La compote de Côme

Archives
S'abonner
17 janvier 2026

La compote de Côme #258

Du giallo, de l'espionnage et de la danse.

Jeux de rôles

Ta gueule, c’est quantique ! – J’ai pas tout compris à ce jeu quantique, mais comme c’est quantique c’est pas grave… Dans quel ordre lire les règles ? Qu’est-ce qu’on y joue exactement à part des bouts de réalité qui s’entrechoquent ? Est-ce que ça manque pas un peu de guides pour les joueurs et le MJ ? Est-ce que c’est plus ou moins efficace que visiter des univers parallèles avec des Mikado ? La réponse à toutes ces questions est oui, évidemment.



Blurred Lines / Rosso Profondo – Je me retrouve par hasard avec deux jeux jumeaux dans ma pile de lecture, qui traitent tous les deux du giallo, ce genre de cinéma d’angoisse italien très stylisé, pour le dire vite. Leurs deux approches sont assez différentes, puisque Rosso Profondo s’intéresse surtout à la confrontation entre un détective et un tueur, et aux liens forcément troublants et profonds qui existe entre les deux, là où Blurred Lines propose, en solo, une ambiance plus proche de celle de Blow Out (j’imagine, je n’ai jamais vu Blow Out). Dans les deux cas, c’est glauque, dérangeant, avec de la psychologie tordue et des gants de cuir : bref, c’est du giallo.



Wolfpack – Et pourquoi pas jouer un loup, tiens ? Mais alors un vrai loup, pas un loup anthropomorphe, ni un animal auquel on collerait des sentiments humains, non, vraiment un loup au sein d’une meute, qui suit le collectif (ou pas) et s’inquiète principalement d’avoir à manger et un endroit chaud où dormir. C’est le pari intéressant de Wolfpack (jeu qui semble par ailleurs contenir des machins sortant d’IA génératives) et si j’ai trouvé le jeu un peu trop froid, je ne peux a minima que saluer son ambition !





Bandes dessinées

Chroniques de la paranoïa – J’essaye depuis longtemps de comprendre l’engouement encore actuel autour de Robert Crumb, dessinateur qui a sans doute compté dans la contre-culture des années 1960 mais qu’on aurait dû laisser là-bas… Ce n’est pas ce petit fascicule qui va me contredire, puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins qu’un dégueulis de prose antivax, présenté comme sarcastique pour faire passer la pilule mais qui ne trompe personne. Lire Crumb qui dit que Robert Kennedy Jr. Et Joe Rogan disent beaucoup de conneries mais aussi des choses vraies et reprendre sans critique le concept d’état profond, c’est vraiment une certaine idée de la déchéance...



Littérature

Study for Obedience – Moi qui suis habitué à lire des trucs chelous, voici un roman qui est allé taper dans des recoins auxquels je ne suis pas habitué, avec sa prose faussement neutre mais logorrhéique, qui dissimule mal des blessures à vif. Pas besoin de creuser très loin pour y voir un récit sur l’antisémitisme, qui semble à la fois se situer dans le milieu du siècle dernier et en plein dans notre époque actuelle… Ce qui m’a le plus perturbé, je pense, c’est la façon dont l’intrigue de Study for Obedience avance par à-coups, avec presque aucun développement autre que l’isolation progressive de la protagoniste. Un petit livre bien dense, donc.





Série

La Vraie vie - Je remercie vivement l’ami Tony grâce à qui j’ai découvert cette étrange série, qui est en effet « l'objet télévisuel le plus drôle et surprenant vu cette année ». C’est d’abord un documentaire sur un monde virtuel qui m’a fasciné, puisqu’il s’agit d’un mod d’un jeu de guerre que plusieurs milliers (!) de personnes, essentiellement des hommes, utilisent pour vivre un quotidien fait de petits boulots et d’escapades pourries (mais au moins il fait beau). C’est ensuite une série qui suit un véritable acteur qui découvre ce monde virtuel avec sans doute une certaine incompréhension et qui tente d’y faire des rencontres et d’y nouer des amitiés, avant de pousser les possibilités du moteur jusqu’à y tourner ses propres films… Bref, un objet renversant (et effectivement souvent très drôle) que je recommande plus que vivement ! (et qui fait écho à la dernière émission d’Internet Exploreuses mais le lien est pas encore dispo à l’heure où cette compote est mise sous presse, tu te démerderas)




Film

Reflet dans un diamant mort – J’aime bien les films d’espionnage en général mais il faut bien reconnaître que c’est un genre à présent si rongé par les clichés et les archétypes qu’il est difficile d’y trouver du neuf… Alors pourquoi ne pas se vautrer, parfois littéralement, dans ces clichés et créer un film qui ne serait qu’un kaléidoscope de tout ce qu’on peut imaginer de l’espionnage, avec de grosses louches de cinéma méta par-dessus ? Ça donne un sacré tournis, des boucles et des couches de réalité que ne renierait pas un David Lynch, et un film assez remarquable.



Podcast

Joyeux Noël quand même – L’humour de Klaire fait Grr est très souvent hit or miss : références parfois faciles à l’actualité, jeux de mots douteux, et un ton qui peut paraître agaçant, bref je comprends qu’on puisse ne pas aimer. D’ailleurs, la première moitié de ce feuilleton de Noël commence tout à fait sur ces modes-là, avec une accumulation de clichés qui jouent sur l’ironie au 3e degré et les dialogues surarticulés pour faire passer son humour mais qui lasse vite… Heureusement, Klaire fait Grr est également quelqu’un de très fin et le feuilleton finit par renverser son discours et se tenir complètement à contre-pied dans sa dernière partie. Je trouve finalement ça assez malin d’être consciente de ses propres faiblesses pour en faire une force, chapeau donc !




