La compote de Côme #217 - du dimanche 23 mars au dimanche 30
On se bat, on fait justice, on replie du papier.
Jeux de rôles
Glatisant - Difficile de produire un jeu plus Milouchcore : de la légende arthurienne, de la romance queer, tout y est ! Dans ce petit jeu à deux, encore en cours de création, on va incarner un.e chevalier.e errant.e et la Bête qui la poursuit, à moins que ce ne soit l’inverse, ou bien que tout cela soit un peu plus ambigu… Le tout en se déplaçant de carte à jouer en carte à jouer, avec un objectif précis connu seulement par la Bête. Derrière son déroulement simple, j’ai le sentiment qu’il se cache une expérience de jeu assez dense dans Glatisant, et ma foi j’ai bien envie de la découvrir…
A Call to Compete - Je le sais, pourtant, que soutenir des jeux en cours de conception sur itch, c’est une pierre dans l’eau : ACtC, comme d’autres avant lui, ne sera sans doute jamais complété, mais je suis un indécrottable optimiste. C’est aussi que ce petit jeu de rôle vient faire un bel écho à mon expérience récente avec le catch, puisque c’est essentiellement un jeu de baston où l’on cherche à placer des combos pour mettre l’adversaire au tapis, ce en lançant des dés et en les faisant progresser le long d’une piste. J’avoue que c’est la volonté de l’auteur de faire des fiches avec des styles graphiques assez différents qui m’a eu, car ça m’a rappelé mes propres essais en la matière…
Print it Yourself #2: Zine Production 101 - Justin Vandermeer continue son travail de patient démocratiseur du DIY, et on ne peut que l’en remercier… Dans ce 2e numéro de Print it Yourself, il est question de zines, dans toutes leurs formes et parfois sous toutes leurs coutures : comment les fabriquer, bien sûr, mais aussi que mettre dedans, comment décider de la façon de les imprimer, de les relier, et ainsi de suite. Je ne sais pas encore de quoi le 3e numéro sera fait (la distrib' ?) mais chaque livraison de cette petite série me donne envie de laisser tomber mes projets de qualité pro et de remettre les coudes dans les agrafes… En 2026 peut-être ?
Littérature
The Light Fantastic - Ce 2e tome de la saga du Disque-monde est bien plus convaincante que le précédent, notamment parce qu’elle abandonne la parodie explicite et les références aujourd’hui datées pour commencer à déplier une mythologie propre à son univers… et aussi parce qu’elle met (un peu) de côté la comédie situationnelle au profit des métaphores absurdes et des one-liners ridicules, domaines dans lequel Pratchett excelle. Le récit, une fois de plus, se perd un peu entre plusieurs tableaux peu reliés entre eux et qui sont surtout l’occasion de présenter plusieurs types de magie présents dans le Disque-monde, et d’introduire une autre figure de barbare qui, bien plus tard, aura son histoire tout à lui. J’ai en tout cas avalé tout cela comme de rien et j’ai plutôt hâte de continuer !
Non-fiction
Le Manuel de la justicière lesbienne - J’ai enfin pris le temps de lire ce petit manuel que Milouch vous recommandait le mois dernier et ce fut un vrai plaisir ! Au-delà de la projection dans une certaine époque du militantisme (j’ai une grande sympathie pour les Justicières, mais le style graphique de leurs flyers est carrément démodé aujourd’hui), c’est surtout un petit livret bourré de conseils plein de bon sens et qui résonne encore très fort en 2025 : même si je manque totalement du courage pour appliquer tout cela, je suis d’accord avec les Justicières pour dire que l’action coup de poing, là où on ne l’attend pas, est toujours plus efficace que celle qui est programmée, ponctuelle et encadrée par les forces gouvernementales. Et il y a là-dedans de quoi appliquer de telles idées.
Série
Reservation Dogs saison 3 - Reservation Dogs se conclut donc, à la fois très loin et tout à fait proche de là où la série a commencé : avec quelques touches de comédie, du type de celles qui ont un grand cœur et appliquent le même type de bienveillance à tous ses personnages, majeurs ou mineurs. De fait, la bande des Rez dogs s’est agrandie et leurs trajectoires individuelles résonnent avec celle de la communauté tout entière : ces 3 saisons auront servi à aider ces ados mal dégrossis à travers leurs traumatismes, à trouver leur identité, et à devenir les futurs elders de la réserve, comme les autres avant eux. Beaucoup de tendresse dans tout cela, donc, ce qui est décidément ma façon préférée de rire en ce moment.
