La compote de Côme #209 - du dimanche 26 janvier au dimanche 2 février
Des souris, des cubes et des contraintes créatives.
Jeux de rôles
Before the Flood - Un jeu de rôle dans lequel chaque joueuse incarne un rôle spécifique, qui répond à ses propres mécaniques… Non, ce n’est pas Les Chroniques de Sainte Clervie, publié au Moyen-Âge c’est-à-dire il y a quelques mois, mais Before the Flood que l’amie Milouch a mis sous mon nez. La comparaison s’arrête là puisque BtF est fondamentalement un jeu dans lequel on crée une carte de manière collaborative, au point où l’une des joueuses ne fera rien d’autre que dessiner tout au long de la séance. Comme tous les jeux du genre, je trouve l’exercice un brin trop limité en termes narratifs, mais la compartimentalisatyon du jeu en différents rôles est plutôt bien vue, tout comme l’inclusion d’un chapitre de règles fait non pas pour être joué mais, de par sa radicalité, donner au jeu un ton sans appel. Voilà bien un usage que je n’avais jamais vu en jeu de rôles, et il en faut pour me surprendre encore !
(In)Visible - La vague des jeux de rôle en 36 mots continue (voir ma page de pub ci-dessous) et je continue d’en lire, mais après les premiers exemples qui m’ont mis quelques claques, difficile de trouver à nouveau des choses m’enthousiasmant autant… À l’exception notable de ce (In)Visible, qui repose sur un procédé de recouvrement de texte finalement assez classique mais qui a la particularité de proposer également une version non recouverte de son texte, également écrite par l’auteur et tenant aussi bien de la note d’intention que de la version parallèle, légèrement différente, du même jeu.
Le Klepto - Le fait de jouer des souris cyber-criminelles dont les statistiques sont fromage, souris et droit/délit (en français dans le texte) aurait pu suffire à faire de Le Klepto une étrangeté plutôt réussie dans son genre, mais il se trouve que c’est, par ailleurs, un condensé tout à fait efficace des mécaniques Forged in the Dark (mon auto-correcteur a voulu écrire “Frog in the Dark”, ce qui eût été fort drôle), règles de progression mises à part. Et après tout, tant qu’à jouer des criminels avec un système un rien bancal, mieux vaut le faire en jouer des cybersouris à béret, non ?
Scary Cave - Découvert au hasard des recommandations z’amicales, ce petit jeu de rôle solo, pensé pour être joué par des enfants, est très réussi : d’abord par son look résolument « fait main » qui me séduit beaucoup, mais aussi par son fonctionnement qui tient du jeu de société avec un peu de récit à l’intérieur, sans doute la meilleure façon pour qu’un enfant d’un certain âge puisque cela lui permet de prendre en main le jeu sans aide. Il y a même une pincée de world building distillée ici et là qui laisse à imaginer une suite ou des prolongements au jeu, ou donne envie de s’en charger soi-même !
Firebrands! - Non, ce n’est pas, comme son titre pourrait le laisser penser, une énième variante du système Firebrands qui propose de former une grande histoire à partir de mini-jeux (mais si ça te manque, j’ai de bonnes nouvelles pour toi dans ma page de pub). Ici, on est plus dans une histoire de révolution avec des dominos, ce qui me fait immanquablement penser aux Marches du pouvoir de Melville, également parce qu’il est ici question de savoir qui va finir au sommet de cette lutte de pouvoir… Bref, il y a beaucoup de bonnes choses empaquetées en une seule petite page !
Remember Under the Willow - Hey, mais voici un autre jeu sous forme de petite chose à plier ! Il est ici question de jouer un couple qui, au cours d’une promenade, se rappelle un souvenir partagé, chacun.e avec sa vision des choses et une nostalgie peut-être pas placée au même endroit. Cela fait évidemment résonner pas mal de choses en moi et je suis une fois de plus impressionné par ce format dans ce qu’il permet en termes de transmission d’information !
Bandes dessinées
Les Magiciens - Oui, je t’en ai déjà chanté les louanges l’année dernière, mais je suis retombé dans Les Magiciens avec Madeleine cette semaine et ce livre est un tel ravissement que je n’en parlerai jamais assez. Outre son récit absolument captivant, qui tisse un monde complexe et bourré de retournements de situation réellement prenants, au-delà de son style graphique à tomber par terre, qui donne envie d’encadrer la moindre des pages du livre, ce qui m’a frappé cette fois-ci c’est la dextérité de la langue, tout à fait particulière et qui n’hésite pas à employer du vocabulaire extrêmement raffiné à l’adresse d’un public jeunesse. C’est, du coup, un véritable plaisir à lire à voix haute !
Divagation Pelliculée - Je ne suis pas au festival d’Angoulême cette année (pour plusieurs raisons, à commencer par ma présence ici dont j’ai encore oublié de faire la réclame), mais ça ne m’a pas empêché de bien me nourrir en bandes dessinées, comme tu as pu le constater la semaine dernière, mais aussi en étrangetés fanzinesques, puisque j’ai découvert sur Mastodon les réjouissantes créations de Diogo Benedetti, disponibles notamment ici. Je lui ai tout d’abord commandé cette Divagation, qui se présente, tu l’auras deviné, comme une pellicule de film non développé, à lire donc à l’envers avec cette correspondance entre image et case de BD si évidente en la découvrant que je me demande pourquoi elle n’a pas été davantage exploitée (à part, évidemment, par Chris Ware) !
Forteresse - Et puis il y a cette Forteresse que j’ai pu me procurer en avant-première… Je ne sais pas trop ce que c’est, en réalité : un jeu de construction ? L’extrait d’un projet plus large ? Des cubes OuBaPiens qui forment une histoire fragmentée ? Une géniale invention permettant de transformer en volume quelque chose de plat ? Sans doute un peu de tout ça et rien de tout ça en même temps : comme tous les bons fanzines dignes de cette appellation, on est dans des terrains non balisés, qui tentent des choses qui ne marchent pas tout à fait comme prévu/promis mais demeurent extrêmement enthousiasmantes. Allez hop, dans la boîte à chaussures de trucs bizarres sur ma bibliothèque !
Page de pub
VOUS ÊTES POURSUIVIES DANS L’ANTIMAISON. - Eh oui, j’ai continué de faire des jeux en 36 mots, je suis incorrigible… Et encore, tu n’as pas vu mon plan d’action en 36 semaines. Quoiqu’il en soit, changement radical d’ambiance cette semaine par rapport aux petits lapinous de la dernière fois : cette fois, j’ai eu envie d’aller creuser du côté de La Maison des feuilles niveau ambiance, et de m’amuser un peu avec une mise en page minimale et verticale. On n’est donc plus du tout dans le feel good et je n’aurais sans doute pas moi-même les nerfs assez accrochés pour me confronter à une telle expérience… mais peut-être que toi si ?
L’Hôtel du Lion rouge - Bon, je vais me calmer sur les petites sorties car commence cette semaine le début de mon battage dont tu n’en pourras bientôt plus autour de mon prochain gros projet, L’Hôtel du Lion rouge. C’est à la fois un terrain familier pour moi (de l’étrange un rien art déco, comme Cités abîmées et, dans une moindre mesure, Pendant ce temps, dans le métro) mais aussi totalement nouveau puisqu’il s’agira d’un jeu sous forme de cartes, format que je n’ai jamais exploré et qui, je ne vais pas te le cacher, n’est pas forcément évident à produire.
OK, très bien, mais on y joue quoi dans ce jeu ? Merci de la question, CômeMartinbis : c’est un jeu expérimental, qui va chercher du côté de l’OuLiPo dans ses contraintes créatives, dans lequel on va explorer un grand hôtel tout en le décrivant (ou l’inverse). Sur chacune des cartes du jeu, un lieu ou un personnage, qu’on va décrire en suivant une sorte de mini-jeu : utiliser toutes les lettres de l’alphabet, se renvoyer des phrases comme des balles de tennis, mimer des poissons dans un aquarium… Bref, on est très loin du jeu de rôle dans sa définition la plus conventionnelle, ce qui n’est pas non plus facile à vendre mais qui, personnellement, m’enthousiasme beaucoup.
