La compote de Côme #256
Mauvaise nouvelle, je ne suis pas parti pour lire moins de trucs en 2026
Jeux de rôles

Band vs. World – Peut-être qu’un jour je finirai par écrire ce jeu sur un groupe qui part en tournée ; en attendant, j’apprécie l’aspect plutôt punk de Band vs. World et son découpage narratif assez net des répets’ à la gloire, avec une série d’amorces pour chaque phase. Je trouve plus dommage d’y avoir accolé un système avec des caractéristiques abrégées en sigles de trois lettres, comme dans les jeux de rôle les plus conventionnels, car le genre s’y prête peu...

Interzone – Un Livre dont vous êtes le héros ; un fanzine arty avec de belles photos urbaines en noir et blanc ; un hommage à une chanson de Joy Division ; un lyrical game dans lequel on va chercher des errances au sein de la cité… Interzone est un peu tout cela, ainsi qu’un zine dont, pour une fois, je regrette qu’il n’existe aucune édition imprimée car j’en achèterai volontiers une ! Il va peut-être falloir que je fasse chauffer l’imprimante moi-même...

LOOMWEAVERS – Je vais être honnête : je n’ai pas compris grand-chose à la façon de jouer à LOOMWEAVERS, à part qu’il faut manipuler des cartes de tarot ou d’autres jeux et interpréter des images, comme autant de points d’ancrage d’univers parallèles. Il y a néanmoins quelque chose d’assez séduisant dans son écriture maladroite : difficile de ne pas ressentir de la tendresse envers un jeu qui parle de “timelyns” et de “magick” !

Legend in the Mist – Alléché par ce que les copains en disaient sur Internet, et par la promesse d’un jeu de rustic fantasy, je suis allé me faire ma propre idée sur Legend in the Mist… et je dois reconnaître que c’est un sacré beau morceau, qui me fait bien plus rêver que la plupart des jeux de fantasy existants ! Déjà, il est très beau, et se paye le luxe de proposer à son lectorat un tutorat très bien fichu en forme de bande dessinée ; ensuite, son système à base de tags, même s’il est loin d’être mon préféré, est suffisamment simple et souple pour me convaincre ; enfin, il prend son lectorat par la main et lui propose de nombreuses pistes pour mettre en scène des aventures intéressantes. Non, franchement, à part que LitM souffre comme d’habitude du syndrome du groupe inutile, je n’ai rien à lui reprocher...

The Vatican Stole the Menorah and We're Going to Steal it Back – Je ne connais que très peu de jeux de rôles qui plongent entièrement leurs racines dans la culture juive, et encore moins qui le font de façon humoristique ; TVStMaWGtSiB est même probablement le seul exemple du genre ! Un jeu drôle, pédagogique (puisqu’accompagné d’un lexique pour les goys) et qui propose en outre de faire un casse au Vatican, c’est difficile d’y résister...

I’m with the Damned & other games – Je suis tombé un peu par hasard sur ces 3 jeux de Kayla Dice, autrice dont j’apprécie depuis longtemps le travail et qui a écrit cette trilogie autour de la musique et du tarot. Les 3 jeux présentent trois ambiances très différentes (on y incarne un groupe ayant signé un pacte avec le diable, une bande d’ami.es venant tirer l’un.e de leurs d’un night club potentiellement infini, et un.e détective guidé.e par sa playlist) mais font thématiquement sens, et je trouve vraiment chouette cette façon de les regrouper sous un même toit, sans nier leurs différences… un peu comme dans une bonne mixtape, au fond !
Littérature

The Plight House – Quel livre étrange que celui-ci, qui se prétend roman mais est en réalité une collection de micro-nouvelles vaguement reliées entre elles par une préface elle-même fictionnelle et des plus touchantes. Ce sont de petits contes dans des univers tordus, des esquisses de situations jamais menées jusqu’au bout et qui prennent leur lectorat par le col, une fine écriture qui ne cache pas son mal-être et que j’ai appréciée au compte-gouttes.

Arrêt sur enfance – En attendant Retour au goudron, qui s’annonce comme l’incroyable conclusion de l’œuvre en cathédrale de Volodine, Arrêt sur enfance fonctionne comme une avant-dernière station, l’occasion de dire au revoir à l’un de ses hétéronymes majeurs et de passer un peu de temps dans un décor en suspens entre jour et nuit, enfance et âge adulte, rêves et violence. Une belle fable de Manuela Draeger qui se déguste comme un oignon et ne finit pas là où c’était prévu, peut-être justement parce que rien n’est encore tout à fait fini...
Non-fiction

Quelque chose de pourri – Pauvre pays du Danemark, qui se retrouve pour l’éternité associé à la pièce de Shakespeare… Mais point de théâtre dans ce très chouette zine typographique de Tony Papin, seulement un récit de voyage qui fait la part belle aux kilomètres parcourus, aux horaires de réveil et aux aliments avalés. On ne saura pas grand-chose de ce que Tony a vu des pays scandinaves, mais on saura combien de fois il a fait caca, et ça c’est important.
Jeunesse

Lavinia et l’anneau magique – Après de nombreux faux départs au fil des années, j’ai pu enfin cette semaine lire à Madeleine l’intégralité de ce conte qui a bercé les jeunes années de ma compagne… et quel conte, qui apprend la responsabilité, la valeur de l’amitié, et que faire quand on se voit offrir un anneau qui change tout en caca. Au-delà de l’aspect blague de tout cela, c’était une très chouette lecture, avec un rythme assez étrange puisqu’il promet un certain nombre de péripéties qui ne surviennent jamais et se termine assez abruptement après ce qui aurait pu être l’une des fins les plus noires lues depuis longtemps… comme s’il y avait eu là-dedans un autre livre qui ne s’était jamais tout à fait transformé.
Série

Motherland, saison 1 – Je me demande à quel point il faut être parent pour apprécier pleinement Motherland ; il faut également, sans doute, apprécier l’humour extrêmement britannique, ce qui ne laisse peut-être pas tant de monde que ça parmi mon lectorat. Pour celles et ceux qui sont encore là, je ne peux que recommander cette courte série qui parle de parentalité foireuse, de rancœurs et de plans tordus, et finalement bien plus de ce que ça fait d’être parent parmi d’autres parents que du rapport aux enfants, largement relégués à l’arrière-plan de la série.
Film

Hundreds of Beavers – Entendre parler de ce film sur les réseaux, qui avait été une de mes claques cinématographiques de ces récentes années, m’a donné envie de le revoir en famille, histoire de vérifier si son punch était encore présent au 2e visionnage. Eh bien c’est toujours aussi efficace (même si légèrement moins kid friendly que dans mon souvenir) et l’aspect « cartoon vivant » du film est assez remarquable, tout comme sa capacité à tenir la distance avec ce qui se résume tout de même à une grosse blague sans aucun dialogue ou presque. En revanche, j’ai été surpris de constater que, si le film a de nombreux aspects humoristiques, c’est finalement son aspect « film d’action » qui prévaut, avec un rythme échevelé, de la baston et des cascades, et un final au pas de course...
Jeu de société

La Fabrique – J’avais adoré mes parties de Wilmot’s Warehouse, et j’avais terriblement envie de tester sa déclinaison en jeu de société depuis que deux de mes amis en avaient chanté les louanges. C’est désormais chose faite grâce à la magie de Noël et je dois dire que ces louanges n’étaient pas déméritées ! La version jeu de société réinvente très intelligemment le principe du jeu vidéo, et le transforme en une sorte de jeu de Memory dans lequel on s’imagine des fictions et des associations d’idée pour se souvenir de quoi est rangé où. Quand on lit les règles, ça paraît totalement impossible, et pourtant chaque partie vient prouver à nouveau, et avec brio, les capacités du cerveau humain à créer de la fiction à partir des formes les plus abstraites...
Musique

