La compote de Côme #214 - du dimanche 2 mars au dimanche 9
Des chevaux, des voitures et des hôtels.
Jeux de rôles
Make your own Foldies - Eh oui, c’est un peu paradoxal mais alors que je m’apprête à me lancer déraisonnablement dans un nouveau financement participatif (je t’en reparle ci-dessous) je suis également de plus en plus séduit par une philosophie DIY, pour laquelle il n’est besoin de rien d’autre qu’une imprimante et des ciseaux. Du coup, ce fanzine qui t’apprend à faire des mini-fanzines, avec non seulement des modes d’emploi mais aussi des réflexions sur chaque manière de plier différente tombe à point nommé et, comme à chaque fois que je découvre des nouveaux formats ou concepts, me donne envie de faire plein de trucs bizarres, mais cette fois-ci sans me préoccuper de comment reproduire l’expérience à des centaines d’exemplaires…
Pèregrins : Excursion - J’ai eu la chance, d’abord de tester ce jeu du compère R’Nar l’été dernier, ensuite de le lire en avant-première cette semaine, et il faut d’abord parler de la beauté du bouquin (avec un style visuel qui n’est pas sans rappeler celui d’Olivier Crépin, tiens), venant apporter une pierre de plus à la tour des ouvrages auto-produits qui n’ont pas à rougir face aux grosses productions, voire qui leur tiennent tête. Mais Pèregrins n’est pas que beau visuellement, c’est aussi un jeu qui propose de mettre en scène un voyage initiatique pour des personnages qui se cherchent en partant du monde trop corseté où ils ont grandi. Il y a là-dedans de la critique sociale, de la poésie, de l’intime, le tout avec délicatesse et un système de jeu juste assez léger pour pousser l’histoire en avant tout en se faisant oublier. Vraiment de la belle ouvrage, et j’ai hâte de voir le jeu complet qui sortira de cette première proposition !
Caveat Emptor - Voilà ce qu’on peut faire quand on est auteur auto-édité de jeux de rôles indépendants : un produit bien léché, policé, qui fait ce qu’il promet de faire avec efficacité et élégance. Tout ceci n’est pas ironique : je trouve Caveat Emptor et sa proposition de jouer (en solo) à læ marchand.e d’objets maudits très réussi, avec un gameplay qui oscille entre prise de risque et créativité et une durée de jeu qui n’excède pas sa bienvenue. Là encore, une preuve que les petits jeux, et les personnes qui les créent, pourraient en redire à bien des grosses licenses…
Horse Around the House / Honey Hate - Je l’ai déjà dit plusieurs fois ici : à mon sens, c’est lorsque Grant Howitt enlève ses lunettes de bon gars rigolo qu’il est le plus intéressant, et il le prouve ici avec un jeu absolument terrifiant, dans lequel on joue des acteurs de sitcom soumis aux caprices de leur producteur et d’un cheval terrifié lâché sur le plateau. C’est un jeu qui ne peut que mal finir (d’ailleurs, il n’y a pas de règles de fin de jeu, mais beaucoup pour la mort des personnages), dans lequel la seule mécanique repose sur la panique du cheval ; un jeu avec quelque chose de très lynchiez et angoissant, auquel j’ai à la fois envie et peur de jouer. Et pour la peine, je te mets aussi une cuillère de Honey Hate, hack du désormais incontournable Honey Heist du même Howitt, qui applique scrupuleusement son concept et ses règles en les mettant au service d’un discours queer énervé.
Odd Folk - Un jeu de rôle qui n’utilise que le d4 : c’est oui. Qui utilise ce dé pour faire choisir les joueurs autant de résultats à une action que le score du dé, avec le sous-entendu que si tu dois choisir les dernières options, elles ne te seront pas favorables : c’est oui. Un jeu de fantasy illustré avec des images du domaine public, pour créer une ambiance subtilement sombre et étrange : que oui ! Et, en plus de tout ça, un jeu modulable, dans lequel on peut ajouter (physiquement, même !) les suppléments de règles qui nous intéressent selon l’ambiance ou le type de parties voulues, c’est du super-oui. Un grand oui du début à la fin pour Odd Folk, donc, dont j’espère qu’il donnera vite naissance à tout un tas de modularités supplémentaires !
Bande dessinée
Pascal Brutal, tomes 1 à 4 - Le problème de Pascal Brutal, c’est qu’il est vite devenu une sorte de meme vivant dans l’imagination de son auteur et de ses lecteurs, dont je ne faisais pas partie jusqu’à cette semaine… Ça partait bien, pourtant : j’avais de bons souvenirs du premier tome, qui à la relecture s’est avéré toujours aussi drôle, avec ce personnage ultra-viril et pourtant ouvertement bisexuel, en pleine démonstration de masculinité suintante et pourtant pleurant devant des photos de pôtichats, bref un protagoniste dont l’ambiguïté m’amusait autant que l’outrance. Hélas, la première s’efface au fil des tomes au profit de la seconde, et non seulement Pascal devient de plus en plus über-viril (au point, dans plusieurs histoires, de se questionner sur d’éventuelles attirances homosexuelles qui ne le dérangeaient pourtant pas auparavant) mais en plus, Sattouf commet le vil crime d’abandonner la stabilité narrative de son personnage, le rendant, dans le tome 4, assez malléable pour incarner une star de cinéma ou un chanteur de rap (dans des pages vraiment, vraiment très gênantes), et même revenir sur l’origine de sa légendaire gourmette, crime parmi les crimes. Bref, en dehors de projections dystopiques ma foi assez rigolotes en général, Pascal Brutal aurait dû s’arrêter à un seul tome.
Littérature
Christine – Bon, il peut pas marquer dans le mille à chaque fois, ce bon vieux Stephen... En l’occurrence, arriver à la fin de Christine a été un peu pénible, ou plutôt ça a été poussif jusqu’à ce que le bouquin trouve sa vitesse de croisière, ce qui a tout de même pris à peu près la moitié du (gros) bouquin. Et pourtant, ça commence pas trop mal, mais le récit souffre clairement d’un ventre mou sans doute accentué par sa réputation : ce qu’on attend, c’est la voiture tueuse, et elle met un sacré paquet de temps à tuer... Une fois passé cet écueil, ça finit comme du King classique : une grosse scène d’action qui envoie, une résolution vite fait, et allez hop, au bouquin suivant !
Vivre dans le feu – Il y a quelque chose de très apaisé dans ce dernier Volodine, qui s’inscrit comme la première pièce de la fin de ce projet fou d’écrire 49 livres post-exotiques en presque autant d’années. C’est peut-être parce que tout son récit tient dans un temps suspendu, pourtant en apesanteur au-dessus des flammes ; peut-être aussi parce que, à une poignée d’images près, la violence s’y tient à distance, laissant le champ libre à des relations familiales certes étranges (on est dans du Volodine, tout de même) mais pleines de douceur et de bienveillance. Tout cela est décousu, sans réelle conclusion, et on s’y laisse glisser avec plaisir, comme reconnaissant avec l’auteur que c’est bientôt fini, mais qu’on va en profiter jusqu’au bout.
Page de pub
L’Hôtel du Lion rouge – Il sera trop tard pour t’en reparler dans la prochaine compote, le top départ ayant déjà été lancé : je me permets donc de te rappeler ici que, mercredi prochain, je démarre la campagne de financement participatif de mon prochain jeu ! Si tu as loupé le début, il s’agit d’un jeu narratif, quelque part entre le jeu de rôle et le jeu de société, dans lequel il s’agit de décrire un grand hôtel tout en l’explorant, ou l’inverse ; de raconter la vie extraordinaire de gens ordinaires, ou vice versa ; le tout à l’aide de défis narratifs qu’un Georges Perec ou un Etienne Lécroart, je crois, ne renieraient pas. Je ne vais pas m’étaler ici sur les raisons qui font que ce projet est un peu plus casse-gueule que les autres, mais la barre de risque est haute, et celle du stress tout autant... Si tu peux m’aider à l’abaisser, ça me fera bien plaisir !
