La compote de Côme #211 - du dimanche 9 février au dimanche 16
Un bateau, une boîte et une bête.
Jeux de rôles
Everything is Tables – Howitt a raison : à un moment, si l’on pousse la logique à son extrême, un jeu de rôles peut être entièrement composé de tables aléatoires. Comme souvent avec lui, l’idée est absolument géniale, mais... Quel dommage que le produit final, malgré sa randomisation totale, ne soit en fait qu’un jeu de fantasy, qui plus est sans doute plus banal qu’il ne l’aurait été sans cette présentation-là. Une belle occasion manquée !
Numenwood National Park – A l’inverse, voici une chouette variation sur le thème désormais banal des créatures d’outre-espace vénérées par des cultistes à capuche, avec ce jeu qui propose... exactement ça, mais sous le prisme de rangers qui se promènent dans un parc national pour veiller à sa propreté et sa sécurité. C’est donc essentiellement un jeu où l’on se ballade d’un carré à l’autre de la carte, avec de temps à autre des choses plutôt sombres qui surviennent. Le jeu est beau, très bien présenté, avec un système qui tient la route... De quoi y faire quelques parties avec plaisir !
Saints of The Empty Throne – Parfois, c’est un titre qui claque un brin qui m’attire, et puis des illustrations sommaires mais qui font le taff : ainsi avec ce SoTET qui propose de très honnêtes aventures de cape et d’épée, dans la peau de justiciers qui tiennent plus des pirates à qui on laisse le champ libre que des mousquetaires du roi. Si le cadre de jeu n’a rien d’exceptionnel, le jeu a pour lui d’utiliser un système maison de tarot divinatoire plutôt sympathique, et d’être non seulement gratuit mais fourni avec des suppléments tout aussi gratuits et sympathiques !
Transgender Deathmatch Legend II – Ca va être très compliqué pour trouver un titre qui claque plus que celui-là... Au-delà de son titre et de sa couverture qui annoncent le programme, TDL2 se trouve être un jeu très intéressant puisqu’il utilise une logique de progression narrative avec laquelle j’ai longtemps bidouillé sur Hex & the City : chaque événement, qu’il s’agisse d’une baston ou une clope avec les copaines sur le parking, est un hexagone qu’il faut traverser, comme dans les cartes à l’ancienne. Ca donne une saveur très particulière au jeu et, ma foi, l’envie de se replonger dans cette logique-là de mon côté...
Littérature
Le Bateau-usine - C’est l’amie Eugénie qui recommandait sur les réseaux ce petit livre coup de poing, et elle fait bien, tant, malgré son quasi-siècle d’existence il reste d’une folle modernité aussi bien dans son propos que dans son écriture (et sa postface ne s’y trompe pas). Il y a dans ce petit volume toute la saleté et la sueur d’un monde d’ouvriers sur-exploités, la cruauté d’un système qui les broie sans vergogne, et la colère qui monte jusqu’à exploser, pour rien ou presque. C’est au fond une histoire banale, comme il s’en est produit dans la réalité des centaines, et, si son auteur la voulait édificatrice, je l’ai plutôt lue comme un écho assez triste à notre paysage industriel et le monde qu’il tient entre ses crocs. En tout cas, comme Eugénie, je te recommande Le Bateau-usine, si tu as l’estomac pour.
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L’Hôtel du Lion rouge, version démo – Eh oui, je t’embête à nouveau avec ce jeu dont le financement participatif débute dans moins d’un mois, parce que j’en ai publié cette semaine une version démo ! Elle revient en réalité aux origines du jeu, quand j’avais essayé de le rendre jouable avec un paquet de cartes ordinaire, avant de développer beaucoup trop de contenu pour cela. Ca te permettra en tout cas de découvrir comment ça marche, cette histoire de descriptions expérimentales ; ça ne te permettra pas, en revanche, d’admirer la beauté visuelle du jeu, car j’ai tout fait moi-même dans ce kit de démo, ce qui explique sa laideur.
The Box & the Key – Après la mort de David Lynch, il était assez évident qu’il y allait avoir une jam créative autour de ses oeuvres, et que j’allais y participer. Les idées ont fusé assez vite dès lors que j’ai décidé de faire quelque chose de proche de l’excellentissime Dragonfly Motel de Thomas Munier, c’est-à-dire un jeu mindfuck, qui est davantage là pour poser une ambiance étrange que pour créer des histoires cohérentes de bout en bout... Un peu comme les films de David Lynch, en somme. Accessoirement, ça m’a permis de me réconcilier avec mes compétences de mise en page, et c’était pas rien !
