La compote de Côme #215 - du dimanche 9 mars au dimanche 16
Un plombier, du boucan et des poulets.
Jeux de rôles
Substratum Protocol - Il y a beaucoup de bonnes choses dans ce Substratum Protocol, dernier jeu en date des studios Pandion Games qui sont décidément un nom à suivre : d’abord, il y a cette volonté de faire du manuel de jeu un artefact, c’est-à-dire un manuel supposément annoté par un scientifique qui est chargé (c’est la proposition de jeu) de voyager jusqu’au centre de la terre avec son équipe pour découvrir l’anomalie qui s’y niche. Visuellement, ça en fait un très joli jeu, très plaisant également à lire, aspect trop souvent négligé à mon goût. Le jeu parle en outre à mon attirance pour les décors spéléologiques et le délitement progressif d’une certaine réalité, soutenus ici par un système avec des dés et des cartes, qui dans les deux cas repose sur un principe simple trouvant ensuite des déclinaisons et des usages secondaires. Bref, c’est un petit concentré d’efficacité auquel je tire mon chapeau !
Black Currents - L’efficacité, c’est aussi le maître mot de ce petit jeu qui assume son minimalisme : on y incarne une bande de marins et la bête qui les transporte, sans plus de détails sur cette relation, la destination ou l’identité des membres de la bande… Il y a un système de dangers qu’on doit abaisser petit à petit en lançant des dés dont les résultats seront pairs ou impairs, des personnages composés mécaniquement d’une partie de leur corps et d’une émotion seulement, et d’une playlist qu’on recommande « intense ». C’est à peu près tout, mais ça suffit à mon avis pour jouer des aventures épiques ; et en plus, mon petit doigt me dit que ça devrait être traduit en français dans pas trop longtemps…
In Love With The Moon - Bon, y a un truc avec la Lune en ce moment ou quoi ? En dehors de l’éclipse de ce jeudi soir je veux dire… En tout cas, voici un jeu de plus qui parle de la Lune, cette fois-ci sous l’angle de scientifiques qui veulent s’y rendre avec des projets dopés au LSD et qui, à cause dudit LSD, se mettent à voir des choses, genre la Lune qui leur fait des bisous. Tu l’auras compris, c’est un jeu résolument rigolo, qui mêle un discours pseudo-scientifique à une structure de storygame lunaire dans tous les sens du terme, et si je n’ai pas tout compris à sa mécanique en le lisant, j’ai déjà bien rigolé, ce qui est mieux qu’avec pas mal d’autres jeux !
Itsa Youuuu! - Imagine que Super Mario, au lieu d’aller taper sur Bowser, prenait sa clef à molette et allait taper sur les oligarques du monde entier, et tu auras un début d’idée de l’ambiance de ce jeu au titre discutable mais au contenu plein d’énergie (et de bon sens). Il y a quelque chose de très punk dans Itsa Youuuu! : le jeu est maladroit par bien des aspects, mais il te présente les choses avec un ton très direct et sans ambiguïté (la page itch du jeu t’encourage à le choper gratuitement et à donner tes sous à des assos à la place) qui me le rend immédiatement très sympathique.
I Touched the Evil of the World and Saw All the Others in Hell with Me - Avec un titre aussi incroyable, je savais que j’allais en avoir pour mon argent, et je n’ai pas été déçu : peu nombreux ont été les jeux lus ces derniers temps qui ont si bien réussi à retranscrire une ambiance lynchienne (à part le mien, bien évidemment et en toute absence de modestie). On ne perd pas de temps avec les artifices, dans ITTEOTWASATOIHWM : tout le monde dans la red room, allez hop, et on s’en échappera (ou pas) après avoir incarné des personnages aux identités changeantes, en tordant le principe des jeux Belonging Outside Belonging et sans doute en s’étant pas mal fait peur dans l’intervalle. Voilà une fois de plus un jeu dont l’écriture percutante fait beaucoup pour son succès à mes yeux !
