La compote de Côme #261
Inondations, machines folles et torrents de lave.
Jeux de rôles

As the Waters Rise – C’est l’histoire d’une petite communauté, et d’une inondation qui tombe dessus. Comment va-t-elle réagir ? Va-t-elle s’en sortir ? Voilà ce que raconte ce petit jeu, en 48 mots et avec simplicité, comme quoi les meilleures idées n’ont pas besoin de beaucoup plus de développement...

Miss Purple And Nancy Blue – Il ne manque pas grand-chose à ce petit jeu pour développer à la perfection son idée de base, celle de deux détectives qui se battent non pour résoudre des crimes mais pour imposer leur type de crime préféré. Les mécaniques sont malignes, c’est bien écrit, bien expliqué… Pourtant, je ne parviens pas tout à fait à savoir pourquoi, j’ai la sensation qu’il y manque quelque chose. Peut-être que tu seras plus convaincu.e que moi ?

Arcana Academia – C’est si difficile de créer un décor d’école de magie qui ne soit pas déjà vu et revu, tout comme il est ardu de parvenir à ne pas tomber dans la facilité en écrivant un jeu à base de playbooks et de moves ; c’était tout l’enjeu de la jam dans laquelle ce petit jeu a été créé, et s’il demeure incomplet, il fonctionne pour moi sur ces deux plans. D’abord, il utilise un système de cartes à jouer pour tout système ; ensuite, il propose une école dans laquelle les enseignants sont des monstres anciens, et les sorts quelque chose de toujours incertain et dangereux. Une fois n’est pas coutume, j’ai particulièrement apprécié la section sur le lore en fin de document !

10,000 Swords Against Heaven – Je ne peux que saluer l’ambition de ce jeu, qui balance 200 pages sans prévenir sur un univers post-marxiste, post-capitaliste, post-apocalyptique, le tout plongé dans les traditions d’Asie du sud-est et avec très peu de concessions et beaucoup d’ultraviolence. Ça décoiffe en termes de décor et le style d’écriture du bouquin, ainsi que ses pages en couleurs sombres, viennent achever de m’assommer… Mais, comme trop souvent, quel dommage que cette radicalité ne se retrouve pas dans les règles du jeu, tristement classiques avec un soupçon d’OSR. Quitte à s’élever contre les carcans du monde, il aurait été chouette de s’ériger également contre les poncifs ludiques...
Bandes dessinées

Tulipe et les sorciers – Contrairement à Madeleine, qui a découvert Sophie Guérive à travers ses œuvres pour enfant, je me souviens des pages qui circulaient sur Twitter il y a bien des années, mélange de graphismes tellement mignons et de réflexions philosophicomiques plus ou moins profondes mais toujours bienvenues. Je n’avais jamais lu de recueil de Tulipe jusqu’ici et c’est étrange de le lire après Le Club des amis : on a l’impression que les amis, une fois grandis, sont tous devenus un peu dépressifs et perdus dans l’immensité de leur univers… Ce qui ne les empêche pas d’être parfois drôles malgré eux, et de se retrouver tous ensemble pour affronter l’hiver qui vient. En somme, les choses n’ont pas tant changé.
Littérature

La Machine – Un inédit de Georges Perec ne pouvait trouver qu’une place de choix dans ma bibliothèque, surtout avec une édition si magnifiquement bricolée par le Nouvel Attila ! On y trouve un texte qui est tout à fait exemplaire de l’OuLiPo, puisqu’il s’agit de la déconstruction patiente et analytique d’un poème, puis sa reconstruction selon des myriades de contraintes, certaines produisant des choses intéressantes, d’autres non… Le texte, originellement créé pour la radio allemande, est complété par une version modernisée de l’exercice (avec des « IA » à la place d’un super-ordinateur, comme on disait dans les années 60), pas inintéressant mais pas au même niveau, comme on pouvait s’y attendre… Tout cela était quand même très stimulant et ça ne te surprendra pas d’apprendre que ça m’a donné envie de me prêter au même genre d’exercice !
Jeunesse

Sunakay – Ce n’est pas si rare, pour un livre jeunesse, d’aborder des sujets comme le réchauffement climatique avec subtilité ; en revanche, c’est la première fois que je tombe sur un album qui en parle sous l’angle du solarpunk, en imaginant un futur où l’on vit sur des îles en plastique et où les poissons sont devenus denrée rare. On n’est même pas loin de la science-fiction par certains aspects, le tout sans fermer les yeux sur les aspects les plus rudes d’une telle réalité, mais avec poésie et implicite… Vraiment une belle découverte !
Page de pub

Qui a volé le butin ? – Il y a presque 7 ans, avec mes amies Mallaury et Eugénie, nous avons joué à Inflorenza de façon complètement expérimentale et cette partie a fait beaucoup pour forger mon goût pour ce qu’on appelle communément le mindfuck, c’est-à-dire (pour moi) jouer sans se soucier de la cohérence autre qu’esthétique. Mon obstination à créer 48 jeux en 48 mots, alliée à ma participation à une game jam sur David Lynch, était l’occasion idéale de rendre hommage à cette partie, et de te permettre de recréer quelque chose d’approchant autour d’une table, si tu t’en sens le courage !
Film

Wake Up Dead Man – Ma position sur les films de Rian Johnson racontant les histoires de Benoît Blanc n’ont pas bougé depuis le premier opus : c’est du divertissement très efficace, parfois un peu longuet et self-serving, mais qui parvient à raconter des choses intéressantes avec un genre dans lequel il est difficile de faire du neuf. Ce troisième film n’a rien fait pour changer mon opinion, même si je lui trouve à la fois des qualités et des défauts inédits : son parallèle entre les mystères de la foi et ceux d’une enquête, bien que casse-gueule, reste recevable dans les limites du script, mais l’absence de personnages secondaires en dehors du cast principal se fait cruellement ressentir, tout comme le petit nombre de décors, comme si tout cela n’était au final qu’une pièce de théâtre à grand budget...
Musique

Anne Sylvestre, Une Sorcière comme les autres / Comment je m’appelle – Bon, là on rentre dans la banger era d’Anne Sylvestre, celle pour laquelle je suis fort tenté de ne plus parler des disques par deux ; ces disques qui tournent en vinyle à la maison depuis quelques années déjà, avec des arrangements incroyables, et dont je connais presque toutes les chansons par cœur. C’est le moment où les chansons de Sylvestre se font plus directement politiques, avec son hymne long de presque 7 minutes, son tube absolu, et ses portraits en une chanson, qui sont parfois doux et tristes, qui sont parfois très drôles, parfois les deux à la fois. Et puis, bien sûr, toujours les chansons sur les chansons, les chansons paysannes qui parlent en fait de tout à fait autre chose et les chansons pour parler de soi, là aussi en pleurant ou en riant. Je donne l’impression de jeter toutes ces chansons en vrac mais vraiment, chacune mériterait un paragraphe au moins, une écoute attentive, tant c’est du travail d’orfèvre...
Par ailleurs :
— Tu ne le savais pas mais tu avais besoin d’écouter 30 minutes d’analyse fine sur les musiques de lave dans les jeux vidéo.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de The Master’s College Chorale.
Ajouter un commentaire: