La compote de Côme #213 - du dimanche 23 février au dimanche 2 mars
Des masques, des bas résilles et des courts-métrages.
Jeux de rôles
Dungeon Crawl ABC - Cela fait plusieurs années qu’avec une game designeuse de mon entourage, nous caressons le projet d’un donjon sous forme de calligrammes, qui utiliserait tout un tas de procédés stylistiques et lexicaux dans son exploration. Ce n’est pas vraiment ce que Dan John Crowler propose ici mais le principe d’utiliser des tuiles de Scrabble pour explorer un donjon à la recherche d’un mystérieux rituel s’en approche fortement et, comme d’habitude avec ce genre d’idées, témoigne de la forte potentialité de mélanger entre elles les mécaniques de deux types de jeux très différents. Pour le dire autrement, c’est le genre de trucs qui me provoque des petites étincelles dans la tête, et qui sait ce qu’elles finiront par allumer…
A Day in the Life - C’est un jeu qui parle de yakuzas qui reviennent à la vie civile après 10 ans de prison et vont aller buter des gens pour reprendre leur territoire ; c’est un jeu éminemment terre-à-terre, où l’on compte ses sous et ses lieutenants ; et pourtant, il se dégage de A Day in the Life une certaine poésie légère. Cela tient à sa mise en page aérée, à son style très épuré, à sa façon de prendre à part læ lecteurice, ou læ prendre par la main, c’est selon. C’est peut-être dans cette opposition entre fond et forme que se situe la réussite du jeu, qui m’a fortement convaincu malgré son austérité et son sujet…
Mad Enough to Eat the Moon - Il y a quelque chose d’un peu vexant dans les jeux que je déniche sur itch, c’est qu’ils ont presque systématiquement de meilleurs titres que les miens… Et en plus, parfois, de meilleures idées ! Ce qui est chouette dans Mad Enough (pour les intimes) c’est le mélange improbable entre plusieurs idées, dont celle d’aristocrates anglais emprisonnés pour avoir voulu manger la lune, et qui doivent commencer par naviguer à travers le labyrinthe de leurs geôles à l’aide d’un système de jetons circulaires dont tu devineras aisément ce qu’ils représentent. Et ça se termine, évidemment, sur la lune, avec une phase de narration libre chronométrée par un air de Debussy au sujet de quoi, oui, c’est bien ça. Un beau mélange donc !
Maskwitches of Forgotten Doggerland - C’est l’amie Tanya qui avait recommandé ce jeu que, l’exception n’est pas la règle, je suis allé dénicher sur DriveThruRPG au lieu de itch car parfois j’aime bien me souvenir d’à quoi ressemblait Internet dans les années 2000. Ce jeu qui nous propose d’incarner des sorcières masquées au sein d’une préhistoire un brin fantasmée est une réussite sur tous les plans : d’abord parce qu’il propose de nombreux outils de contextualisation pour pouvoir se projeter dans un univers plus ou moins éloigné du nôtre, en termes de pratiques de vie mais aussi de croyances ; ensuite parce que son système est des plus simples et efficaces (tout se règle en un lancer de dés, avec seulement 2 résultats possibles, en gros) ; enfin parce qu’il est visuellement superbe, encore plus depuis que son auteur a renoncé à utiliser des IA génératives pour l’illustrer, y préférant des photos de masques faits main. Et, en cerise sur le gâteau, tout ça me donne moult idées pour écrire un jeu sur des thèmes parallèles…
Bandes dessinées
BLAME! #1 à 10 - Il y a bien 15 ans, l’ami Pierre m’avait parlé de BLAME! en termes élogieux, mais je n’avais pas réussi à m’y mettre ; cette semaine, un lecteur m’a glissé que Green Dawn Mall lui y faisait penser, alors je suis retourné voir. Il y a toute une partie du manga à laquelle je suis resté totalement insensible, à savoir les bastons plus ou moins lisibles et une intrigue techno-biologique à laquelle, en étant sincère, je n’ai quasiment rien compris… Et c’est dommage car tout cela forme les trois quarts du contenu de BLAME!. Mais il reste néanmoins des représentations d’architectures gigantesques et labyrinthiques, une ambiance de cauchemar à laquelle, en effet, on peut rattacher GDM d’une certaine manière. De là à me lancer dans une adaptation officieuse du manga, eh bien les règles de Green Dawn Mall sont disponibles gratuitement, je ne vais tout de même pas tout faire…
Littérature
Rousse - Impression très étrange que de lire un livre dont le sujet central est la nature, la redécouverte d’un monde animal et libre, et dont la couverture a été conçue en partie par Midjourney (surtout que, quand on voit le résultat, on se dit qu’un graphiste au talent sommaire aurait pu s’en charger à peu de frais). Au-delà de cette gêne, j’ai aimé ma lecture de Rousse dans laquelle je m’étais d’abord lancé car on m’avait vanté une écriture sous contrainte car délestée de tous ces articles ; l’exercice fonctionne plutôt bien et pousse à lire en prenant davantage son temps et en se reposant plus que d’habitude sur sa voix intérieure, ce qui est plutôt en accord avec mes pratiques actuelles. Sur le fond, le récit de Rousse ne révolutionne rien mais demeure une jolie fable sur la soif de découverte du monde.
Film
The Rocky Horror Picture Show - Suite à la chronique de Milouch il y a quelques mois, j’ai eu très envie de revoir le RHPS que je n’avais pas revu depuis une bonne dizaine d’années, sur les strapontins du Studio Galande… et pourquoi pas en compagnie de Milouch, tiens ! Alors, évidemment, les chansons sont toujours aussi extraordinaires, aussi camp qu’entraînantes, avec une vraie qualité musicale ; évidemment, l’intrigue est toujours aussi débile, avec un vernis de crédibilité qui s’efface dès que commencent à s’entrechoquer des hommages au cinéma d’horreur vintage et à la science-fiction, avec des rebondissements plus improbables les uns que les autres (pourquoi un biker ? pourquoi des extra-terrestres ? Eh bien, pourquoi pas ?) ; mais, ce qui m’a plus intéressé à présent que mon regard a changé, c’est l’évidente queerness de l’ensemble, pour emprunter les mots de Milouch, avec une déconstruction réjouissante de la moindre stabilité de genre. Tout cela prend ses racines dans le glam rock dont David Bowie portait l’étendard, bien sûr, mais c’est tout de même étonnant de constater une telle décontraction sur le sujet il y a 50 ans. Et il est étonnant de constater qu’après la frénésie du début du film, tout s’achève sur des notes assez mélancoliques, voire touchantes, avant un clap de fin tout à fait sombre pour la plupart des protagonistes !
La Maison qui vous veut du bien - Cela faisait un moment qu’on n’était pas allé faire un tour sur Tënk, ce qui nous a permis de regarder deux courts-métrages tout aussi folichons l’un que l’autre. Le premier, La Maison qui vous veut du bien, esquisse cette réalité des maisons connectées, notamment par le biais de ces sonnettes à caméra qui se sont multipliées aux États-Unis suite aux vols de colis Amazon déposés sur des porches. Partant de cette invention déjà assez lamentable, le film suit jusqu’au bout cette logique de la surveillance panoptique dans laquelle c’est finalement l’entreprise de Jeff Bezos qui surveille tout, pas vraiment dans une logique philanthropique comme on s’en doute.
Last Call - C’est une histoire qui aurait pu (et, peut-être, qui aurait dû) constituer un épisode des Pieds sur terre ou autre podcast du même type : la vie résumée d’un père pris dans une spirale de délits en col blanc et de cavales, et d’une mère qui n’a pas d’autre choix que de subir, et attendre. La réalisation, tout comme la voix off (celle du fils, donc) est assez plate et maladroite, ce qui n’est pas si grave pour un premier film mais gêne souvent le fil du récit plus qu’il ne l’accompagne. C’est d’autant plus dommage que l’histoire en elle-même est passionnante…
Jeu de société
After the Comet - Je continue de découvrir des jeux en pocketmod, c’est-à-dire des microzines imprimés sur une feuille et pliés en 8 ; je te parlerai une autre fois de la spirale de créativité dans laquelle cela me fait tomber, mais After the Comet en fait clairement partie puisqu’à cette forme vraiment enthousiasmante il allie un système d’histoire-dont-vous-êtes-le-héros (je mets des tirets plutôt que des guillemets tellement ça devient un nom commun comme « roman » ou « jeu de rôle » à ce stade) qui utilise des cartes à jouer. On a donc 51 paragraphes de texte, avec un système de jeu assez complexe, en 8 petites pages, et je trouve ça absolument fabuleux. On dirait bien que c’est un des thèmes de la compote cette semaine mais ça a clairement allumé des étincelles de créativité en moi… Et sinon, est-ce que le jeu est chouette ? Eh bien, j’ai lamentablement perdu à ma première tentative, mais au fond, c’est tout à fait secondaire.