Je t’en referai des tartines plus tard, mais en attendant, n’hésite pas à parler du projet autour de toi, et à t’abonner à la page de lancement, ça fait toujours du bien à la dopamine de voir ce petit chiffre augmenter !
Films
Wallace and Gromit: Vengeance Most Fowl - Comme toute personne avec un tant soit peu de goût (comme toi, quoi), j’attendais de pied ferme le nouveau film de Wallace & Gromit, surtout après que l’ami Jérémie en ait dit le plus grand bien. Et il avait bien raison, le bougre : en reprenant le meilleur méchant de son histoire, Vengeance Most Fowl partait déjà très bien, mais y ajouter un nain de jardin un rien maléfique est un coup de génie. On évite en plus les histoires d’amour dont, comme Jérémie, je ne raffole pas, et on reste sur ce bon vieux schéma d’un Wallace totalement aux fraises avec un Gromit qui sauve la situation, le tout avec moult scènes d’action et plein de trouvailles visuelles très chouettes. Bref, c’est un film qui est davantage dans la continuité que dans l’innovation, ce qui, vu son message sous-jacent, est sans doute assez logique, et me convient très bien !
Personne n’y comprend rien - Ce n’est pas tant de la colère que je ressens en sortant de la projection de ce film d’utilité publique que de la sidération : sommes-nous donc toujours aussi aveugles, pour refuser de voir jusqu’où un homme qui était prêt à tout pour prendre le pouvoir est prêt à tout pour le garder ? Car ce que révèle, ou plutôt rappelle, cette remise à plat chronologique de l’affaire dite Sarkozy/Khadafi, c’est à quel points les faits, même avec la bienveillance de la présomption d’innocence, sont accablants, mais aussi à quel point leur empilement et leur espacement à travers les années nous les fait oublier et y voir flou. Il y a bien d’autres sous-systèmes derrière celui exposé ici (les affaires connexes, le rôle de la presse, notamment) qu’il faudrait détricoter aussi, mais ce documentaire est déjà une très bonne (première ?) piqûre de rappel.
Musique
Angil & the Hiddentracks, Oulipo Saliva - Ça commence avec une explosion de notes, un petit ton joyeux : malgré la pochette très sombre du deuxième album d’Angil (bon, le troisième mais on va pas chipoter) on sent qu’il va y avoir beaucoup de jeu. Pas étonnant pour cet album construit autour de La Disparition de Georges Perec, avec aucun « e » dans ses paroles et aucune note Mi (“E” en notation anglophone), partant du principe auquel je ne peux que me rallier que la contrainte débloque la créativité. Personnellement, c’est par sa face plus scandée que j’ai découvert l’album (et son chanteur), avec le très beau “In Purdah” et ses boucles entêtantes ; une face qui va même parfois chercher, avec succès, du côté du hip-hop, avec “Trying to Fit”, ou du spoken word avec “Sylvia Plath, Libby, and Small Ghost”. Mais j’aurais pu aborder l’album par son aspect plus mellow, là dès son ouverture ou dans le beau duo de “Lift Trip to Mars” avec Brigitte Vautrin (ex-Del dont j’ai déjà parlé ici). Bon, je ne vais pas te dérouler tout le disque comme à mon habitude ; il me suffira simplement de dire ici qu’Oulipo Saliva est un grand album dans la discographie d’un grand groupe, qu’il est injustement méconnu et que j’ai hâte d’en découvrir la suite prévue pour cette année… et dont je te reparlerai forcément !
L’arrière-queer de Milouch
Loa Mercury
Bienvenue dans cette chronique un peu spéciale (héhé, oui l’arrière-queer c'est aussi un vidéo-podcast dans la plus pure veine des années 2010). Un peu spéciale parce qu'on va parler d'une des artistes queer les plus intenses que j'ai pu voir performer.