Films
La Bête – Après le très étrange Coma, Bonello n’avait de toute évidence pas envie de se calmer côté bizarreries et a enchaîné avec ce film des plus chelous qui n’est pas loin d’être une histoire à seulement deux personnages, qui se croisent et se recroisent à travers les époques et les réalités. C’est un film impossible à résumer, nourri d’un tissu complexe de représentations de la créativité et de l’apparence, côté humain et côté machine ; c’est aussi, soyons honnêtes, un film difficile à avaler par sa lenteur et sa longueur, et qui aurait sans doute bénéficié de coupes assez franches pour aider un peu à son rythme.
Blood Simple - Je n’avais jusqu’à maintenant jamais vu le premier film des frères Coen qui vaut pourtant largement le détour, et pas seulement parce qu’il marque les débuts de Frances McDormand en tant qu’actrice (excellente) et Barry Sonnenfeld en tant que directeur de la photographie (très bon). C’est un film qui contient déjà tous les éléments de tant de films des Coen, avec cette histoire d’arnaque qui fait exploser la trajectoire de tout le monde en vol, ces personnages un rien pathétiques qui n’arrivent pas à remonter la pente, ce ton qui voltige de l’humour aux scènes les plus noires (on n’est pas loin du cinéma d’horreur par moment)… Le tout avec un décor et un casting des plus dépouillés, pour une efficacité maximum où il n’y a rien de superflu. Un très bon premier film, donc, qui me donne envie de me replonger dans la filmographie des Coen qui contient tant de choses que je n’ai pas vues !
Jeu vidéo
Stardew Valley - Voilà, je crois que je n’aime plus Stardew Valley, auquel je me suis remis avec frénésie ces dernières semaines avant de l’abandonner d’un seul coup. Je crois que c’est, au fond, à cause de son message un peu schizophrène d’échappée rurale qui reprend tous les codes du capitalisme, et son gameplay qui tient au fond aux simples boucles de grind incessant, dans lesquelles il y a toujours quelque chose à faire (quelque chose d’assez insignifiant, au fond) et jamais assez de temps pour le faire. Je n’aime plus faire pousser des légumes pour gagner des sous et, passé le plaisir de découvrir les petites nouveautés incessantes du jeu au fil de ses innombrables, massives et gratuites mises à jour, je finis par m’ennuyer de plus en plus autour de la 2e ou 3e année du jeu. Pourtant, tout comme avec Don’t Starve, je sens bien que je n’ai que gratté la surface de certaines choses, qu’il y aurait tant encore à faire… Mais c’est peine perdue, la répétitivité du jeu et sa course à l’optimisation finissent par me perdre. Voilà, je crois bien que je ne jouerai plus à Stardew Valley, donc… Bon, OK, peut-être jusqu’à sa prochaine mise à jour.
Musique
B. Dolan, House of Bees Vol. 2 - Le hip-hop de B. Dolan a grandi avec les années, gagnant en hargne et en détermination, et cette mixtape retombée sur mes platines en est une excellente illustration. Bien sûr, on y trouve les passages obligés du genre, à savoir la chanson où on se la pète, seul ou en duo, mais le rap de B. Dolan est militant, anti-police et, quand il ne te fournit pas ta dose de colère nécessaire, il n’oublie pas de te donner de l’espoir, un bout de Neil Young ou un brin de poésie. C’est aussi une ode à son formidable label Strange Famous Records, écurie par ailleurs de Sage Francis, des Metermaids ou même parfois de Buddy Peace, dont je t’ai déjà parlé ici… Bref, c’est un concentré de ce hip-hop « autre » qui m’attire parce qu’il défonce les murs et, sans jamais se lasser, tente d’explorer de nouveaux territoires.
L’arrière-queer de Milouch
Dorothy Allison, Trash
Et oui, encore du Dorothy Allison !
Que dire de nouveau sur Dorothy Allison ? Une autrice dont l’essentiel du travail est autobiographique et que j'ai par 5 fois chroniquée ici. Et bien sache, chère lectrice avide de nouveauté, que je me suis posé la même question. D'autant que ce livre ci reprend nombre d'histoires présentes dans Histoire de Bone et Deux trois choses dont je suis sûre, même si il est plus centré sur la famille et son émancipation à l'age adulte. J'étais donc bien en peine de trouver quelque chose de nouveau à dire (même si comme tu le vois, j'ai déjà fais un petit paquet de phrases sur cette difficulté).
Jusqu'à ce que, évidement, je tombe sur le passage qui emporte le livre. De ces moments violents et terriblement vrais que sait produire Dorothy Allison et qui montrent que la vie et la littérature valent la peine.
En ces moments complexes et où l'espoir diminue, j'ai vraiment besoin de ces textes durs et crus qui me confrontent à la réalité mais qui le font par le prisme de la littérature.
Un prisme plus beau que celui de mes yeux.
Et toi,
qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- Parfois les castors font mieux que les humains.
- Le plus New yorkais des inventeurs ; ses vidéos valent le détour.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Depth Affect.