Film
The Brutalist - Me lancer (à moi-même) des défis stupides semble être la meilleure façon de me faire faire quelque chose : par exemple, regarder The Brutalist uniquement parce qu’il est infiniment long (3h20, avec entracte) et aussi parce que j’aime bien Adrien Brody. Les histoires d’architecture brutalité, finalement, ne sont qu’une raison secondaire. En l’occurrence, les 420 minutes du film sont passées relativement vites dans le confort de mon salon et j’ai pu apprécier pleinement un récit qui parle aussi bien de la fausseté creuse du Rêve américain (surtout en regard des atrocités de la guerre) que des difficultés de livrer une vision artistique sans compromis, ces deux thèmes servant de support à un discours sur l’immigration et ses traumas. Le film ressemble à la biographie d’un architecte réel et prend son temps pour dérouler la complexité de ses personnages, et la beauté froide des décors brutalisâtes, qui finissent par prendre toute la place dans un épilogue un peu trop explicitant à mon goût (à la différence, par exemple, de There Will Be Blood avec lequel The Brutalist partage beaucoup). Il n’empêche que faire en sorte que je ne m’ennuie pas devant un film fondamentalement froid et long relève en soit de l’accomplissement.
Jeux vidéos
Paper Trail - Outre que ce jeu est extrêmement mignon, il repose par ailleurs sur un principe de puzzle/platforming assez malin : tout du long, on progresse dans des bouts de décor que l’on peut replier sur eux-mêmes, débloquant ainsi de nouveaux passages. Au fil des niveaux, cette mécanique de base se complexifie peu à peu mais on reste à peu près sur ce principe simple, que des petits bonus (évidemment plus difficiles à atteindre que le reste) ne suffisent pas à suffisamment diversifier : même si j’ai beaucoup apprécié le jeu et l’ambiance qu’il dégage, tout cela était tout de même un peu monotone. L’exploration était sympathique, mais j’aurais peut-être aimé sentir un peu plus la progression narrative et ludique…
Disc Room - Et, comme je ne suis pas à une contradiction près, immédiatement après avoir pesté contre la répétitivité de Paper Trail, je me suis lancé dans un petit jeu qui repose entièrement sur un principe de répétition : on est dans une pièce, il y a des disques acérés, et il faut les éviter le plus longtemps possible. Évidemment, on finit par mourir, ce qui, selon la manière dont on a navigué à travers la pièce, en ouvre une ou plusieurs autres… Et ainsi de suite jusqu’à traverser un petit labyrinthe, dénouer quelques énigmes et se battre contre quelques boss sur le chemin, et bien entendu débloquer de nouvelles capacités. Tout ça prend quelques heures (sans compter le mode difficile, tout simplement impossible pour moi) à mourir des centaines de fois, parfois (souvent) au bout de 3 secondes, et recommencer, encore et encore, jusqu’à atteindre la fin.
Musique
La Raïa vit - Je t’ai déjà parlé par deux fois de la Raïa dans cette compote, tu en reprendras bien une troisième ? Car voilà, ce groupe mythique de mon adolescence, ce concentré de punk-poétique sans beaucoup de concession, qui a mis le feu aux années 2000 avant de s’éparpiller aux 4 vents et aux 12 groupes, vient de mettre sur Bandcamp l’intégralité de sa discographie ; et, non content de ça, de les fournir sous une forme remasterisée, avec titres d’albums et tracklists différentes. L’occasion pour toi de réécouter ces hommages à Perec ou Artaud dont je t’avais déjà parlé (mais pas celui à Desnos ; d’explorer l’album Les Dents Dans, pas encore chroniqué ici et pourtant bourré de pépites comme un cri de joie réjouissant, ou du punk de bricolage ; mais aussi cette déconstruction expérimentale des Bérurier Noir ou des trésors encore inédits pour moi (qui ai pourtant bien arpenté cette discographie !). On y perd quelques titres plus maladroits, et j’ai l’impression qu’une partie de mon paysage musical se redessine sans me demander mon avis (le retrait de « Brûlé au napalm », « De rue » et « Une Datcha au soleil » de Peur Fleur dépliée, et l’omission de « Planète en feu » des inédits, sont des crimes difficilement pardonnables) ; mais, si c’est pour faire (re)découvrir au vaste monde l’un des meilleurs, voire le meilleur groupe de punk français, ça en vaut la peine.