J'ai pu la découvrir dans une reprise de “Highway to Hell” toute en douceur et en fragilité qui transformait tout le morceau... Et je garde un souvenir très émue d'une reprise de « Est-ce ainsi que les hommes vivent » en hommage à Géraldine. Cependant, même si elle est une interprète incroyable, je suis toujours un peu déçue par ses propres compositions que je trouve souvent pas assez abouties et trop peu intenses (exception faites de « Lune de Miel »)…
C'est donc une arrière-queer qui vous invite à délaisser le casque et à vous rendre dans ces lieux de la musique queer pour voir des performances lives qui je l'espère ne vous rendront pas indifférent⋅es.
Et si vous cherchez de tels lieux, on me souffle dans l'oreillette que Loa Mercury performe à la Flèche d'or, chez Madame Arthur et sûrement dans d'autres ailleurs.
Et boum ! Double recommandation en une seule arrière-queer ! La rentabilité de cette chronique grimpe en flèche !!
Et toi
mass : J'ai récemment eu l'occasion de visionner The King (Le Roi) de David Michôd, un film sorti en 2019. Ce film m'a particulièrement marqué, notamment grâce à la performance de Timothée Chalamet, qui a également impressionné le réalisateur Denis Villeneuve. Dans une vidéo YouTube de Konbini, Villeneuve explique qu'il a choisi Chalamet pour le rôle de Paul Atreide dans Dune après avoir vu sa capacité à incarner l'autorité dans The King. Et je dois avouer que je suis d'accord : Chalamet tient très bien son rôle dans ce film, dissipant ainsi mes doutes initiaux sur ses compétences d'acteur.
The King raconte l'histoire du jeune Henri V, qui prend le pouvoir contre sa volonté et remplace son père Henri IV, qui ne voulait pas de lui comme roi. Le film se déroule au début de la guerre de Cent Ans et culmine avec la célèbre bataille d'Azincourt. Bien que le film soit légèrement historique, il prend des libertés avec les faits réels, se concentrant davantage sur le drame et les intrigues de la cour.
Le film rend également hommage à William Shakespeare, avec Sir John Falstaff, un personnage de la pièce Henri IV de l'auteur anglais, jouant un rôle central.
J'ai vraiment apprécié The King, tant pour sa forme que pour son fond. Je cherchais un film pour m'inspirer dans mon rôle de personnage dans Pendragon, et bien que je n'ai pas trouvé l'inspiration escomptée, j'ai découvert un excellent film. La mise en scène est soignée, le jeu d'acteur est remarquable, et la bataille d'Azincourt est filmée de manière réaliste, au niveau des hommes, dans la boue et le chaos. On se demande comment les combattants pouvaient se reconnaître dans un tel tumulte.
Il y a bien sûr quelques séquences moins réussies, comme celle où le roi Henri IV entre dans la bataille finale et tue des ennemis à tour de bras, ce qui était peut-être un peu exagéré.
Si vous cherchez un bon film de combat de chevaliers, avec une trame dramatique, des trahisons et un excellent jeu d'acteur, The King" est un choix à ne pas manquer. La mise en scène est magnifique. En résumé, c'est un film à voir pour les amateurs de drames historiques et de batailles épiques.
Et toi, qu’as-tu compoté cette semaine ?
Par ailleurs :
- Avant Internet, pour trouver des trucs, on pouvait demander à un·e bibliothécaire.
- Aujourd’hui, on peut poser des questions sur Internet, mais peut-être que demander à des gens, c’est mieux que de demander à des algorithmes prédictifs ?
- Mon espagnol est bien trop mauvais pour en profiter pleinement, mais cette parodie d’Emilia Perez qui déplace l’action dans un faux Paris avec des mexicains à béret et moustaches est absolument parfaite.
- Oui oui, Benedict Cumberbatch est un bon acteur mais surtout un excellent lecteur.
- En souvenir du Fish Bandit.
- Au Royaume-Uni, il y aurait une colline dont le nom signifie, en gros, « colline colline colline colline ».
- En ce moment, Madeleine me réclame presque tous les jours de voir cette vidéo et cela me remplit de bonheur pour plusieurs raisons, à commencer par être replongé dans une époque où Line Rider c’était cool (il y a 15 ans, donc).
- Ce site propose un film différent en streaming gratuit tous les jours, mais il y a un piège : le film est diffusé en ASCII.
Des bises
et peut-être à dimanche prochain, en compagnie de Splash Wave.