La compote de Côme #257
Des lettres, des hommes en slip et des messages d'utilité publique.
Jeux de rôles

Blackout – Tu sais sans doute combien j’aime les textes manipulés, raturés, modifiés ; il y a une vraie poésie de la censure et ce jeu de rôle le comprend très bien. C’est un vrai bijou, mon jeu préféré de 2026 pour l’instant (OK, la liste est courte) : non seulement parce qu’il propose une approche intéressante du jeu par correspondance (en l’occurrence, dans des réalités parallèles) mais parce qu’il démontre très bien la poétique du blackout et qu’il se paye le luxe de donner de très bons conseils pour s’y adonner !

Tiny Spaceship – J’avais complètement loupé ce petit jeu de l’amie Tanya, qui a bien fait de le remettre en avant sur les réseaux ! Pensé pour y jouer avec de jeunes enfants, le jeu utilise une version très allégée de l’économie de jetons des jeux Belonging Outside Belonging et pose sans efforts apparents le principe d’un petit vaisseau qui tente d’aider les autres mais ne comprend pas toujours comment ils fonctionnent. Pour le dire autrement, c’est très réussi !

Wayfarer 1 – Autre jeu épistolaire et autre ambiance avec cet échange entre une sonde spatiale presque au bout de ses ressources, et un employé de la NASA à qui on va bientôt couper le budget… Mais pas si éloigné de Blackout que ça, au fond, avec ce principe de glitches qui viennent perturber la communication, et de la poésie qu’on peut trouver dans les simples relevés de corps célestes inconnus...

Butter Princess – Je n’avais pas sur ma carte de bingo « hack d’un jeu d’horreur pour jouer des participant.es à un concours de Princesse du Beurre dans le Minnesota », mais OK. On est dans un territoire terriblement weird, quelque part entre l’horreur existentielle de Trophy Dark (dont le jeu s’inspire très fortement) et les catastrophes rigolotes des personnages de Fiasco (qui s’inspire plutôt de Fargo), donc à fond dans l’Americana dont j’ai pu avoir un aperçu il y a quelques temps avec les films d’Ari Aster. Une sacrée curiosité, donc.

Is this a Borg? The Game Show – Il y a des jeux, comme ça, qui déclenchent des tsunamis d’adaptation, mais aussi de tentative de surfer sur la vague du commercialement cool : Mothership en est un, Mork Börg un autre. Heureusement, Is this a Borg? est là pour remettre les pendules à l’heure et te permettre de distinguer ce qui est un vrai hack du jeu de ce qui n’en est pas. Enfin bon, c’est surtout une excuse pour bien rigoler en voyant à quel point certains sont vraiment prêts à mettre l’étiquette MB sur n’importe quoi dans l’espoir de gratter un peu de thune et de visibilité...
Littérature

Dragon’s Egg – Le postulat de ce vieux roman, classique de la hard science-fiction, est plutôt intéressant : comment aborderions-nous une race extra-terrestre (et vice versa) si elle percevait le temps un million de fois plus vite que nous ? Hélas, de ce postulat, Robert Forward (quel nom tout de même) tire un récit bien trop long, qui aurait beaucoup fonctionné sous forme de novella, voire même de nouvelle. Il y a quelques passages intéressants sur le développement de la société des « cheelas » (qui, ô surprise, copie presque intégralement la nôtre, anthropocentrisme quand tu nous tiens) mais je me suis tout de même un peu ennuyé.
Séries

Taskmaster New Year Treat – J’ai découvert en ce début d’année que les excellents zozo de Taskmaster avaient pour tradition de tourner un épisode spécial nouvel an (deux, cette année) avec une équipe inédite, non composée d’humoristes comme le sont les saisons habituelles. Sans surprise, la magie du montage et des tâches absurdes rend tout de même les candidat.es hilarant.es, et j’aurais volontiers regardé une saison entière de leurs facéties. En attendant, je me suis bien marré pendant 90 minutes, c’est toujours ça de pris !

