La compote de Côme #210 - du dimanche 2 février au dimanche 9
Des lapins, des chiens et des œufs.
Jeux de rôles
GREAT / Escape From Mole Town / The Homekeeper - Nouvelle semaine, nouvelle fournée de jeux en 36 mots, même si la jam qui leur a donné vie est terminée (de mon côté, je continue d’en créer, mais tu ne les verras qu’en avril…) ! On commence avec GREAT qui tape très fort et très dur avec un implicite vraiment peu caché idéologiquement, et on continue avec Escape From Mole Town, qui réussit en 36 mots à recréer ces jeux vidéos minimalistes où tu creuses pour trouver des diamants, et on finit avec The Homekeeper qui réussit à transformer une simple porte en quelque chose d’à la fois méditatif et terrifiant.
WUAT’s This? - Plus ça va, plus je suis séduit par le minimalisme en jeu de rôle, et je crois qu’en-dehors de zozos qui font des machins en 36 mots on peut pas faire beaucoup plus simple que le système qu’offre WUAT’s This?, intégralement reproduit sur l’image ci-dessus. D’habitude, je ne suis pas friand des propositions de système sans aucun guide derrière pour construire des histoires avec, mais il y a une telle élégance dans cette proposition qui n’utilise aucun dé… D’autant plus qu’il paraît que ça va venir !
Am I Blue? - Il existe à ce stade des dizaines de jeux différents qui proposent des systèmes épistolaires pour raconter des histoires, et pourtant des propositions comme Am I Blue? continuent de parvenir à tirer leur épingle du jeu en proposant des choses jamais vues jusqu’alors. En l’occurrence, ce jeu à deux dans lequel un amant quitte son amour sans plus d’explications avant qu’elle parte à sa recherche a de nombreuses choses en sa faveur, à commencer par cette brillante idée de jouer de chaque côté d’une porte (décidément) sous laquelle on ferait glisser les cartes postales que les personnages s’envoient. Le jeu est par ailleurs très guidé et promet des parties courtes ; ça en fait à mes yeux un des meilleurs candidats pour commencer à pratiquer ce genre de jeux si tu ne l’as jamais fait !
Secret of Eons livre 1 - Je fais partie des chanceux qui ont pu jeter un coup d’œil au prochain vaste, voire sur-ambitieux projet de Romaric Briand, qui dès le titre annonce la sauce (l’inspiration de Secret of Mana est claire et directe, tout comme d’ailleurs le commentaire à peine voilé sur la crise climatique qui plane sur notre monde bien réel). Autant évacuer tout de suite le suspens : c’est un jeu dans la lignée directe des précédentes productions de l’ami Romaric, avec beaucoup de grandiloquence et de cosmogonie complexe, ainsi que des secrets par paquets auxquels il est à peine fait allusion dans ce premier livre sur 6. C’est aussi un jeu qui fait la part belle aux combats, ce qui est idéologiquement surprenant au vu des propos du jeu (on y incarne des enfants mortels dans un monde peuplé d’adultes immortels, pour faire très court) mais pas étonnant au vu des inspirations vidéo-ludiques. Bref, c’est un jeu qui se nourrit de ses contradictions, offrant à la fois un système très malin de deckbuilding qui vient me fournir des étincelles de game design pour mes propres projets, tout en demeurant un peu poussiéreux par bien des aspects (le recours systématique à la battle map, s’il peut s’expliquer en partie par la volonté de capter un public jeune en lui offrant du visuel, est un peu pénible)… comme les productions précédentes de Romaric, en somme !
Littérature
Watership Down - J’ai mis un peu de temps à rentrer dans ce roman d’une pure fantasy qui fait semblant d’être une histoire de lapins dans la campagne tout en reprenant tous les clichés du genre (à commencer, malheureusement, par se centrer sur une bande de gars qui partent à l’aventure, en partie pour trouver des meufs prêtes à coucher avec eux), par exemple avec une carte du territoire et plein de noms de personnage compliqués à retenir. C’est que ça commence lentement, en plus, avant que les enjeux montent petit à petit et que tout finisse dans un affrontement épique, comme il se doit, alors que j’étais cette fois pleinement investi dans le récit. On sent par ailleurs que l’auteur a fait sa part du boulot et que ses considérations sur la campagne britannique et sur les mœurs des lapins sont tout à fait fondées, donnant un vrai cachet au récit. Bref, c’est un classique qui mérite son appellation, malgré mes quelques réserves à son égard !
The Colour of Magic - Mais oui, Côme Martin, excellente idée que de (re)lire toute la saga du Disque-monde depuis le début alors qu’il te reste une montagne de livres de Stephen King à lire ! C’est peut-être que les aventures d’une voiture hantée m’intéressaient un peu moins que celles de ce bon vieux Rincevent, mais je suis en effet revenu à ce roman que je n’avais pas relu depuis 20 ans au moins et dont tout le monde s’accorde à dire que, pour représenter le début d’un monument de la fantasy comique, il n’est pas dingo. Et en effet, c’est un livre qui souffre de pas mal de petits défauts, à commencer par des répétitions, y compris dans les effets comiques, ainsi qu’une division en 4 chapitres qui fait ressortir les deux du milieu comme quelque chose qui n’a pas tout à fait sa place, se voulant un pastiche des grandes sagas de fantasy sans tout à fait convaincre. Heureusement, il reste ces descriptions si croustillantes de la vie dans la cité d’Ankh-Morpork, les premières esquisses de personnages qui prendront toute leur saveur plus tard, ainsi qu’un très étonnant cliffhanger (je l’avais complètement oublié) pour une série dont chaque tome se suffit en général à lui-même… C’était, malgré tout, plutôt plaisant, plutôt rigolo, et ça me donne envie de ne pas tarder à attaquer la suite !
Journal - J’aimais déjà beaucoup Jochen Gerner en tant que dessinateur (même si je le préférais auteur de BD qu’artiste contemporain), je découvre avec ce Journal qu’il a par ailleurs une fort belle plume ! C’est un mince volume mais à lire avec lenteur, quelques pages par jour, tant elles sont bourrées d’un kaléidoscope d’images et d’impressions qu’il faut prendre son temps pour absorber. Gerner a ce talent du mot juste pour désigner les choses, et donne envie d’ouvrir davantage les yeux aux petites choses.
Séries
Reservation Dogs saison 2 - Comme beaucoup de deuxièmes saisons de série, la saison 2 de RD semble celle de la transition : entre les générations, entre les problèmes, entre l’envie d’entrer dans l’âge adulte et celui de rester encore un peu un.e adolescent.e, même si ça veut dire porter sur ses épaules ses propres traumas et ceux des ancien.nes avant nous. C’est aussi, sans doute, le point où j’ai compris que Reservation Dogs n’avait jamais vraiment été une série comique (malgré de nombreux passages très drôles) mais davantage quelque chose de doux-amer, avec ses personnages touchants car imparfaits, dont on n’a parfois que des esquisses mais qui suffisent à les rendre vivants. La prochaine saison sera celle des adieux, et je sais déjà que je verserai ma petite larme…
The Devil’s Plan saison 1 - Je ne sais plus qui m’avait conseillé ce jeu télé sud-coréen à notre sortir de Loups-garous mais on y retrouve effectivement pas mal d’ingrédients, à commencer par les candidat.es qui jouent à qui a le plus gros cerveau et nous mettent clairement la misère sur ce plan. Au-delà de la toute première épreuve du jeu, qui rappelle en effet le Loup-garou avec ses rôles cachés, on est en revanche sur du jeu de gros nerd avec une série de jeux de société plus ou moins compliqués mais qu’on pourrait, en réalité, presque reproduire chez nous (si on avait des gros cerveaux). Ça donne une série avec finalement assez peu de moments télévisuels (on essaye bien de nous vendre des alliances retorses et des torrents de larmes mais ça ne convainc pas plus que cela), assez aride mais pas désagréable à regarder ; surtout, j’imagine, si tu aimes les actual plays de jeux de société !
Bref. saison 1 - Alors que la saison 2 de cette série culte d’il y a une dizaine d’années est annoncée pour la semaine prochaine, c’était l’occasion de se rafraîchir la mémoire et de voir ce que tout ça valait avec des yeux neufs… Sans surprise, le bilan est mitigé. Sur le plan technique, le format ultracourt fonctionne toujours aussi bien, et le traitement du quotidien par Kyan Khojandi fait toujours mouche. Sur le plan scénaristique, par contre, c’est la catastrophe : le protagoniste est absolument détestable et surtout d’une misogynie qui fait grincer des dents, sans parler du fait que la série s’achève sur une sorte d’explosion narrative qui ne semble avoir aucune conséquence… En somme, on sent bien que c’était une série écrite par des mecs nerds et un rien beaufs, pour un public qui leur ressemble. La saison 2, avec son format d’épisode plus long, sera-t-elle à l’image d’une société qui a bien évolué depuis 2012 ? Réponse très bientôt…
Spectacle
Biology! - C’est l’amie Eugénie qui a recommandé ce stand up mêlant bouts de comédie et poèmes plus poignants le long d’une heure qui n’est pas sans rappeler, dans sa structure, ce qui m’avait plu chez Hannah Gatsby notamment. Alok attaque avec un humour attendu mais tout à fait satisfaisant qui se moque (vraiment gentiment) de la transphobie en renversant les normes, puis, dès qu’on est confortable, enchaîne avec une élégie à son grand-père, avant de revenir à la comédie sans prévenir… Cet enchaînement de montages russes, qui se prolonge sur l’ensemble du spectacle, est parfois difficile à suivre, parfois un peu bancal, mais révèle une authenticité qui fait vraiment du bien. Parce que se sentir corps, se sentir vivant, c’est aussi faire le tour de nos émotions.
