La compote de Côme #216 - du dimanche 16 mars au dimanche 23
Du cul, du catch et du soap trans.
Jeux de rôles
Moon Rings - Il y a bien, en effet, un truc avec la Lune sur itch.io, ou plus exactement une game jam, ce qui explique la recrudescence de jeux sur le sujet, avec des motifs récurrents… Dont ce Moon Rings, jeu solo à la présentation impeccable, dans lequel on incarne un mage à la recherche d’anneaux de pouvoir, sous le regard d’une lune plutôt vénère. Au-delà du jeu lui-même, par ailleurs de fort bonne facture, ce qui me frappe ici c’est le style visuel du jeu, d’une grande beauté tout en n’utilisant presque que des assemblages de motifs géométriques qu’on imagine dessinés sur un logiciel approprié : un argument de plus qui prouve (s’il y en avait besoin) que, plutôt que des images générées par des algorithmes incapables d’autre chose que de la copie ou du style plat, un œil bien entraîné et sans compétences artistiques particulières peut produire de magnifiques choses.
A Stranger’s Just a Friend - Il y a aussi, en ce moment sur itch, des jeux très queer et très chauds pour lesquels je ne suis pas vraiment le public cible mais où je vais chercher une joyeuse liberté, dans le ton comme dans la jouabilité, qu’on trouve assez peu ailleurs. Je veux dire, c’est pas tous les jours qu’on tombe sur un jeu pour deux avec un criminel espagnol trans en fuite pour avoir tué le chien d’un prêtre, pourchassé par une entité portant sa tête sous le bras (tout ceci est bien trop spécifique)… Pas tous les jours non plus que du chocolat est utilisé activement dans une mécanique de jeu qui utilise aussi des bougies et des pierres et qui, sans surprise, tournera pas mal autour du fait que ces deux-là vont grave se pécho, ou grave s’entre-tuer, ou un peu des deux. Arrivé à ce stade de la description, je pense que tu sais si ce jeu est pour toi ou pas : pour moi c’est une sacrée dose d’air frais, en tout cas !
Deus Sex Machina - Sinon, il y a ce jeu au slogan impeccable : “SERVE CUNTS, KILL FASCISTS”. Donc oui, il est encore question de cul ici, mais à bord d’un robot géant et avec une volonté farouche de péter des gueules. Là, le jeu n’est pas du tout pour moi, pas pour son propos auquel j’adhère sans réserve mais parce que les jeux tactiques avec des robots géants, ce n’est pas mon truc : niveau mise en page, en revanche, il est impeccable. Je réalise en écrivant ces lignes qu’il est par ailleurs l’œuvre de l’auteurice derrière One Page Left, Iron Valley ou encore FooL, jeux dont j’ai déjà chanté les louanges ici, ce qui est un gage supplémentaire de qualité !
QUANTUM NOBODIES - Bon mais je lis pas que des jeux de rôle avec du cul, hein : j’en lis aussi avec des univers parallèles. Et celui-ci, ma foi, qui mélange les idées de Roll for Shoes avec celle de Run. Die. Repeat. (oui désolé je vais pas tout expliquer, ce serait trop long mais les 2 jeux en question ne le sont pas, va les lire !), est fort bien troussé : jolie maquette pleine de orange, idées emmenant tranquillement le jeu vers une folie absurde, c’est vraiment ma came et ça se range sans hésiter dans la catégorie des jeux à sortir au débotté pour les parties imprévues !
Bande dessinée
GariGari - Difficile de commenter une bande dessinée entièrement muette qui se lit d’une traite comme un long film d’action : comme, plus précisément, un film de Kurosawa en noir et blanc, dans lequel ninjas et samouraïs se font la guerre, avec bien sûr des singes géants et des monstres à yeux globuleux car on est tout de même chez Hugues Micol. C’est un régal pour les yeux et, si je dois admettre ne pas avoir tout compris aux subtilités du récit (c’est toujours un grand défi à relever pour les bandes dessinées sans texte) j’ai globalement saisi qui était le gentil, j’ai pris grand plaisir à le voir se jouer du méchant, et je n’avais pas besoin de plus.
Littérature
Noon du Soleil noir - Ça faisait longtemps que le nom de L.L. Kloetzer, et voici que de ses livres sont apparus quasiment sur le pas de ma porte… J’ai commencé par Noon, qui me semblait moins réputé et doté d’une maquette un peu trop proche de la fantasy de bas-étage pour moi, afin de pouvoir vaincre mes a priori. Eh bien, la maquette du bouquin n’est effectivement pas terrible mais derrière ce décor de fantasy urbaine qui m’a rappelé le Wastburg de Cédric Ferrand en moins crado se cachait une histoire d’enquête avec de la magie de facture plutôt sympathique. Tout cela a des allures de premier tome, qui pose plusieurs intrigues sans toutes les résoudre, et je ne sais pas si je poursuivrai l’aventure en compagnie de Noon, mais c’est une lecture dans laquelle je me suis coulé avec plaisir !