The Gentlemen saison 1 – Moi, je pensais naïvement que regarder le film The Gentlemen était nécessaire pour regarder la série, mais non ; en un sens tant mieux, car la série s’avère bien meilleure que le film, corrigeant ses plus gros défauts (notamment son humour lourdingue et la quasi absence de femmes) et centrant son intrigue sur la haute société britannique, avec une fascination que j’aurais préférée plus impertinente, mais bon. J’ai suivi avec plaisir les imbroglios du beau gosse de service et la façon dont il patauge dans une pègre dont il ne maîtrise pas les codes ; la saison se casse un peu le nez avec un final trop rapide et des intrigues lâchées en cours de route (avec pas mal d’incohérences saupoudrées tout au long des épisodes) mais ça tient globalement la route, et je reviendrai pour la suite.
Spectacles

APC Catch ANNIVERSARY XXII – Début janvier, pour certaines personnes c’est le moment de la galette, pour moi c’est surtout le temps des patates puisque c’est là que j’assiste à mon match de catch annuel ou presque. Il faut dire que c’est toujours un plaisir que ce grand spectacle où personne n’est dupe mais tout le monde est chaud, où la virilité le dispute quand même pas mal à une ambiance cryptoqueer et où la diversité se ressent aussi bien sur le ring que dans le public. À chaque fois je me dis que c’est trop bête d’attendre un an avant d’y retourner, peut-être qu’en 2026 je vais m’écouter ?
Films

12 Angry Men – Comme je commence à étudier le célèbre film de Sidney Lumet avec mes élèves, il fallait bien que je le revoie… Il y a toujours cette crainte, en revoyant un classique, de se rendre compte qu’il ne mérite pas ses palmes, mais c’est loin d’être le cas ici ; hormis une conclusion un tout petit peu trop rapide, 12 Angry Men est un bijou de cinéma, avec des interprétations impeccables, une intrigue qui parvient à intéresser pendant 90 minutes de huis clos, un travail de la caméra et de la lumière aux petits oignons… Ça va être un vrai plaisir à transmettre aux élèves, surtout que je le trouve encore très actuel dans son propos !

T’es où Philippe Katerine ? – Il y a quelque chose de proprement fascinant dans la figure de Katerine, qui a commencé sa carrière comme chanteur timide de bossa nova avant de se réinventer en grand dépressif expérimental puis, depuis un moment maintenant, en pape du n’importe quoi musical et artistique. C’est sans doute quelqu’un avec qui il est épuisant de vivre, mais ce n’est pas à quoi ce documentaire s’intéresse : tourné par un compagnon de toujours, il retrace avec tendresse les métamorphoses du chanteur, où l’on sent la même énergie des débuts anonymes à la superstar d’aujourd’hui, et la même volonté de tout faire exploser, y compris ses propres limites. Comme un gamin pas encore convaincu qu’on ne lui fixait plus aucune barrière, en somme.

Ernest et Célestine : le voyage en Charabie – Écoute, une fable contre le conformisme avec de la musique inspirée de l’Europe de l’Est, qu’est-ce qu’il te faut de plus ? En plus c’est inspiré des toujours choupis Ernest et Célestine, avec Lambert Wilson dans le premier rôle, qui s’y donne visiblement (enfin, audiblement) à cœur joie ? En plus il y a un petit arrière-plan antifasciste et les flics y passent tous pour des abrutis ? Franchement, ça ressemble à un bon bingo, et nonobstant un scénario avec quelques trous, c’est un très bon film en famille de fin de semaine !
Jeu vidéo

World of Goo 2 – Je n’avais que peu de souvenirs du premier opus de World of Goo en lançant le deuxième : on colle des billes entres elles, elles forment des tours branlantes, et on essaye d’aller jusqu’à la sortie… Cette suite semble d’abord assez classique, en cela qu’elle reprend le concept d’origine en l’étirant un peu, et puis vers la fin, tout bascule et le jeu devient… peut-être pas expérimental, mais quelque chose d’assez inattendu, qui étrangement m’a assez plu tout en me laissant sur ma faim. Comme si j’avais espéré que WoG2 ressemble davantage à WoG1 ? Va savoir...
Musique