The Daughters of Galatea - Une chose qui ne transparaît peut-être pas autant qu’il faudrait dans mes petites notules, c’est qu’itch.io est un refuge de jeux indés, certes, mais que la plupart d’entre eux sont résolument queer. La plupart ne sont pas faits pour moi (et c’est tant mieux, qui a envie de plaire à un mec cishet lambda de nos jours) mais de temps en temps, l’un d’eux retient mon attention, comme ce Daughters of Galatea dans lequel on joue 3 androïdes devant passer 100 ans dans un vaisseau interstellaire et se posant pas mal de questions sur leur identité, ou leur sexualité. Je ne trouve pas que le jeu tant de sujets « extrêmement sexuels », c’est surtout qu’il les traite tout court, ce que ne font pas la plupart des jeux ; certains termes sont crus mais s’insèrent au sein d’un questionnement plus large dans lequel il aurait été dommage de les laisser de côté. À part ça, le jeu se découpe en scènes plus ou moins choisies, avec un système de cartes qui parvient à trouver un peu d’originalité, notamment à travers ses tables aléatoires dans lequel certains résultats (les plus positifs) nous demeureront à jamais inaccessibles…
Bande dessinée
Bookhunter - Cela faisait des années que je n’avais pas lu cette petite bande dessinée de Jason Shiga, sur laquelle je compte m’appuyer pour écrire un petit jeu de 36 mots… Car à la relecture, il faut bien avouer qu’il y a tout pour faire de Bookhunter quelque chose de plus large, et comme je n’ai pas les moyens pour produire une série télé, ce sera un jeu. On y suit l’enquête menée par la police des livres pour récupérer un incunable falsifié, dans une intrigue qui n’a rien à envier aux films d’actions les plus rythmés : tout y est calqué sur le modèle de l’enquête fictionnelle classique, sauf que le vocabulaire technique de la bibliothèque remplace celui de la balistique, et les livres les cadavres. Ce n’est peut-être pas étonnant que Shiga, à l’exception de cet ouvrage-ci et d’une poignée d’autres, se soit vite tourné vers des ouvrages plus expérimentaux, son dessin demeurant un peu maladroit tout du long, mais ça reste une lecture très agréable… et pleine de bonnes idées !
Littérature
The Game Changers - Ça faisait longtemps qu’un bouquin m’avait fait rater une station de métro, pour te dire à quel point j’ai été absorbé par The Game Changers ! C’est un essai qui part souvent dans plusieurs directions à la fois et qu’il me serait donc compliqué de résumer ici : il commence par traiter des quelques jeux ou mécaniques (les dés et les cartes en premier lieu) qui ont conquis le monde, retraçant leur histoire à travers les pays et les époques et expliquant, d’une manière presque poétique, comment que de simples manières de jouer changent tout ; non seulement dans la façon dont on joue, mais aussi comme on voit le monde. Car The Game Changers parle avant tout de la magie du jeu, de la façon dont il suspend le monde tout en nous y rattachant, de ce langage étrange que peut être un plateau de jeu et de ce qu’il nous apprend sur nous-même et sur les autres. J’ai appris plein d’anecdotes passionnantes, j’ai été ému par ma lecture, mais avant tout, elle m’a donné envie de continuer de créer, encore plus qu’avant, et bien entendu de ne jamais m’arrêter de jouer.
Page de pub
L’Hôtel du Lion rouge - Eh oui, tu risques de le voir un peu encore ces prochaines semaines, mais tu as vu on a changé l’image de L’Hôtel du Lion rouge, une bonne excuse pour te reparler du projet ! C’est donc lancé depuis quelques jours, et à l’heure où j’écris ces lignes on approche des 75%, s’approchant donc de la zone difficile où ma grand-mère a soutenu le projet pour me faire plaisir et il faut à présent convaincre des gens qui ne me connaissent pas. Je m’en charge en partie, avec des interviews et des parties publiques à gogo, mais ma foi, si tu connais des gens que ça pourrait intéresser, n’hésite pas à faire passer le mot… Entre autres sur les réseaux sociaux où je ne suis quasiment plus ! Je ne peux pas te promettre une nuit dans un grand hôtel en échange, mais toute ma gratitude, ça oui.