Cycle of the Werewolf - Triste constatation : c’est sans doute quand Stephen King se réfrène un peu qu’il est le meilleur. Pour preuve cette novella d’une centaine de pages, dans laquelle on suit les massacres perpétrés par un loup-garou à chaque nuit de pleine lune : le récit ramassé marche très bien, on n’a pas le temps de s’ennuyer ni de commencer à réfléchir aux failles de l’intrigue qu’elle est déjà terminée. Vu que je ne suis plus qu’à un ou deux bouquins de ÇA et que ceux qui le précèdent ne sont pas franchement courts, ça fait du bien…
Séries
Pose saison 3 - Je suis un peu partagé par cette 3e et dernière saison de Pose dont l’écriture a sans doute été bouleversée par le départ précipité d’un des acteurs, et qui va beaucoup trop vite dans ses péripéties : les protagonistes sont au fond du trou un épisode et vivent leur meilleure vie dans le suivant, qu’il s’agisse de leurs problèmes financiers ou de santé. De même, la série a un peu oublié le semi-réalisme de ses débuts et verse dans le soap le plus total par moments, et tout ça m’a un peu éloigné des raisons pour lesquelles j’aimais Pose au début. Pour autant, la saison retombe sur ses pattes dans ses derniers épisodes et s’offre un final qui, loin d’être grandiloquent, vient renouer avec l’émotion des débuts, et me rappelant pourquoi j’ai aimé cette série !
Severance saison 2 - Elle s’était faite attendre 3 ans, cette 2e saison de Severance, et si j’avais peu de doutes sur sa qualité à la fois visuelle (avec Ben Stiller aux manettes, qui décidément se réinvente une carrière), musicale et scénaristique, j’ai tout de même été un peu déboussolée par certains de ses choix. Là où on aurait pu s’attendre à un peu de résolution de mystère, la série fait plutôt le choix de creuser la psychologie de ses protagonistes, dédiant même de larges parties de ses épisodes à des personnages secondaires (tout en en expédiant d’autres un peu rapidement), et d’ajouter des couches de mystère un brin mystique à des endroits déjà bien chargés. Au final, la logique de cette saison 2 est davantage émotionnelle qu’intellectuelle, et ça fonctionne plutôt bien, malgré une impression d’ensemble un peu fourre-tout tout de même. Et maintenant, on va espérer que l’attente d’une 3e saison soit moins longue…
Spectacle
APC - J’avais loupé mon rendez-vous annuel avec l’APC l’an dernier, je n’allais pas louper ça cette année ! Une fois encore, je suis frappé à la fois par la diversité du public et son engouement total à la moindre des cascades des catcheurs et catcheuses présent.es, qui se donnent à fond du début à la fin. Voir ces bastons en vrai, portées par l’énergie du public (dont une bande de lascars surexcités que la prod avait ingénieusement placée en bord de ring), ça n’a rien à voir avec les vidéos qu’on pourrait trouver sur les réseaux : on est à fond dans la kayfabe, on siffle avec vigueur les coups bas et on applaudit les meilleures prises… Bref, c’était encore une fois génial et j’ai déjà envie d’y retourner !
Film
Ed and Rooster’s Great Adventure - J’en ai vu, des films fauchés, des films nuls qui en deviennent sympathiques, des films chelous… Tout ceci constitue une bonne partie de mes habitudes cinématographiques. Mais des films aussi fauchés et nuls que Ed and Rooster, qui en oublient d’être sympathiques et chelous, pas vraiment. Parce que bon, le pitch de base me plaisait assez pour que je lâche 3 euros au service de VOD : deux oiseaux tombent sur un portail multi-dimensionnel et explorent des univers parallèles, le tout avec uniquement des plans sur des oiseaux de plage doublés de manière un peu maladroite. Ça peut tout de même donner des choses très chouettes, même avec le plus moche de tous les portails dimensionnels que j’ai jamais vu, mais pas là : il y a beaucoup trop de blagues qui tournent autour de la drague lourdingue et du caca (et pourtant, si tu me connais tu sais qu’il en faut pour me lasser des blagues sur le caca) et la belle amitié qu’on essaye de nous vendre entre ces deux mouettes fortes en gueule ne prend tout simplement pas. On s’emmerde ferme, et les 2-3 détails bien trouvés (les oiseaux qui crient « Frites ! » en cœur quand elles voient une frite, oui, j’en suis là) ne sauvent pas l’ensemble. Pour une fois que j’achetais un film… Et en plus, comme le signale l'ami Jérémie, le film est même pas foutu d'identifier correctement les oiseaux qu'il montre à l'écran.
Jeu de société
Insider - J’ai enfin pu tester cette semaine ce petit jeu déniché pour le club de jeux du lycée, originellement japonais et présenté dans un petit packaging ramassé et efficace comme je les aime, à l’image d’ailleurs du jeu lui-même. Il mélange plusieurs influences de fort intelligente manière en proposant un principe de « mot à deviner en posant des questions fermées » assez classique, jusqu’à ce qu’on comprenne qu’une des joueuses connaît le mot à l’avance et doit tout faire pour ne pas se faire repérer, tout en s’assurant que le mot soit deviné car sinon tout le monde a perdu… Quand on ajoute que les mots à deviner sont généralement assez spécifiques (je me suis fait griller sur « énergie nucléaire »), on comprendra qu’Insider se classe immédiatement pour moi dans le top des jeux apéro !