Jeu vidéo
Animal Well - Ça faisait longtemps que je tournais autour de ce metroidvania aux airs mystérieux ; j’ai finalement plongé cette semaine, et je n’ai pas regretté. Au-delà de son très beau graphisme, Animal Well est un jeu de plate-formes/puzzles incroyable, qui parvient à manier accessibilité et mystère avec maestria. Dans la même veine que Fez ou Tunic, chaque solution nous entraîne toujours un peu plus loin, et si une première fin est facilement accessible, le reste s’avère de plus en plus obscur… Mais l’on persiste car la progression est ici la seule récompense, et lorsqu’elle finit par s’arrêter (pour ma part, avec une certaine dose d’aide en ligne pour les dernières profondeurs du jeu), il ne restera plus que cette pile d’énigmes, agencée avec génie. Vraiment, ce jeu mérite sa place parmi le panthéon des plus grands !
Musique
Hezekiah Jones, Says You’re OK - C’est un long chemin qui m’a mené à la musique folk tranquille d’Hezekiah Jones, dont je suis immédiatement tombé amoureux et que j’ai suivi au fil des presque 20 ans d’existence du groupe. Tout a commencé avec cet album simple et dépouillé, qui déroule souvent la même mélodie sur toute une chanson, avec cette guitare et cette voix un peu triste ; parfois quelques chœurs qui viennent soutenir Raphael Cutrufello, d’autres instruments de temps à autre, et comme dans toute bonne musique folk, des bouts qu’il est facile de retenir et de répéter. Toute cette simplicité n’empêche pas la beauté, bien au contraire et peut-être plus encore quand un piano s’en mêle : de la musique de milieu d’hiver, qui réchauffe quand il le faut, sans prétendre à davantage.
L’arrière-queer de Milouch
The Lesbian Avenger Handbook
Bon, vous n'êtes pas sans savoir que l'actualité c'est pas la joie...
Et dans ce genre de cas, quand l'horizon se fait sombre, je sais que je peux me tourner vers les lesbiennes.
C'est un peu un trope récurrent de la communauté queer qu’en cas d'évacuation d'un bâtiment il faudra suivre les lesbiennes qui auront tous prévues mais là, il faut dire que ce que je vais vous présenter force le respect.
The Lesbian Avenger Handbook n'est rien de moins que le manuel de formation militante du groupe du même nom qui depuis les années 90 lutte pour la visibilité et la survie des lesbiennes.
Ce manuel explique donc en long, en large et en travers comment fonder son groupe de lesbian avenger (ou autre), ce que les lesbian avengers utilisent comme organisation et pourquoi elles trouvent ça bien...
Jamais docte, toujours efficace, il répond à l'éternelle question des mouvement militants depuis 1863 : Que faire ? mais explique aussi et surtout : comment le faire.
C'est vraiment excellent et si vous militez, si vous souhaitez former un groupe militant, je ne peux que vous inciter à le lire.
Et comment le lire ? Et bien, les éditions Hystériques et associées (qui décidément occupe décidément une place très très haute dans mon panthéon personnel) ont traduis, édité et mis à disposition gratuitement ce livre sur leur site !
Ah et plot twist pour les mordu⋅es de la compote, ça a été écrit par Sarah Schullman !!
Allez, on lâche rien et à la semaine prochaine avec peut être du Dorothy Alisson…
Et toi,
qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- Ben oui, tiens, pourquoi ne pas traverser le pays de Galles en ligne droite ? (merci Tony !)
- Aux États-Unis, il est devenu intéressant de voler des milliers d’œufs. Voilà voilà.
- Je découvre que les phrases toutes faites du type « X est le Y de Z » (comme dans « Côme Martin est le Waluigi des créateurs de jeux de rôle ») s’appellent des snowclones et qu’un site s’évertue à les répertorier.
- Bernard Arnault est bien trop riche, c’est toujours bon de le rappeler et de le visualiser.
- Au Japon, il y a un musée des cailloux qui ressemblent à des têtes rigolotes.
- Tu le sais si tu suis cette compote depuis un moment, j’aime beaucoup (trop) la musique de Jean-Luc le Ténia. Voici une vidéo de 44 heures qui regroupe l’intégralité de ses chansons, des meilleures aux plus gênantes, dont l’écoute complète te garantit à peu près de perdre l’esprit.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Rafael Aragon.