Films
Le Royaume des chats - Je n’avais pas revu ce film depuis des années (j’apprends d’ailleurs à l’occasion de la rédaction de ce paragraphe qu’il s’agit d’une sorte de spin-off d’un film précédent des studios Ghibli) et le remontrer à Madeleine m’a permis de vérifier qu’il garde tout son punch ! C’est en effet un film qui ne perd pas son temps, bondissant de péripétie en scène d’action, une sorte de concentré très dense d’un film d’aventure qu’on prendrait en cours de route, avec des révélations sur les motivations des personnages et des revirements à peu près toutes les dix minutes. Ça n’en fait pas pour autant un film d’action effréné, et le film garde de la place pour des scènes de respiration, quelques passages rigolos, et une grosse dose de discours implicite sur le passage à l’âge adulte.
Girl Gang - J’avais déjà une saine angoisse vis-à-vis des influenceuses et influenceurs, ce documentaire allemand ne vient que conforter mon opinion : quelle tristesse que cet univers vide, dans lequel s’enchaînent les publications à un rythme d’usine pour produire du « contenu » (c’est-à-dire remplir de vide des espaces creux). Si la première partie de Girl Gang s’attache plutôt à montrer les aspects plaisants du quotidien de Leo Balys, notamment sa popularité auprès des jeunes filles allemandes, on devine déjà les fissures et sa deuxième moitié devrait être montrée à n’importe quelle adolescente qui souhaiterait se lancer dans l’aventure. Et pendant que sa plus grande fan, après quelques crises de larmes, passe à autre chose et grandit dans le monde réel, Leo reste bloquée dans un univers où tout est mis en scène et où pas grand chose ne semble la rendre heureuse.
Jeu vidéo
The Rise of the Golden Idol – Ca fait un moment que j’avais joué au premier opus, The Curse of the Golden Idol, de ce qui se présente désormais comme un saga dans laquelle pixel art et enquête à l’aide de phrases à trous font bon ménage. Dans cette suite, on continue de retisser les liens logiques entre divers éléments de scènes suspendues (pas toujours de crime), jusqu’à ce qu’émerge peu à peu une histoire mêlant conspiration, expérimentations scientifiques et événements surnaturels. Le récit est très bien fichu, et demande à ce qu’on complète le jeu dans un temps pas trop long, tant les inférences entre les différents chapitres sont de plus en plus nécessaires ; sans l’aide d’un carnet pour noter le nom des protagonistes et leurs liens respectifs, c’est coton. La difficulté est d’ailleurs surprenamment en dents de scie et globalement moins élevée que dans le premier opus... Ou bien c’est moi qui devient meilleur ? En tous les cas, une poignée de DLC est annoncée au fil de 2025, je t’en reparlerai donc !
Jeu de société
Paperlands - J’aime bien les jeux de placement de bidules, tel le très bon Petites Bourgades auquel j’avais joué avec Milouch. On est ici dans sa version la plus simplifiée, puisqu’en solo et sur des bouts de papier avec 3 dés à lancer, mais aussi avec la très bonne idée de fournir plusieurs versions de l’espace de jeu (y compris une version à personnaliser). Et le tout sous format zine, comme s’il en fallait plus pour me contenter ! En tout moi sur la carte 1 j’ai fait 139 points, et toi ?
Musique
Frank Black Francis - J’aime les albums de reprises, les remixes, les nouvelles versions de chansons bien connues qui les tordent dans tous les sens, arrivant à garder en même temps ces airs qu’on connaît entre tous et à leur donner de nouvelles couleurs. C’est précisément ce que Frank Black, alias Black Francis, a fait en 2004, alors que les Pixies étaient sur le point de se reformer, mettant entre parenthèses sa carrière solo ; et cela de deux façons opposées. La première face de ce double album est une série de démos datant de 1987, soit juste avant le premier album des Pixies ; on y entend la voix nasillarde de Francis et sa guitare qui gratte en solo, avec parfois des commentaires sur ce qu’il imagine comme accompagnement autour de lui : l’occasion de constater que des morceaux comme “Nimrod’s Son” ou “Broken Face” ne perdent rien de leur force sous ces atours épurés. Et puis, sur la 2e face, on retrouve le Francis de 2003, soudain entouré de musiciens et d’une production qui met le paquet : échos, trompettes, boucles triturées, c’est comme si les Pixies étaient projetés dans un futur un brin rétro, un brin étrange, qui n’a rien de déplaisant, bien au contraire, et nous offre un nouveau voyage jusqu’à la dissolution sonore totale de “Planet of Sound”. Le plus fascinant, bien sûr, est de coller deux versions d’une chanson, comme “Caribou” version 1987 et version 2003, ou de même avec “Subbacultcha” version acoustique et version spatiale ; deux documents sonores qui font se rejoindre plusieurs décennies et des mondes sonores complètement différents, avec de chaque côté les Pixies et leurs univers musicaux aussi indéfinissables qu’à nul autre pareils.