Musique
La musique de la semaine - Parfois, ce n’est pas un album en particulier qui me reste en mémoire à la fin de la semaine, plutôt des chansons glanées tout au long des jours, comme un résumé en pointillés de mes dernières activités : la nostalgie pleine de bits d’Alexis Lumière ; la colère tranquille et en chœur de La Meute ; la beauté à pleurer de Grandaddy et celle de Johanna Kunin ; le chant nonchalant de Thom Yorke ; l’electro minimaliste de Commando Koko (et la série des errata C20 en général) ; et les chansons d’amour tordues de kapeq. Tout ça forme une chouette mosaïque.
L’arrière-queer de Milouch
La lance de Peretur de Nicola Griffith
Tu l'as peut être remarqué, lectrice attentive, mais j'ai une certaine passion pour la matière de Bretagne ! Alors quand j'ai appris que Spear, un roman qui reprend la tradition de Perceval mais en en faisant un perso féminin allait être traduit en français, j'étais aux anges !!
Alors déjà un peu de contexte, ce roman s'inscrit dans un travail plus large initié par les éditions Vintage qui consistait à rassembler pleins d'auteur.ices pour écrire des textes queer autour de la romance Arthurienne. Cette compilation, Sword Stone and Table, n'a pas encore été traduite en français, mais je ne désespère pas !
La lance de Peretur était donc prévue pour cette compilation mais finalement, le livre a tellement gonflé qu'il a été édité à part comme une novela.
Mais bref assez parlé papier et chiffons, qu'est ce que ça vaut ?!
Et bien, c'est très très cool ! C'est un pur roman d'aventure arthurien tel qu'il pourrait être écrit aujourd'hui. Le livre rend vraiment hommage aux traditions de la matière de Bretagne tout en étant bien plus moderne dans sa forme (notamment au niveau de la psychologie des personnages). J'ai quelques reserve sur la cosmogonie qu'elle développe, mais c'est mineur.
Nicola Griffith nous conte l'histoire d'une Peretur qui comme dans la légende est préservée du monde des hommes par sa mère et mise à l'écart de la société. Elle finit par s'enfuir pour devenir chevaleresse, manipulant alors le travestissement comme ce qu'on pourrait retrouver dans le roman de Silence.
Peretur vit des aventures, des romances avec une proto-dame du lac (Nimuée) et puis son lignage se rappelle à elle et elle doit combattre son héritage pour grandir et triompher d'une proto-quête du Graal.
Et le coté queer alors ? Parce qu'ici c'est l'arrière-queer, pas l'arrière-Arthur...
Et bien, je trouve que c'est géré assez finement. Le focus est bien plus posé sur une Peretur lesbienne que sur des questions de travestissement ou de genre tels que les exprimait Silence. Sa sexualité n'est jamais questionnée mais au contraire magnifiée par le récit et c'est très rafraichissant !!
C'est donc un sans faute et un arrière-queer / 20 pour ce superbe texte !!
Et toi
mass : J’ai écouté Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel.
Il y a quelques années, j'avais commencé à lire le premier tome de Les Lames du Cardinal de Pierre Pevel, mais je m'étais arrêté, trouvant qu'il manquait quelque chose. C'était un peu ennuyeux.
Récemment, on m'a proposé de jouer au jeu de rôle basé sur ces livres, ce qui m'a motivé à redécouvrir la série en version audio. Et je ne regrette pas ! L'expérience audio a vraiment enrichi mon appréciation de l'histoire.
Les trois livres sont captivants et se suffisent à eux-mêmes. Pierre Pevel réussit à mêler aventure, drame et fantastique, surtout dans le troisième tome où il fait des choix radicaux.
J'ai vraiment aimé les personnages et le décor du Paris de Louis XIII avec Richelieu et les dragons. Cela m'a donné envie de jouer à d'autres jeux de cape et d'épée.
En résumé, je recommande Les Lames du Cardinal à ceux qui aiment les histoires d'aventures avec une touche de fantastique.
Et toi, qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- Comme je suis vieux, je ne vais pas sur TikTok, je vais sur WikiTok (un scroll infini mais avec des articles Wikipédia au hasard).
- L’histoire de cette série Netflix annulée ferait une bonne série Netflix.
- Si par hasard tu as besoin de nouveaux marque-pages, voici les meilleurs du monde.
- Via Mastodon, je découvre l’extraordinaire Fish Doorbell, qui permet de libérer à distance des poissons prisonniers d’un barrage aux Pays-Bas et éviter qu’il se fassent bouffer par de malins prédateurs. Parfois Internet est tout de même incroyable.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie des Joyeux Urbains.