Anne Sylvestre, Anne Sylvestre / N°3 – Il me faut bien l’admettre, les deux albums suivants dans la discographie d’Anne Sylvestre m’ont moins fait vibrer que ces débuts ; d’accord, ils débutent par une sorte de gigue/hommage à de beaux mollets, et suivent avec une douce chanson dont la ligne de guitare me rappelle étrangement Jean-Luc le Ténia, mais le reste tourne un peu trop autour des choses de l’amour, sans assez de relief à mon goût. Bon, il y a tout de même la nostalgie du château des ancêtres pour changer un peu, et surtout, surtout, la magnifique ode aux amis d’autrefois (encore plus belle avec cette seule guitare pour seul accompagnement) qui laisse présager des belles choses à venir. Sur le disque suivant, l’hommage de Sylvestre à la Seine est un peu plus classique mais tout de même touchant, mais ce sont surtout les chansons qui parlent de femmes refusant les reproches qui me touchent… Et puis il y a aussi une chanson de science-fiction parce que pourquoi pas, allez.

Joey Glüten, Hors Sujets Vol. 2 – Cette semaine m’est tombé sur le coin de la gueule cette découverte formidable : on peut faire du punk sur de la musique électro-pop. Je découvre aussi le formidable Joey Glüten dont il est difficile de sélectionner des titres ici tellement ils sont tous formidables, tout à gauche du spectre et sans concession, du premier au dernier. Ça parle de saines activités quand il fait beau, de leçons aux petits enfants, et un peu toujours de niquer la société et la police en premier… C’est globalement assez peu subtil, mais j’ai comme le sentiment que ça va me servir de bande-son pour un moment.
L’arrière-queer de Milouch

BOTTOMS d'Emma Seligman
Pour d'étranges raisons, tous les films que j'ai vu se déroulant dans des lycées américains sont profondément absurdes (oui même toi High School Musical 2, vu dans le car Eyjeaux-Pierre Bufière en 2009) et celui-ci recommandé par ma belle-sœur ne fait pas exception !
On y suit deux meufs lesbiennes qui dans l'espoir de coucher avec les cheerleaders de leur lycée fondent un groupe de fight club. C'est con, violent, queer (sinon je n'en parlerais pas) et terriblement divertissant. Mention spéciale à la scène de fin qui regroupe tout ce que vous pouvez imaginer d'un combat entre des adolescentes queer et une équipes de football américain.
Le mass et la plume

J’ai lu Les Orageuses de Marcia Burnier. Voilà tout l’intérêt de mon club de lecture : découvrir un livre qu’on n’aurait probablement jamais lu autrement. Le premier roman de Marcia Burnier est un roman exigeant. On y suit un groupe de jeunes femmes qui, après un traumatisme — un viol — décident de reprendre le contrôle de leur vie.
On a l’impression que l’auteure écrit aussi pour se libérer. Elle nous montre à quel point il est difficile d’être une femme, combien le monde extérieur peut être dangereux et comment les hommes représentent une menace. Elle décrit comment ces femmes cherchent à reprendre leur vie en main, se venger, face à des institutions et un entourage qui ignorent leur souffrance et leur statut de victimes. Elles décident alors, en groupe, de confronter leurs agresseurs à leurs crimes.
Certains lecteurs ont pu être déçus que les personnages féminins n’aillent pas plus loin dans la violence physique. Mais ce questionnement sur le rapport à la violence traverse tout concept militant d’émancipation. On peut aussi voir ce livre comme un prologue à King Kong Théorie : une lecture préalable pour comprendre ce « cancer » qui gangrène nos sociétés, celui de la violence faite aux femmes. Un livre à lire pour comprendre, ou pour cesser de se voiler la face.
Et toi,
qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
— Quel merveilleux pays, tout de même, dans lequel le Ministère de la culture nous propose une sorte de memification de l’Académie française.
— Normalement c’est bon, j’ai tout réparé la planète.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de David Bowie.
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