Musique
Ronan Riou, Radio Plogoff - Il faudra un jour que je me plonge dans le catalogue de Indian Redhead, petit label clermontois qui sort de temps en temps des cassettes audio copiées à la main de musiques plus ou moins bancales… Il y a d’ailleurs tout un vaste territoire sonore de labels-à-cassettes (allez, encore des tirets) sur Bandcamp, dont je n’aurai pas assez d’une vie pour délimiter les contours, alors on va se contenter aujourd’hui d’aller explorer Radio Plogoff.
C’est difficile de décrire un tel projet aux sonorités qui évoquent la Bretagne, l’enfance, le lo-fi, sans qu’on sache à quel point tout ça est un réel artefact d’un autre temps ou une habile construction a posteriori. Est-ce un hommage à l’une des vraies radios Plogoff ou quelque chose d’autre ? Les sonorités vaguement électroniques qu’on y entend auraient pu surgir aussi bien de 1982 que de 2021, et au fond, ça n’a pas d’importance : le temps d’une heure, divisée en deux morceaux (car deux faces de cassette) on est projetée dans un univers où se cognent des bouts de feuilletons, du synthé vintage, des bruitages plus ou moins identifiables… C’est une fenêtre ouverte vers un autre espace-temps, celui d’une petite chambre, un doigt sur le bouton d’enregistrement, des sons étranges au moment du coucher. Un aperçu, aussi, d’une forme de bricolage plus ou moins militant qui continue à être là, sous la surface.
L’arrière-queer de Milouch
Alligator Bites never Heal par Doechii
Je m'y connais super mal en rap et en hip-hop (la preuve, en écrivant ces lignes, je sais même pas si j'utilise les termes exacts). Mais hasard des applications d'écoute de musique, je suis tombé sur l'album Alligator Bites Never Heal par Doechii est c'est un pur banger !
Son flow m'a immédiatement attrapé, qu’il soit lent et inquiétant dans “Stanka Pooh” ou rapide et virtuose dans “Nissan Altima”. Il y a dans son travail cette vérité crue, cette façon d'avancer droite et fière qui font partie de ce que je cherche en ce moment. L'ensemble culminant dans le superbe “Denial is a river”.
Et toi
mass - J'ai vu Captain America: Brave New World, le dernier film Marvel. Harrison Ford y incarne le Général Ross, qui devient Red Hulk, comme dans les comics.
L'histoire est intéressante : un complot politique avec le Capitaine America au centre de l'intrigue. Le film est bien réalisé, dure moins de deux heures, ce qui est appréciable. Cependant, il reste très ancré dans l'univers Marvel, avec de nombreuses références aux films précédents. Même avec les explications au début du film, on sent que certains éléments manquent si l'on n'a pas vu certains films, comme Les Éternels. De plus, tout au long du film, et pas seulement dans la scène post-générique, Marvel pose les bases pour de futurs films.
Comme on le sait, les films de super-héros sans insultes toutes les deux secondes et sans ultra-violence ne font plus vraiment recette. J'ai passé un bon moment, et j'ai apprécié les implications politiques du film par rapport à la situation actuelle des États-Unis, mais je ne le qualifierais pas de film politique pour autant.
Ce film ne restera probablement pas parmi mes Marvel préférés. Je vais plutôt me tourner vers les derniers épisodes de la série animée sur Spider-Man, qui est un véritable coup de cœur pour moi. J'en parlerai bientôt.
Et toi, qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- J’ai envie de me mettre à jouer au poker du métro (et non à jouer au poker dans le métro, autre expérience).
- La télé britannique, ça a toujours été particulier, mais alors dans les années 80 c’était un autre niveau.
- C'est le moment de l'autocongratulation car il y a bientôt 200 personnes qui reçoivent mes âneries chaque semaine (pour les lire, c'est une autre histoire). « Presque » car il y en a toujours 1 ou 2 pour se désinscrire au moment où quelqu'un d'autre arrive… Mais y a la place, hein, restez tou.tes !
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Gisèle Pape.