Film
A Girl Walks Home Alone At Night - Stylistiquement, ce film d’auteur irano-californien est très réussi : ambiance sépulcrale, longs plans presque dénués de dialogue, musique et photo impeccables. Malheureusement, la conséquence est que le film tourne presque à l’exercice de style et que cette histoire de vampire à la sauce western (ou l’inverse) est tout de même assez ennuyeuse : il ne s’y passe quasiment rien, les personnages ne font pas grand chose, comme si tout le monde attendait quelque chose qui finit par arriver mollement dans les derniers plans du film. Je n’ai rien contre le cinéma méditatif, hein, mais il manquait tout de même un peu de muscle sur ce squelette.
Podcast
Club Citrouillade - Ça a été cyclique ces dernières semaines mais ça y est, Madeleine est de nouveau accro au Club Citrouillade, me demandant d’écouter les épisodes en boucle 4 fois d’affilée, il est donc peut-être temps que je t’en parle ! Ça montre bien à quel point son intérêt pour les monstres s’est ancré depuis sa découverte de Petit Vampire, pour mon plus grand plaisir… Club Citrouillade c’est donc 12 épisodes dans lesquels on suit le quotidien d’une bande de copains monstres (une zombie, un loup-garou, un vampire, un fantôme…) dans des activités typiquement enfantines, comme une tombola, une excursion à la plage ou un anniversaire surprise. Les histoires sont rarement incroyables mais racontées honnêtement, tout comme les différentes voix, qui sont de qualité variable mais font le job. Le petit plus du podcast, à mon sens, c’est que chaque épisode s’accompagne d’une chanson aux accents un rien funk, qui reste dans la tête mais de façon bien moins désagréable que bien des trucs pour enfants… Malheureusement pour moi, c’est l’élément du podcast que Madeleine me demande presque systématiquement de zapper. En tout cas, le podcast n’a duré qu’une saison, diffusée il y a deux ans et demi, et je suis depuis à la recherche d’autres histoires de petits monstres…
Musique
Boucan, s/t - Le boucan, c’est le zbeul, le tintamarre, le truc qui explose. Dès les premières secondes de l’album, on comprend que ça va péter dans tous les sens, qu’on va aller vite, fort, et sans beaucoup de poses. Parfois ça prend la forme d’un morceau de rock énervé un peu conventionnel, d’autres fois ce sont des guitares qu’on semble traîner au sol. Parfois c’est la basse qui s’agace, un peu moins que les autres instruments, mais à peine. De toute façon, au bout d’un moment tout ça se mélange, torrent de lave sonore dans nos oreilles, et on se laisse dériver.
Il n’y a pas de chant dans l’album sans titre de Boucan, pas même de cris. À nous d’imaginer une autre façon d’exprimer la rage que cette musique fait naître.
Et toi
Steve : Cela ne m'arrive pas souvent mais je t'écris immédiatement après avoir vu Jigarthanda DoubleX. Le film me laisse stupéfié et j'ai sans doute un regard un peu halluciné en t'écrivant ce court texte. Il s'agit d'un film kollywoodien, issu d'une industrie cinématographique du sud de l'Inde que je connais assez peu (j'avais juste vu le précédent film du réalisateur qui m'avait laissé un peu froid). On est sur un film initialement très déstabilisant, ma compagne et moi avons interrompu notre visionnage un quart d'heure après le début : nous étions perdus entre tous ses personnages et sommes allés lire le début du synopsis sur Wikipédia. Difficile donc de te résumer l'histoire qui va, en gros, suivre les pas d'un homme qui, parce qu'il est manipulé par des policiers corrompus, va se faire passer pour un réalisateur de film pour pouvoir approcher un gangster fan du cinéma de Clint Eastwood. Le scénario va à la fois reposer sur des références méta au cinéma (beaucoup de jeux de mots autour du terme "shoot", désignant à la fois l'action du caméraman et du pistolero) et sur un décalage comique... avant de partir d'en une direction extrêmement surprenante. Beaucoup de blockbusters indiens récents (citons RRR et Jawan) utilisent le cinéma pour parler d'oppressions mais, aussi, pour offrir au spectateur des récits satisfaisants, et souvent fantasmatiques, où les héros vont utiliser le pouvoir du cinéma pour les renverser. C'est aussi, en quelque sorte, ce que fait Jigarthana DoubleX mais il va le faire en emprunter des chemins particulièrement inattendus et forts émotionnellement.
mass : J'ai récemment regardé Your Friendly Neighborhood Spider-Man. Je n'ai jamais été un grand fan des dessins animés de Marvel. À part les deux films Spider-Man: New Generation sortis au cinéma (d'ailleurs, j'avais été plutôt déçu par le second, alors que le premier m'avait vraiment plu), je n'en avais pas vu beaucoup, et les quelques essais ne m'avaient pas convaincu (même X-Men '97). Je m'y suis donc lancé sans grandes attentes, et j'avoue avoir été captivé dès le premier épisode. J'attendais avec impatience les deux épisodes fournis chaque mercredi. Tout d'abord, le style d'animation, légèrement rétro, est vraiment approprié et très bien réalisé. Ensuite, l'histoire est excellente : les scénaristes ont fait un travail remarquable. Quelqu'un qui ne connaît absolument pas Spider-Man peut facilement s'y plonger, et les fans y trouveront de nombreuses références, bien que les auteurs aient pris une page blanche pour réinventer les débuts de Spider-Man dans un nouvel univers. On le retrouve d'ailleurs jeune homme, entrant à la fac, comme dans les premiers comics. Franchement, ce fut un réel plaisir à regarder. De plus, Marvel a créé une sorte de concept transmédia, car l'ellipse entre le premier et le deuxième épisode est un peu abrupte. Pour combler ce vide, Marvel a sorti une série papier, bien que celle-ci ne soit pas nécessaire pour comprendre et apprécier la série animée. Pour couronner le tout, le générique de début est superbe, avec une fin qui ressemble à une couverture de comics Marvel, montrant Spider-Man dans le costume de l'épisode précédent, le tout accompagné d'un échantillon de la musique originale de la première série animée. Je recommande vivement cette série, même à ceux qui ne sont pas fans de Marvel. C'est une excellente porte d'entrée. Vivement la saison 2 parce que le dernier épisode et un épisode à twist.
Et toi, qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- T’as réussi à aligner 368 poulets ? Pas moi.
- Je suis pas très fort non plus pour dater les photos.
- L’ami Tony Papin a composé une chouette playlist de tous les morceaux cités dans son fanzine Scotch + Penicillin. Beaucoup de rock indé, mais pas que, et surtout l’impression de voir la personnalité de quelqu’un se dessiner à travers ses goûts musicaux !
- Et si t’en as pas assez, l’excellente infolettre « Sorcière misandre » (promettant du rêve en tout cas, au vu de ses deux livraisons) balance sa propre playlist pour le mois de mars. Au menu, encore du rock plein d’énergie, et surtout 100% féminin.
- Voilà un record du monde qui me plaît : celui de la plus petite sculpture.
- Un chouette article sur un game designer qui avait décidé de créer un jeu dans lequel perdre signifierait ne plus jamais pouvoir lancer le jeu.
- Un petit documentaire sur le making of de Animal Well, qu’on pourrait sous-titrer « plaisirs et tribulations du développement en solo ».
- Le Vermont a tout compris aux réseaux sociaux, et apparemment le Québec tâche de s’y mettre.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Cyrz.