L’arrière-queer de Milouch
Les morts posséderont la terre de Margareth Killjoy
Souviens toi lectrice, nous étions en octobre dernier, la chasse de la Chouette d'or venait de se finir et je vous présentait les résultats d'une autre chasse : un roman de Margaret Killjoy : L’Agneau égorgera le Lion ! Et bien nous y revoilà, il est temps de parler de sa suite : Les morts possèderont la terre !
Et bien, c'est toujours aussi qualitatif !! Dans cet épisode, on suit encore la bande de Danielle Caïn ici aux prises avec un nécromant. Cette fois-ci, le surnaturel perd un peu en mystique et on comprend un peu mieux les arcanes de la magie utilisée — à base d'échange équivalent si j'ai bien tout saisi. En tant que fan absolue de la magie non scientifique, ça m'a un peu déçue, mais tout le reste est impeccable, les réflexions politiques sur l'anarchie sont toujours très justes, l'ambiance est au top, il ya même une petite vibe road trip qui s'invite à un moment. Bref à quand un nouveau tome ?! (Oui, ceci est un appel officiel aux éditions Argyll)
Et toi
mass : J'ai récemment regardé la série Adolescence sur Netflix. Contrairement à ce que le titre pourrait suggérer, cette série ne traite pas directement de l'adolescence, mais plutôt d'un réalisme cru, typique des productions anglaises. L'intrigue suit l'arrestation d'un adolescent de 13 ans, accusé du meurtre d'une jeune fille dans une banlieue anglaise. Cependant, il ne s'agit ni d'une série policière ni d'une série judiciaire.
La forme de cette série est particulièrement remarquable. Elle se compose de quatre épisodes d'environ une heure chacun, entièrement tournés en plan-séquence. Cette technique, bien que contraignante, confère une intensité et un réalisme saisissants. Le réalisateur a su manier cette contrainte avec brio, de sorte que l'on ne se pose jamais la question de la faisabilité technique pendant le récit.
Sur le fond, l'auteur aborde plusieurs thèmes complexes. La série explore la violence entre les genres chez les jeunes, notamment dans le deuxième épisode qui se déroule dans l'école du protagoniste. Elle traite également du harcèlement sur les réseaux sociaux et de la responsabilité des parents dans le devenir de leurs enfants, un sujet particulièrement développé dans le dernier épisode. En quatre heures, la série parvient à aborder ces sujets de manière crue et efficace.
Bien que visuellement sobre, le ton et les thèmes abordés rendent la série particulièrement poignante et difficile à regarder. Je la recommande vivement pour son efficacité, tant sur la forme que sur le fond.
Gobelin Nounours : Cette semaine, j'ai compoté Fleur bleue du studio Bagel. Mais c'est surtout avec et de Enya Baroux.
Fleur bleue, kessessé ? c'est une série de courte vidéo sur les plans Q un peu foireux d'une trentenaire. Chaque épisode étant consacré à l'un d'eux. C'est doux et humoristique. C'est bien écrit. J'ai tout télévoré en un dimanche après-midi. Les thèmes abordés sont à la fois profonds parfois et assez bien amenés pour que tu ne le voie pas. La sexualité des parents, le temps qui passe, les convictions politiques (peut-on coucher avec une personne qui ne partage pas nos convictions ?), l'écart d'âge ... bref beaucoup de thèmes qui me parlent. Ça parle de sexe sans en montrer avec assez de vocabulaire pour ne pas être grivois. J'ai passé un très bon moment.
Et toi, qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- Moi aussi je trouve les dessins d’habitations en coupe absolument incroyables. Au cas où, il est encore temps de m’en offrir pour mon anniversaire…
- Par contre, merci de ne surtout pas m’offrir ces formidables assiettes dégottées par l’ami Jean-Baptiste, même si j’ai un faible pour celle avec Victor Newman.
- Une infolettre qui compile des liens intéressants (ou dingos) de l’Internet ? Et hébergée sur Buttondown, en plus ? Une sorte de version géante de cette petite rubrique, mais mensuelle ? Mon bonheur est fait.
- Une étude très intéressante (et drôle) de « l’effet traduit » (qui donne des romans mal écrits) chez Musso, Chattam, Levy et consorts.
- L’ami Ben lance un nouveau podcast musical, dont le premier épisode tourne autour des reprises improbables de chansons connues, un thème qui m’est si cher que j’avais il y a bien longtemps commencé à tenir un blog sur le sujet. Ça fait un très contrepoint au Morceau caché que je continue aussi d’écouter toutes les semaines !
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Raül Refree.