L’arrière-queer de Milouch
Le Drag est il encore politique ? par Paloma et Le Filip
Alors, je vais poser ici que j'aime beaucoup Paloma et le Filip, je trouve que ce sont deux artistes qui apportent quelque chose à l'art du drag et qui ont su brillamment porter la couronne de Drag Race France.
Ceci étant dit, ben, je suis très déçue par ce bouquin.
Déjà mettons les choses au clair, il s'agit d'un livre un peu particulier car c'est en réalité un article issu d'un magazine à paraître sur la communauté drag.
Et beh il souffre de tous les travers auxquels on pourrait s'attendre dans un article d'interview. Les questions sont gérées de manière hyper superficielles, le sujet du drag comme art politique est évoqué au détour de 2-3 questions, le reste étant des anecdotes, des souvenirs...
Alors j'ai rien contre les anecdotes hein, mais moi on me met un livre qui s'appelle Le Drag est-il encore politique ?, je m'attends à un peu de flamboyance, à ce qu'on invoque Susan Sontag et sa définition du camp, la queer theory, Sam Bourcier (dont je comprend pas les livres), que Paloma et le Filip finissent sur un lipsync de Mon Dragon, enfin bref, que y ait un minimum de contenu et d'engagement bondiou !!
Et bien non, on aura juste un texte très lisse et pas très évocateur.
Et toi
mass : J'ai récemment lu Mobile Suit Gundam The Origin I. Depuis longtemps, je souhaitais découvrir l'univers de Gundam, mais la diversité des titres m'a toujours semblé aussi complexe que la chronologie de Marvel, ce qui m'a quelque peu découragé. C'est pourquoi j'ai été agréablement surpris que l'éditeur Vega décide de rééditer le premier Gundam, celui des origines, comme son titre l'indique.
J'avais déjà tenté de visionner l'anime de 1979, mais je dois avouer que je n'avais pas réussi à m'y plonger complètement. C'est donc avec une certaine appréhension que j'ai abordé ce manga volumineux. Pourtant, mes doutes se sont rapidement dissipés.
Le dessin est remarquablement bien exécuté. Les mouvements sont fluides et dynamiques, et le célèbre Mobile Suit est particulièrement impressionnant. Les antagonistes sont bien caractérisés, soit sous forme de caricatures physiques, soit comme des personnages androgynes au charme indéniable. Les protagonistes, quant à eux, sont dépeints avec une certaine naïveté pour les hommes, tandis que les femmes se distinguent par leur intelligence et leur combativité. C'est la jeunesse qui prend les armes et se bat avec les moyens du bord, aidée par la chance et un robot d'exception, symbolisant ainsi le progrès technologique.
La nostalgie opère pleinement. On retrouve le style des premiers mangas, et je dois dire que j'ai été totalement séduit. L'histoire, bien que classique, reprend les thèmes qui ont marqué notre jeunesse. Je recommande vivement cette lecture ; c'est une œuvre de qualité, à savourer tranquillement, comme un bon dessert.
Et toi, qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- Un clip d’Aphex Twin cache une petite communauté de gens se livrant les uns aux autres dans les commentaires. Pourquoi ? Parce que pourquoi pas.
- Il y a des élections qui se jouent sur un coup de dé.
- Je n’ai pas (encore ?) joué à Balatro mais je trouve cette chronologie de sa création fascinante. En résumé, être obsédé par une idée de jeu et la triturer jusqu’à ce qu’elle ne nous lâche plus, sans aucune pré-conception commerciale, ça donne souvent de très bonnes choses.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Legendary Pink Dots.