Musique

Anne Sylvestre, Lazare et Cécile / Berceuse pour moi – Les titres marquants se font plus rares sur ces deux albums d’Anne Sylvestre, mais ils marquent fort… Sur le premier, en écartant une excursion peu convaincante dans le domaine du jazz, il y a bien sûr la chanson-titre, belle ode aux couples sortant de la norme, mais aussi une chanson sarcastique sur les amants de la chanteuse ; et puis il y a « La Douzième », chanson sur l’inspiration qui se fait la malle, sujet récurrent chez elle. Sur Berceuse pour moi, à nouveau la chanson-titre fait mouche (je pourrais presque en faire un hymne), mais il y a aussi la chanson d’amour « Le Géranium », qui introduit discrètement la métaphore de la maison qu’on retrouvera plus tard chez Sylvestre et surtout, surtout, cette magnifique ode à la liberté de grandir comme on le souhaite, avec une belle balance mélodique entre joie et nostalgie.



L’arrière-queer de Milouch

Une brève histoire de la transmisogynie de Jules Gill-Peterson 

C'est la camarade rouge galette qui m'a recommandé ce petit ouvrage paru chez Shed (la petite maison d'édition stylé d'architecture lesbienne). Ce livre tente de brosser un portrait de la transmisogynie comme un phénomène social, lié au rapport de genre évidement mais aussi au rapport de colonisation. Vous l'aurez compris, l'autrice se place du coté trans-matérialiste de la force ! 

Là normalement si vous avez quelque arrière queer dans vos bagages, vous vous dites : « Des trans-matérialiste ? Milouch a dû adorer !! » 

Et bien, c'est un peu plus compliqué que ça... 

Pour commencer avec ce qui va bien, le livre introduit le concept de se faire transféminiser qui en gros permet de placer la transmisogynie dans le champs social (et le champ de la reconnaissance sociale). En gros, se faire transféminiser correspond à la haine... subie, liée au fait de s'être fais glocker (reconnaître comme une meuf trans). Je trouve le concept très intéressant parce qu'il montre bien que ce qui est important dans ce phénomène n'est pas tant le genre de la personne, ce qu'elle ressent, mais bien comment la société perçoit ça comme une déviation. Ça permet également de sonder dans un historique précédant l'apparition du terme transgenre (ce que le livre fait très bien) et de parler de transmisogynie pour des gens ne se vivant pas forcément comme trans. Le bouquin présente également plusieurs cas de transmisogynie très liés au colonialisme, notamment celui subit par Hijras en Inde sous l'administration coloniale anglaise mais aussi la lutte des Queens public, luttes qui aboutiront à la révolte de Compton et de Stonewall.

Tout ça est très chouette mais je trouve que le bouquin se perd parfois dans l'analyse de cas individuels et verse de temps en temps dans un lyrisme qui lui fait perdre de vue son objectif et me perd par la même occasion. C'est dommage parce que les concepts posés sont très intéressants. Une lecture en demi teinte donc mais qui m'a permis de découvrir Sylvia Rivera et son incroyable discours de 73 et juste pour ça le livre vaut le coup.



Le mass et la plume

J’ai découvert la compagnie de danse AMBIGUOUS DANCE COMPANY sur YouTube, et c’était vraiment chouette. Comment en suis-je arrivé à regarder une compagnie de danse sud-coréenne ? Comme beaucoup de monde, je scroll sur les Shorts YouTube, et la danse fait partie de ce que je regarde régulièrement. J’ai toujours aimé la danse — j’aime danser moi-même, même si je le fais très (trop) rarement.

Au fil des vidéos, je suis tombé sur celles de cette compagnie sud-coréenne, souvent filmées pendant leurs entraînements (tapez @amdaco sur les Shorts YouTube). Sur des musiques techno très répétitives, les danseurs enchaînent des mouvements tout aussi répétitifs. Et là, quelque chose se passe : c’est presque hypnotique. J’adore.

Du coup, j’ai cherché sur YouTube s’ils avaient réalisé des spectacles, et je suis tombé sur BODY CONCERT INTEGRAL, une chorégraphie de Boram Kim, réalisée par Luc Riolon. Et j’ai été super impressionné. Le spectacle mélange de nombreuses musiques différentes, les chorégraphies sont incroyables, et surtout extrêmement impressionnantes par leur synchronisation et l’implication physique des danseurs. De véritables athlètes.

Bref, si vous aimez la danse, je pense qu’il faut vraiment jeter un œil à cette compagnie.

Et toi,

qu’as-tu compoté cette semaine ?


Par ailleurs :

— Si tu aimes chercher des mots, ce site est fait pour toi.

— L’art en ASCII c’est vraiment la classe.

— On ne peut pas dire que je sois un grand promoteur du travail qui donne un sens à la vie, mais parfois c’est vrai.

— On peut jouer au blindtest de gens alcoolisés de cette page, ou on peut lancer toutes les pistes en même temps et se retrouver au milieu d’une grande foule pompette.


Des bises

et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Poésie Zéro.

Ne manquez pas la suite. Abonnez-vous à La compote de Côme:

Ajouter un commentaire:

Cet e-mail vous est présenté par Buttondown, la façon la plus simple de démarrer et développer votre newsletter.