Anne Sylvestre, La Femme du vent – Voir un spectacle sur Anne Sylvestre avant les vacances m’a immédiatement envie de me plonger dans l’intégrale de sa discographie, que je connais trop peu, et autant commencer par le début… Alors, on ne va pas se mentir, écouter des chansons d’Anne Sylvestre à la suite c’est se rendre compte que beaucoup de ses mélodies se ressemblent, et assez rapidement on se met à mélanger les chansons ; je me contenterai donc ici de signaler celles qui m’ont marqué. Et elles ne manquent pas, à commencer par la toute première qui me tombe dans les oreilles : dès « La Chanson de toute seule », on retrouve le côté mélancolique de la chanteuse, à part dans son champ de la chanson française, avec une ode à la tristesse, voire à l’envie de mourir, ce qui en 1959 n’était pas rien, tout comme une petite chanson guillerette dans laquelle Anne Sylvestre se vante d’avoir piqué le mari de la voisine. Les chansons de cette première compilation sont très rurales, très centrées sur les filles de la campagne et leurs amourettes. Anne Sylvestre se pose d’emblée contre la bienséance et du côté des pas comme les autres, avec des titres comme « La Femme du vent » ou « Les Punaises », mais aussi comme une poète de talent avec par exemple « Valse-Marine » qui ferme l’album et allie belles tournures et humour tendre… Bref, tout cela me prouve qu’il y a de quoi fouiller dans sa vaste discographie et que je n’ai pas fini d’y découvrir des merveilles !
L’arrière-queer de Milouch

Sarahland de Sam Cohen
C'est l'amie Eugénie qui a mis cet incroyable texte entre mes mains. Récit lesbien queer et expérimental des Sarahs. Entremêlé de morceaux de cœur et de fluides, il commence comme le récit d'un rapport aux corps normés dans un dortoir universitaire pour finir dans une transformation morcellée et psychédélique des corps et de la pensée. Traversent ce livre des figures de lesbiennes, de mecs trans et de TDS, le souvenir de Sarah Schulman (et l'œuvre de sa pensée) et surtout, un mélange entre fierté colère et peur (une faroucherie) qui transcende chaque texte.
Vous ne serez pas surpris⋅e d'apprendre que l'éditrice de ce texte n'est autre que Fanny Lallart (le monde est si petit).
J'en ressors échevelée et le cerveau éparpillé, pleine d'ouverture au vent qui souffle les noms des Sarahs et de leur superbe sororité.
Le mass et la plume

J’ai vu En fanfare d’Emmanuel Courcol. Thibaut Desormeaux est un grand chef d’orchestre international. Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une leucémie, il découvre, en cherchant un donneur, qu’il a été adopté. Cette révélation le conduit à rencontrer son frère biologique, Jimmy, qui n’a pas du tout suivi le même parcours. Si leurs vies sont très différentes, leur amour pour la musique les rapproche : Jimmy joue du trombone dans l’harmonie d’une petite ville du Nord en déclin.
Le réalisateur profite de cette rencontre pour montrer à quel point les choix de vie sont relatifs et largement déterminés par le milieu dont on est issu. En toile de fond, le film dresse aussi le portrait d’une France qui se délite et abandonne peu à peu ses habitants.
À cela s’ajoute une comédie dramatique faite de joies et de tristesses, d’incompréhensions et de réconciliations, jusqu’à un final particulièrement émouvant. Si je devais relever un défaut, ce serait une certaine superficialité : plusieurs personnages secondaires restent à l’état d’ombres autour des deux frères, alors qu’ils auraient mérité davantage de profondeur par exemple : la sœur de Thibaut ou la fille de Jimmy. Cela reste néanmoins un bon film, qui m’a fait verser ma petite larme à la fin.
Et toi,
qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
— L’iceberg des jeux de pêche de Zeph & Ramo, c’était sans trop de surprise trois heures absolument incroyables, avec une écriture tour à tour poétique, philosophique et hilarante, et des réflexions qui vont bien au-delà de leur sujet initial et amènent très, très loin…
— Comme d’habitude, la dernière livraison de l’infolettre de Tony Papin regorge de trésors, comme cette carte des lieux de Paris les plus photographiés par les touristes (en rouge) et par les locaux (en bleu) ; cette recension à côté de laquelle cette compote est du pipi de chat ; ce portail vers des dizaines de sites web inutiles mais indispensables ; cette vidéo sur l’emplacement de tous les kebabs parisiens ; et j’en passe…
— D’habitude, c’est le moment de l’année où je prépare un p’tit top de la compote, mais très honnêtement, je suis trop fatigué et trop surchargé de trucs à faire pour m’y coller cette année… Si tu veux savoir ce que j’ai préféré culturellement en 2025, direction les archives !
Des bises
et peut-être à dans deux semaines, en compagnie de Fastball.
Ajouter un commentaire: