle qu’on porte à Avaa. Il n’y a pas de jauge visible. Pas une barre de fatigue qu’on voit se vider petit à petit. Mais il y a le souffle d’Avaa, le tremblement de ses membres, le tremblement de la manette, l’écran qui s’assombrit parfois, les pieds qui glissent, les cris, les râles, les exclamations. Réussir à grimper, c’est réussir à prendre soin de cette alpiniste rugueuse, réussir à faire corps avec elle, au point de respirer, et parfois de cesser de respirer, avec elle. C’est bien simple, même regarder un actual play de Cairn me fait suer des mains.
Le mont Kami, celui que l’on gravit, c’est le théâtre de notre histoire, mais c’est aussi, et ça a été par le passé, le théâtre de toutes les histoires qui nous ont précédé et dont on retrouve des traces ici et là. Des lettres, des sacs, des corps parfois, des architectures même. Ici il y a peu de vie mais il y a tous les vestiges de celles qui ont existé, et parcourir les petits sentiers et les voies improbables nous donne à les découvrir par touches délicates, comme une mosaïque qui aurait volé en éclat. Ce faisant, on trouve aussi des ressources, des ingrédients que l’on pourra cuisiner au bivouac, refuge temporaire du monde, pour se reposer, se sustenter, se réparer.
Et puis il y a Avaa et son récit. Je l’ai écrit plus tôt, Avaa est rugueuse, comme la roche de Kami. Le moindre faux mouvement discursif et la conversation avec elle chute abruptement. Elle ne s’explique pas, ne se justifie pas, ne se livre ni à son manager, ni à sa compagne, ni à ses ponctuels compagnons d’ascension. Difficile de dire si c’est de la morgue ou de la mélancolie, mais je garde dans l’âme qu’elle se rend sur un chemin jonché de morts sans qu’on ait la certitude qu’elle a bien l’intention de revenir. Et Cairn ne nous donne pas de réponse. Il nous donne la possibilité de choisir la nôtre, sans jugement. Comme les alpinistes et les troglodytes sur le mont Kami, C’est un jeu qui me hante. Je vous souhaite les mêmes fantômes.
Cairn est un jeu de The Game Bakers, accompagné de Mathieu Bablet au scénario et à la direction artistique et de Toxic Avenger à la musique. Il est disponible sur PC et PS5 pour une trentaine d’euros. L’ascension du mont Kami prend entre 10 et 15h de jeu environ, et de nombreux réglages d’accessibilité permettent de vivre une expérience au niveau de friction qui nous convient.
Par ailleurs :
— Fragments d’une maison hantée.
— Troupeau de chevaux dessinés.
— Magnifiques typographies.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Alaclair Ensemble.
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